CHAPITRE PREMIER
Ficia di.sait qu’il était un autre Orphée, animant les parois des temples*. Les Dominicains citent Gabriel Barictta , dont la voix ne retentit pas au-delà de l’Italie , et saint Vincent Ferrier, l’Espagnol , qui porta la parole de Dieu dans toute l’Europe. Les sermons qui nous ont été conservés sous le nom du premier sont si ridicules, que, pour l’honneur de l’ordre, Quétif et Ëchard supposent qu’ils lui sont faussement attribués*. Tiraboschi les juge propres à faire rire , mais nullement à convaincre ou à émouvoir. Bien supérieur à Barletta , saint Vincent Ferrier passe pour le flambeau de la prédication au XV® siècle. On peut juger cependant, par les sermons qu’on a de lui , qu’il ne dut pointa son éloquence le succès de ses nombreuses missions^.
L’ordre des Augustins , d’où devait sortir Luther, produisait, en attendant, d’intrépides champions de l’Ëglise. Sans parler d’Aurelio Brandolini , surnommé Lippo , plus connu par ses poésies latines que par ses prédications , qui touchèrent pourtant scs contemporains, Fra Mariano de Ghinazzano mérita, par ses talents, que Laurent de Médicis le désignât pour tenir tête à Savonarole. Ce Religieux ne se montra pas indigne d’une si haute conliance. Les apologistes de son adversaire nous le peignent, il est vrai, sous les plus noires couleurs ; mais la plupart de ses contemporains
• Marsilio Ficino, Ep., liv. 3. (Voy. Tirab., loc. cit.)
ï Quétif et Échard, Scripi. ord. Prœd., T. I, p. 884.
> Voy. un long fragment de saint Vincent Ferrier, traduit par Romain Joly, dans sot^ HUtoire de la prédication , p. 3.S3.
PRÉDICATIONS DE SAVONAROLE
portaient de lui un jugement plus équitable. Il est à regretter que nous ne possédions de Fra Mariano qu’un sermon , prononcé en 1 487 , devant Innocent VIII; car la postérité ne saurait fixer son opinion d’après cet unique document. Mais, parmi les bons juges de ce temps-là, Politien mérite créance. L’estime qu’il professa toujours pour les deux rivaux nous est un sûr garant de son impartialité.
« Fra Mariano », dit-il , « était doué des plus saintes «vertus. 11 se montra le plus sage et le plus éloquent «des orateurs sacrés , et ne le céda à personne pour ses «connaissances en théologie * . Sa voix est harmonieuse » , dit-il ailleurs , « ses expressions sont choisies , ses senti- «ments nobles et graves. Ses divisions n’ont rien d’em- «barrassé , d’inutile, d’ampoulé. Par ses arguments il «presse , par ses répliques il confirme , par ses récits il «charme , par la douceur de sa prononciation il enlève «son auditoire. 11 sait provoquer tous les sentiments. «En chaire, il paraît plus sublime qu’il n’est donné à «un homme de l’être. 11 n’est pas d’une haute stature, «mais il parait plein de vigueur. Dans la vie privée , «il est de la plus grande simplicité^. »
Tiraboschi rapporte tout au long cet éloge que nous avons dû abréger. Il ajoute que l’afiection et l’admiration de Politien pour Fra Mariano étaient partagées par
' Polilien, Préf. des MitceUanées. — Il donne en cet endroit beaucoup d’autres détails sur ce personnage. (Voy. Roscoc, Life of Lorenzo de’Medici, T. R, cap. 8.)
’ Politien, Lettre à TrUtrano Calchi. (Voy. Tirab., lor. eit.)
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