‹ Jérome Savonarole, sa vie, ses prédications, ses écritsChapitre 34 sur 97 · CHAPITRE CIN'OUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CIN'OUIEME

» lui , avec uue entière certitude , et c’est avec les se- » cours des memes lumières dont il était éclairé que je

• vous prédis des malheurs; mais vous ne voulez rien

• croire , vous ne voulez rien comprendre ' . »

L’intention prophétique de ce sinistre et vigoureux tableau n’empêche pas d'y reconnaître plus d’une réminiscence. Lorsqu’il prononçait ces paroles , le prédicateur avait visiblement présente à l'esprit l'admirable description du grand écrivain dont il faisait brûler les ouvrages. Le tableau de Savonarole est moins varié que celui de Boccace; mais il a plus d’unité et peut-être plus de vigueur. Jérôme est sobre de détails : ce qu’il nous montre sans cesse, c’est la mort partout pré.sente , des cadavres sans sépulture ou qu'on outrage par une sépulture sans respect. Au milieu des horreurs d’un si grand fléau, l’esprit, frappé d’une seule image, ne doit voir, sous les différentes formes qu’il revêt, que le hideux spectacle de la mort. L’observation des plus poignants détails ne se fait qu'à loisir, et n’est propre à frapper qu’une paisible postérité. Sous les profondes voûtes de Sainte -Marie -de- la -F leur, où un jour douteux laisse errer constamment de grandes ombres , dans une ville souvent éprouvée par la peste , et qui la voyait venir à grands pas , conséquence inévitable de la disette qui commençait à .se faire sentir, aucune description de ce fléau ne pouvait être plus vraie et plus saisissante que celle de Savonarole, dans

' il'- Prfd. top. Àmot , V mars lias. (Ven. I.MU, r® v». J

PRÉDICATIONS DE SAVONAROLE

sa terrible simplicité. C’est ainsi que cet homme extraordinaire semait la peur dans les âmes pour recueillir des conversions.

La principale tribulation , pour employer son langage, dont il menaçait l'Ilalie , c’était , avant, après ou même pendant la peste, l’invasion étrangère. Il n’avait pas prédit celle que lit Charles VIII en Ii9t. Mêlé, sans l’avoir cherché, aux affaires politiques, lorsqu’il fallut conjurer les malheurs dont ce prince menaçait Florence , Jérôme s’était borné jusque-là à prédire une réforme ecclésiastique, et, en termes très-vagues, des fléaux qu’il annonçait d’ordinaire par cette phrase demeurée célèbre : Gladius Domini super terram cilo et velociter. De l’expulsion desMédicis, de la révolution de Florence , il n’en avait pas dit un mot ; il fut aussi surpris qu’ homme du monde lorsque ces évènements éclatèrent. Quant à l’expédition française, qu’il ne pouvait ignorer puisqu’elle était universellement attendue en Italie , il n’en parlait point avec la précision qu’il mit plus tard à en annoncer une seconde. Sans doute il ne songeait pas pour lors à parler des affaires publiques; c’est pourquoi il comprenait l’invasion parmi les autres fléaux , sans s’expliquer davantage. Voici comment il s’exprimait sur ce sujet le novembre l iOi-, alors que Charles VIII , déjà depuis long-temps en Italie , pénétrait en Toscane , et qu’on était à la veille d’une révolution :

« Vax dicentis : Clama. Une voix me dit ; Crie. » O Ilalia ! propler peccala tua renient tibi adversa.

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