CHAPITRE SEPTIÈME
»)' a tant de poison à Rome , que Rome en a rempli le «monde entier; elle l’a répandu en France, en Alle- » magne et partout. L'Église succombera si Dieu ne la «sauve; mais, comme elle ne peut périr, Christ pour- »voira à sa rénovation. Ainsi, voilà ce serpent qui «avait un visage de jeune fille; il est aujourd’hui re- «vêtu d’impudence. Voilà la femme, voilà le serpent «dont il a été dit : Inimicitias ponam inter te et mulie- «rem. Serpent, serpent, corps ecclésiastique, je ne » veux pas d'amitié avec toi < . »
S’il est curieux de suivre la pensée implacable et habituelle de Savonarole sous une des mille formes qu’elle revêt , il est plus satisfaisant de le voir déposer, pour un instant , ses justes haines et ses saintes colères, et s’élever à Dieu par l’amour. Quoique , en cette époque de corruption, l’orateur chrétien dût tonner plus souvent contre le vice que s’enivrer dans les joies ineffables de l’extase, Savonarole fut redevable à cette étonnante faculté qu’il avait de se perdre en Dieu, d’un de ses plus beaux triomphes.
Le début est malheureux. Il semble que Jérôme va donner 'comme une représentation de ces joies extatiques qu’il appelle ses folies, devant tout le peuple qui se presse au pied de sa chaire. Ce ne serait qu’une indigne et scandaleuse profanation , s’il continuait sur le ton qu’il avait pris en commençant; mais il oublie tout, ses projets , son auditoire et lui-même, pour ne plus songer
' 12' Pred. top. Erod., 8 mars 1498. (Ven. 1540, f« 142 v*.)
134 PRÉDICATIONS DE SAVONAROLE
qu’à Dieu ; alors il devient admirable. Passons donc rapidement sur les premières lignes :
« On se plaint de ne pouvoir jamais me parler. Je me » plains , de mon côté , de ce que je ne puis me parler à » moi-même. C’est pourquoi , ce matin , j’ai fait choix »dece psaume'. Je ne veux point m’entretenir avec » vous. Je veux me tigurer que je suis dans ma cellule , »je veux faire le fou , je veux m’enivrer, mais vous » m’entendez bien, d’une sainte ivresse. Peut-être n’a- » vez-vous jamais vu pareille chose : vous allez le voir » ce matin
» Mon cœur errait d’abord parmi les biens du monde ; » il ne trouvait rien qui put le fixer et lui donner le B repos. Mon cœur était déjà l’esclave du péché; il se » sentait à l’étroit entre ces deux biens qu’on appelle la » richesse et l’honneur. Mon Dieu ! tu l’as fait grand , B ce cœur ; il s’est dilaté , il est devenu fort , il s’est B réjoui en Dieu vivant. Seigneur, dans les premiers » temps , j’ignorais ma misère : je souffrais , et je ne B comprenais pas que ce cœur courait à sa perte. Mais B tu 1 as sauvé par ta grâce , tu l'as arraché à la servi- Btude, tu lui as ouvert les portes de sa prison, et ainsi B il s’est tant exalté , il s’est tant réjoui , il s’est tant Bdilaté, qu'il ne peut plus tenir dans cette poitrine; B il éclate et bondit au-dehors. O mon cœur, où vas-tu ? 8 O mon cœur, oii es-tu? 11 s’en est allé. Et caro mea
■ Il t^aïudilccta tabernacuiu tua, Duiiiiiie virtutuin, conciipiscit et déficit anima, etc.» Ps. SS.