‹ Jérome Savonarole, sa vie, ses prédications, ses écritsChapitre 50 sur 97 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

^ttimbula, comme elle le disait au temps des premiers «.saints. Elle pouvait dire alors aux boiteux et aux es- «tropiés : Surge et ambula ; sur-le-champ le miracle B s’accomplissait , et ils marchaient. La puissance ecclénsiastique, en effet, ne plane plus dans les régions » supérieures , elle s’attache aux plus vils objets. Les «évêques, vous le savez, portent à la main le bâton «pastoral, emblème de eette puissance. Avez-vous re- « marqué comment il est fait? Il est recourbé par un «bout, ce qui .signifie que le pasteur doit attirer ses «brebis à la pénitence. Du côté où il n’est pas recourbé, « le bâton pastoral est fait pour frapper les loups et » les empêcher de manger les brebis ; mais , dans «les premiers temps , il n’était ni si beau ni si bien «orné qii’aujourd'hui. Nos évêques l'ont enrichi de «mille agréments; c’est pourquoi ils ne s’en servent «plus pour frapper les loups , de peur de le briser, car «il leur coûte trop cher. Ce n’est pas ainsi qu'étaient » nos premiers pasteurs. L’Ëglisc pour lors était sainte. « Quand elle reçut la puissance temporelle, cette verge » fut jetée à terre, au milieu de la poussière des choses B terrestres , des richesses et des biens de ce monde. « Aussitôt l’orgueil commença de lever la tête et de » souiller l’figlise. Jusque-là , les évêques allaient au » martyre ; c’était une marque de sainteté que de désirer «des évêchés, car c’était désirer la vie éternelle. Voilà » pourquoi Paul disait ; Qui episcopalum desiderata bonrium opusdesiderat. Les évêques n’étaient pas, comme «aujourd hui, comblés d honneurs; ils supportaient

132 PRÉDICATIONS DE SAVONAROLE

« mille ignominies , mille injures , mille persécutions «pour l’amour de Jésus-Christ. Aujourd’hui il n’est » plus besoin d’exhorter les hommes , ainsi que faisait «Paul, à accepter les évêchés. Grâce à la perfection «nouvelle de l’Église, nos prélats les acceptent et les «aiment , en raison du prix qu’ils leur ont coûté. Mal- » heureux ! puisque vous avez si mal usé de votre pou- » voir et de la verge des pasteurs. Dieu vous frappera » avec la verge de fer. Cette verge devint ensuite un «serpent; elle se remplit du poison de l’orgueil et de » l’avarice. Cependant elle n’était pas, dès le principe , «serpent dans son entier; quand elle commença d’at- » tirer à elle les biens temporels , elle avait encore un « visage de jeune fille ; bien qu’elle eût déjà le corps du «serpent, elle ne faisait pas les choses comme aujour- « d’hui : elle ne menait pas les courtisanes au palais. » La verge était pour lors ce serpent à qui il fut dit ; » Super peclus tuum yradieris , et terram comedes. Tu » ramperas sur ta poitrine et tu mangeras la terre. «Ils rampaient sur la poitrine de leur orgueil et nian- «geaient la prière; mais, comme les serpents, ils ram- » paient à terre, c’est-à-dire qu’ils s’attachaient aux «biens terrestres par cupidité. Maintenant cette verge » n’a plus un visage de jeune fille, elle s’est faite ser- « peut dans son entier. On ne dit déjà plus mes neveux, « mais mon fils et ma fille. Les courtisanes vont aujour- « d’hui à Saint-Pierre , chaque prêtre a sa concubine, « ils commettent ouvertement le péché ; ce venin est « répandu partout , toute chose en est empoisonnée. Il

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