CHAPITRE SEPTIÈME
miëre , venait la mise en œuvre des matériaux amassés.
On ne saurait dire comment Savonarole s'y prenait; mais il est certain qu'il croyait avoir réussi à être clair et méthodique , car il recommandait aux maîtres d'école de résumer ses sermons à leurs élèves'. Il avait luimême le soin de commencer chacun de ses discours par une exposition sommaire du précédent , et l'on trouve dans ces récapitulations une certaine méthode et une très-grande fidélité.
Mais si elles sont utiles pour rappeler au lecteur fatigué lesprincipaux arguments dont l'orateur s’étaitservi, on n'en a nul besoin pour saisir le plan qu'il s’était tracé et en suivre le développement. Après son résumé , ou les considérations métaphysiques par le.squelles il le remplaçait quelquefois , et qui étaient , à la longueur près, quelque chose de semblable à ces épigraphes que cer- •
tains auteurs mettent en tête de chaque chapitre de leurs ouvrages, Jérôme prenait son texte phrase par phrase. Il expliquait l'allégorie qu’il croyait y découvrir, ce qui le conduisait à parler tour à tour de la réforme de l’Église, des affaires politiques de Florence , des vices de l’une et de l’autre. Le plan du sermon était donc tout tracé dans la Bible, et, pour le retrouver et le suivre, il suflisait de se rappeler le texte, ou de le relire. Il n’y avait plus qu’à grouper autour de chacune des phrases sacrées les évènements ou les considérations qui s’y rapportaient.
Le système de Savonarole, qui était de ramener la pré-
> 3e Pred. Kop. Amn» , 19 février I49fi. (Ven. I.î39, p. 2B. )
PRÉDICATIONS DE SAVONAROLE
dication à i'interprélation de l'Écriture, s’opposait à ua plus grand effort pour composer avec art.
Une fois donc le texte choisi , et les vérités que chaque phrase donnerait occasion de développer bien arrêtées, Savonarole s’en remettait , comme il nous l’apprend , au Saint-Esprit du soin de lui dicter ses développements et de les renfermer dans une juste mesure. Cette juste mesure lui manqua trop souvent. Il lui arrivait quelquefois de « perdre de vue son sujet , et de faire comme le fleuve «qui, lorsqu’il rencontre un trou, le remplit et passe «outre*. » C’est ainsi qu’on peut se perdre en suivant le prédicateur dans sa course aventureuse , pour peu qu’on lâche le fil conducteur; mais comme, grâce au texte , on finit toujours par le retrouver, c’est le manque de proportions plutôt que l’ahsence d’ordre et de méthode qu'il faut signaler dans les sermons.
Au reste , à cause de la forme synthétique qu'il donne à sa pensée, Savonarole ne peut être jugé sur un ou même sur quelques-uns de ses discours. Pour le suivre sans peine , il faut s’étre assimilé à lui , comme avait fait son auditoire; il faut lire tout ce qu’il a dit et écrit; car ses conclusions d’une année lui' servaient souvent de prémisses pour l’année suivante. C'est ce qui explique le jugement peu sûr que portent de notre auteur tous ceux qui se sont contentés de feuilleter quelques-unes de ses pages, un volume tout au plus. Ils prennent une peine inutile pour débrouiller et comprendre, ce qu’on ne
* îfl' Pred. »op. Àmos , 8 mars 1 4'Jfi. ( Ven. 1 6 1 9, f» 89 v». )