‹ Jérome Savonarole, sa vie, ses prédications, ses écritsChapitre 43 sur 97 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

i>prèlres, les Religieux d’observance , qui que ce soit «enfin. Croyez-vous donc qu’il n’y ait pas de prêtres et «de Religieux en enfer? Ce ne sera pas le froc qui me * sauvera , mais bien la charité * . »

Ailleurs, au contraire, prenant le même sujet sous un autre point de vue , il s’exprime avec une dignité magistrale. .\près avoir défini la loi divine, la loi naturelle et la loi humaine; après avoir montré que celle-ci a introduit sur la terre la division des biens, la propriété, et renversé le communisme primitif, il poursuit en ces termes :

« Il est telle circonstance ou l’on doit sacrifier une «partie de son bien , et revenir à la loi naturelle qui «veut que toutes choses .soient communes. Voyez-vous , «par exemple , un de vos semblables mourir de faim , » vous devez subvenir à ses besoins , sous peine de man nquer à la loi divine qui est obligatoire pour tous. Vous y «refuserez-vous? Cet homme peut prendre où il trouve » pour ne pas mourir de faim : devant la faim , la com- «munauté des biens reparaît. Aujourd'hui, par exem- »ple , dans la disette où nous sommes , celui qui aurait » des grains en quantité ferait un péché de ne pas les «distribuer : ce serait agir contre la charité et contre la «loi divine. Quand la société a des besoins , on ne doit » pas l’abandonner ; il faut , au contraire , revenir pour «lors à la loi commune; et celui qui gouverne, quand

' 20« Pred. sop. Job, 33 mars I4V5 (Ven. 1545 ): i« Il .superflue non si puô tenere, etc. »

PRÉDICATIONS l)K SAVONAROLE.

» il voit des hommes qui transgressent la loi divine et nfont mourir leurs semblables de faim , peut les punir » comme meurtriers du peuple: il doit châtier ceux qui » affament leurs concitoyens *. »

Savonarnie développait avec un grand succès les questions les plus épineuses de la Foi : celle de la grâce , par exemple , qu’il n’a pas craint d’aborder à plusieurs reprises et de traiter à différents points de vue. Dans le passage qui suit , il mêle assez heureusement la méthode socratique à la .science chrétienne :

« Frère, pourquoi Dieu donne-t-il sa grâce à l’un »et non à l’autre? — C’est précisément en cela que «consiste la grâce. Demandez à celui qui fait les «écuelles, les pots, les assiettes et autres vases de terre, «pourquoi il fait de beaux vases et pourquoi il en fait de » laids , et pourquoi les uns sont beaux tandis que les «autres ne le sont pas. Il vous répondra que, dans le « ménage , on a besoin de ceux-ci pour tel ou tel usage , » et de ceux-là pour tel ou tel autre. Et si vous lui dites : «Pourquoi fais -lu de la même terre et de la même «matière ce vase-ci qui est beau et celui-là qui ne l’est «pas? Et de cette terre que tu emploies pour faire le » vilain vase , pourquoi n’en fais-tu pas un beau? Parce «que cela ne me plaît pas. vous dira-t-il. Demandez aux «philosophes comment il se fait que tous les animaux,

' «.... E in tal caso colui ne puo terre dove il ne truova , per non morirc di famé, perché ki lal caso ogni cosa è coniunc. » S' Pred. sop. Gedemu' , :tl mars l isà (imprimé à la siiite des .sertnoa« sur l'Exode , Ven. I.'iio. f» .to4 r").

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