CHAPITRE CINQUIÈME
ne vinssent du jour au lendemain démentir ses prédictions; au lieu qu’en parlant d'éventualités lointaines, il pouvait hasarder davantage , sans compromettre sa réputation et son crédit. Voici comment il parle des barbiers dont l’Italie, pécheresse endurcie, doit attendre de nouvelles tribulations :
« Italie, tu es atteinte d'une grave maladie. C'est la wtète qui est malade, c'est Home. Rome, tu es atteinte » d’une maladie mortelle, fu as abandonné Dieu , et tu » es en proie aux tribulations. Dieu a envoyé le médecin «pour te guérir. O Rome! ô Italie! dit-il, tu vas «mal. Si tu veux recouvrer la santé, renonce à ta «nourriture ordinaire, à l'orgueil, à l'ambition, à la «luxure, à la cupidité : ce sont les mets qui t’ont ren- «due malade, ce sont eux qui te conduisent à la mort. «Princes de l’Italie, renoncez à opprimer les pauvres; » renoncezà vos iniquités, à votre nourriture ; prenez la » médecine de la pénitence , et vous guérirez. En enten- » dant ces paroles , l’Italie rit et se moque : elle ne veut «point prendre la médecine, elle dit que le médecin «radote. Italie , le médecin e.st revenu plusieurs fois te «dire de prendre la médecine de la pénitence. Il y a » déjà six ans qu’il ne cesse de crier : Italie , Rome , fais «pénitence. Mais tu t’es obstinée, tu n’as rien voulu «entendre. Italie, tu mourras! Quelle folie est la «tienne! Tu alignes tes bataillons. Te le rappelles-tu? » Il y a deux ans déjà, tu disais : Il ne viendra pas , il » n’a pas de force , il n’a pas d'argent , il est tout jeune. «Dieu t’a montré que tu étais en délire, ô Italie! et la
PRÉDICATIONS DE SAVONAROLE
«jeunesse a triomphé de ta prudence. Tu le sais , il est «venu avec bien peu de monde, et cependant tu n’as » pu lui résister. Il passe, il passe, il conquiert un «royaume sans tirer l’épée, et il revient sur ses pas «comme il lui plaît. Mais je te préviens, Italie, que «les lacs n’ont pas encore été levés, et qu’avant peu tu «verras l’épée, plusieurs épées même, sortir du four- « reau et se diriger contre toi. Tu es en délire, Italie! «Tu as eu déjà quelque expérience, et tu t’amuses à «fortifier tes châteaux, à renforcer tes bataillons! Pru- » dente Italie , à quoi t’a servi ta sagesse? Laissez-le » venir, disait-on ; nous ferons ceci , nous ferons cela. » Mais tes plans ont été déjoués ; le renard a été pris, «et lu voudrais bien aujourd'hui n’ètre pas entrée en «danse. Maintenant tu ne peux te retirer, tu ue peux «sortir d'emharras. Vois donc si tu es sage, Italie! Le » malade n’a pas voulu écouter son médecin , il l’a mis «dehors. Oui, ils ont formé le projet de chasser le mé- «decin : le maître et tous ses barons ne veulent plus «entendre parler de lui. Que dirons-nous donc de «l’Italie et du mal qui la ronge? Son état est déses- » péré. Puisque les princes de l'Italie ne rendent point «la justice, puisqu’ils oppriment les pauvres et le.s «veuves, puisqu’ils ne veulent pas entendre la vérité, » puisqu’ils versent le sang des justes , puisqu’ils rem- « plissent les villes d’iniquités, de courtisanes , d’entre- » metteurs, de scélérats; puisqu’il n’y a plus personne » qui fasse le bien , j’abaisserai l’orgueil des princes , je » ferai tomber l’orgueil de Rome ; je lancerai sur vous ,