‹ Jérome Savonarole, sa vie, ses prédications, ses écritsChapitre 49 sur 97 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

saurait faire qu’en suivant ce fleuve abondant, pour employer la métaphore de notre auteur, dans tous ses replis, toutes ses profondeurs, toutes ses inondations.

Il y avait, si l’on veut, dans cette composition dénuée d’art, beaucoup d'inexpérience; mais il est certain que Jérôme poussait jusqu’à l’aiTectation la recherche de la simplicité. Il déclarait ne donner aucun soin à la forme :

« Je n’ai recours à présent à aucun artifice de rhétonrique , à aucun autre ornement ; Je me sers de paroles » simples et vulgaires :.Dieu m’est témoin que je ne «m’occupe pas de la manière dont je parle, non plus B que du geste ou de l’action oratoire. Je me contente « d’avoir l’œil sur les pensées ; pour tout le reste . je »me laisse conduire docilement où nie portent l’inspi- « ration et la ferveur de l’Esprit •. r>

Ce qu’il s’interdisait à lui-même, il était naturel qu'il le blâmât chez les autres :

« Hélas ! que de fard , que de gestes , que d’apprêt «jusque dans les paroles les moins importantes, pour « chatouiller des oreilles délicates d’une vaine sensation » de plaisir ! Ceux qui ïiont simples et droits ne recher- « chent pas toutes ces élégances »

' De veritate prophetica , cap. 6. — Voy. aussi Compend. revel. ( Quélif , T. I , p. 295 ) : « In parte inlellectiva fundari nequeunt asscrenlcs finem prædicationum mearuin esse nstentationcin sapientiæ et eloquentiæ i omnibus enim liquido constat quain siniplicitcr prædieem , quodque sapientiæ et eloquentiæ fucos prorsns devitem. » ^ T' Pred. snp. Àt'cam Noe , avent 1492. (V'en. 1530, f» 38 v. ) T. II. ^

PRÉDICATIONS DE SAVONAROLE

ÎN'aturelleiiient ou à dessein, Savonarole était donc simple. Par bonheur, la simplicité n’exclut pas l’éloquence ; souvent même c’est elle qui produit les plus beaux effets. Lorsque l’esprit ne se préoccupe pas du soin de polir l’expression, d’arrondir la période, de donner du trait à la pensée , il s’abandonne plus facilement à l’inspiration qui l’emporte dans les régions supérieures : il suffit alors de sentir vivement. Jérôme connut , pour sa part, deux sources intarissables d’éloquence: la haine du mal et l’amour du souverain bien. La haine le retint , il est vrai , sur la terre ; mais elle lui inspira d’énergiques accents. On a vu dans ce qui précède plus d’un exemple de ce genre d’éloquence. Nous en citerons un dernier où la splendeur de la forme fait oublier l’àcreté du fond :

« Les prêtres d’autrefois étaient pauvres et vivaient » heureux dans leur pauvreté; ils ne s’attachaient »pas aux biens de la terre. Paul était pauvre et tra- «vaillait de ses mains. Pierre était pauvre, ainsi que » tous les autres , et la puissance ecclésiastique était B alors sur les hauteurs et montait vers le ciel. Je vous Bai déjà dit qu’un jour, en présence de saint Thomas, »on apporta au pape un bassin plein de ducats : c’était B le tribut de la chambre ou quelque autre redevance. B Le pape, qui savait que saint Thomas était de haute B naissance et avait possédé des richesses, lui dit; B O Thomas! l’Église ne peut plus dire comme autre- Bfois ; Aurum et argenlum nou est milii. Saint Thomas B lui répondit ; Elle ne peut dire non plus : Svrge et

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