‹ Jérome Savonarole, sa vie, ses prédications, ses écritsChapitre 47 sur 97 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

DE LA COaPOaiTIOH, DE L'AET, UE L'ACTIOE DAE> LES BEBaOHS DE SATONAROLE.

On a VU jusqu’ici comment Savonarole agissait sur un auditoire par la doctrine; mais il avait d’autres moyens d’action. Malgré le dédain qu’il professait pour les ressources de l’art , il fut forcé d’y avoir recours ; ou plutôt, il trouvait dans son e.sprit des moyens de succès qu’il ne cherchait pas. Il leur fut redevable de quelques-uns de ses triomphes ; et, quoique dédaignées par lui , ses qualités littéraires ne sont pas indignes d’attention.

Tiraboschi reproche à tort à Savonarole de ne savoir pas composer un sermon Si l’on voulait juger ce grand homme d’après les règles en honneur aujourd’hui , et le comparer aux orateurs inimitables qui les ont consacrées par leurs chefs-d’œuvre , on ne manquerait pas de signaler dans .sa prédication une très-sensible infériorité ; mais il serait injuste d’établir ce parallèle, et de faire un reproche à celui qui fit sortir son art du chaos , de ne l’avoir pas porté au plus haut point de perfection. La critique de Tiraboschi ne serait fondée que s'il n’y avait aucun arrangement , aucun

' O Ei non ha al cerlo un.i giusia divisiono del .«no argiimento. » Tirab.,T. VII, p. 1160.

PREDICATIONS DE SAVÜNAHOLE.

ordre dans les sermons de Savonarole. Or, il est loin d'en être ainsi. I^llevé dans les traditions rigoureuses de l’École , Fra Girolamo eût été un bien infidèle disciple , s’il n’eùt retiré de son commerce avec Aristote et saint Thomas une certaine habitude de la méthode. Pour qu'elle rahandonnàt quand il montait en chaire , il aurait fallu qu’il y vint sans aucune préparation. Il pensait au contraire que « le prédicateur doit avoir sou «sujet préparé , fondé tout entier sur l’Écriture Sainte, »et, pour le reste, s’en remettre au Saint-Esprit*.» Qu’entendait-il donc par un sujet préparé?

On conserve à Florence plusieurs bibles qui lui ont appartenu, et qui sont couvertes de caractères latins très-abrégés et presque indéchiffrables. Ces caractères sont les réllexions que le sens littéral et mystique de l’Écriture lui inspirait, et il est manifeste qu’elles sont la première ébauche de ses sermons , car les parties de la Bible qu’il avait prises pour texte, l'Exode, par exemple , ou les prophètes .\mos . Ezéchiel , etc. , sont surchargées de griffonnages à la marge , au lieu que les autres parties du livre saint en ont beaucoup moins.

Ce n’était là que l’élaboration du sens allégorique et prophétique (|u’il prétendait donner à son discours; et si le travail de la composition se fût renfermé dans cette limite , on devrait trouver dans les sermons le désordre que signale Tiraboschi. Mais, a|)rès cette étude pre-

' 7' Pred. *np. .trram .Voc , aveni U92. (Ven. I.i.îfi, f’ 38 n v“.)

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