CHAPITRE SIXIÈME. H
»le commandement que Dieu fit à Adam et à ftve de «croître et de multiplier, fut fait à tel et à tel en parti- «fulier, mais non à la nature humaine en général. Il «est bien vrai que s’il arrivait que la race humaine vînt «à manquer, les hommes seraient obligés à prendre » femme ; mais , comme ce manqué n’est pas à craindre, » le célibat n’est pas une violation de la loi naturelle * . » Savonarole ne disait pas toute sa pensée. Peut-être se croyait-il obligé d’user de ménagements, dans une assemblée d’hommes et de femmes qui vivaient dans le mariage ou qui aspiraient à y vivre. Si l’on veut savoir au just« lequel de ces états obtient la préférence de notre prédicateur, il faut recourir à sa correspondance. — Il écrivait à sa mère :
« Saint Paul , c’est-à-dire l’Esprit-Saint par la bouche » de saint Paul , dit que ceux qui se marient ne pèchent «pas , mais qu’ils auront des tribulations , comme votre » mère en est pour vous un exemple. Ceux qui ne se » marient pas font mieux , et cette vierge qui sert le «Seigneur sera plus heureuse , car elle conservera la » santé du corps et celle de l’ame *. »
A sa sœur Béatrice il écrivait ; « Croyez-moi , il vaut «mieux pour vous être restée ainsi que d’avoir pris un » mari , parce qu’en cet état vous ferez mieux votre «salut, si vous le voulez 3. »
Ces deux passages font bien voir, que Savonarole
• STfPred. sop. Ezech., S mars 1497. (Ven. 1520, f® 115 r®.)
’ tetf. ined., Ilee. Marehese , du 5 novembre 1495 4, p. 18).
* Ibid., du .1 novembre 1 49fi (Doc. 5, p. 52).
1i4 PRÉDICATIONS DE SAVONAROLE.
accorde la préférence au célibat , parce qu’on y trouve plus de bonheur et de sainteté. La doctrine catholique proclame aussi la supériorité de la vie chaste , mais seulement à cause de ce dernier avantage. Le premier relève de la doctrine utilitaire, et l'on a vu que Jérôme en avait tenu grand compte quand il avait fait choix d’un état.
Sur la philosophie ou sur le dogme , Savonarole est inattaquable. S’abritant derrière ses maîtres, il n’avance pas une proposition philosophique qu’on ne puisse transformer en un syllogisme dont on trouverait aisément les trois termes dans Aristote et dans saint Thomas. Il est rare que la conclusion elle- même olfre aux auditeurs une vérité nouvelle ; toute l’innovation de Jérôme , dans ces matières , est d’avoir modifié , complété le Stagyrite à l’aide du docteur angélique , et d’avoir réuni leurs opinions en un seul corps de doctrine, à l’usage des chrétiens. Quant à ses opinions théologiques , elles ont été passées , comme on l’a vu, au creuset de la plus sévère critique, et la Congrégation instituée par le pape Paul IV pour les juger ne put s’empêcher de reconnaître leur parfaite orthodoxie.