‹ Jérome Savonarole, sa vie, ses prédications, ses écritsChapitre 52 sur 97 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

^txullavil in Dewn vivum. Ma chair aussi s’est réjouie «en Dieu vivant , et sentant que le cœur est parti , elle ise met à sa suite. Mon œil ne veut plus contempler des «vanités, mon oreille ne veut plus écouter les bruits X de ce monde , ma langue ne peut plus parler que » de Dieu, mon corps aime mieux mourir que de rester «ici-bas sans son cœur, et le cœur l’attire à lui. Sei- «gneur, mon cœur et ma chair ne se soucient plus des » dignités ni des biens de fortune. Ils ne veulent plus «rester sans toi. Privés de toi , il ne se soucient ni des «anges ni des archanges; ils ne se reposent que dans « le Dieu vivant. Si mon cœur est capable de te pos- «séder, si tu l’as dilaté au point qu’aucune créature ne «peut le rassasier et le remplir, que ferais-je d’autre «chose que de toi? Seigneur, c’est toi seul que je veux, «et sans toi je ne veux rien. Si tu étais dans l’enfer, j'y «voudrais êtrcavectoi; en toi, j’ai trouvé ma demeure, » en toi j’ai trouvé mon nid. Etenim passer invenit sibi nnidum. O heureux petit oiseau qui as trouve ton nid! » Cet oiseau est la raison et la lumière de l’entende- «rnent; c’est lui qui sait extraire le grain des épis et de » la paille , c’est cette raison et cette lumière de l’entcnndement qui saisit le sens des Écritures. O heureux » petit oiseau qui as trouvé ton nid et qui as pris dc- » meure dans la maison du Seigneur! Cet oiseau volti- Mgeait tout le jour dans le monde, tantôt sur une chose, » tantôt sur une autre. Cette intelligence volait à tra- » vers le ciel , cette raison cherchait dans la philosophie » les lois des choses naturelles et l’influence du ciel sur

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»ces êtres inférieurs. O petit oiseau, ô raison de mon » entendement , que voulais-tu faire de tout cela? Dieu »te suffît. Tu as trouvé ton nid, ne cherche plus, ne » vole plus , puisque tu as trouvé le lieu du repos. «Allons, vole là-haut vers Dieu, petit oiseau! vole «vers ton nid. O mon Seigneur! avant d'avoir trouvé » ta maison , le trou de ton côté , avant d’avoir embrassé «ta bonté, ton amour, ta sagesse , ta sublimité, il ne » trouvait jamais le repos. A peine arrivé ici , il a trouvé >sa demeure; dans ton sein il a placé son nid. La tour- Dterelle , c’est-à-dire la volonté , a aussi trouvé son nid. « Pendant qu’elle courait après les choses de ce monde, «ma tourterelle avait perdu son époux, son bien-aimé, «c’est-à-dire toi, mon Seigneur! C'est pourquoi elle «buvait l’eau trouble de ce monde, elle buvait l’eau de «la sagesse humaine et non celle de ta divine sagesse. «Mais depuis qu’elle a retrouvé son bien-aimé , depuis » qu’elle a entendu la voix de son époux, elle ne veut «plus d’eau trouble. Le printemps est venu; elle s’est «unie à son bien-aimé, elle a fait son nid , elle y a » placé ses enfants, c’est-à-dire ses œuvres et ses désirs. «Ainsi , mon intelligence et ma volonté, Seigneur, re- « posent en toi. Allaria tua. Domine virlulum. J’ai «voulu parcourir tes autels. Seigneur! J’ai vu l’autel «de la croix où tu as été cloué , où tu t’es offert en sa- «crifice, où tu as répandu ton sang, oü tu es mort «pour moi. O digne autel ! ô précieux sacrifice! J’ai vu «ton autre autel oü mon Dieu est venu sous la forme «du Sacrement et s’est fait ma nourriture , ma récom-

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I) pense , mon bonheur. Cet autel in’a montré la voie »du salut; c’est l’autel vénérable, l’autel plein de dou- Bceur, l’autel plein d’amour. Cet autel de ta croix et de «ton Sacrement ont fait depuis tant de martyrs, qui se «sont volontairement immolés pour l’amour de toi! «Voici l’autel de saint Pierre, l’autel de saint Paul, «l’autel de saint Étienne, l’autel de saint Laurent : «j’ai regardé tout autour de moi , et j’ai vu tant d’au- «tels , tant de martyrs sur leurs autels, je me suis tant «enflammé à les contempler avec amour, que j’ai dit : «Malheureux que je suis! ne veux-je point, à mon «tour, monter sur ces autels? De grâce. Seigneur, «place-moi aussi sur un autel , fais que je meure sur ta «croix! Me voici les mains liées, je m’offre à toi, ne «permets pas que je meure ailleurs que sur ton autel. «Quant à l’autre autel , celui de ton Sacrement , du pain «de ton corps , c’est lui qui nous soutiendra. O suave «et délicieux autel ! O douce, ô délectable nourriture! »Reao meus et Deus meus .'Tu es mon roi , tu es mon B Dieu , tu es celui qui nous gouverne dans nos tribu- «lations, tu es notre protecteur, lu es notre soutien, B Seigneur ! Ne t'éloigne pas de nous , ne permets pas B que nous nous éloignions de toi , et nous serons éter- B nellement heureux. Beali qui habitant in domo tua. «Heureux ceux qui habitent dans ta maison. Il ne leur B manque rien, car ils te possèdent, et tu les nourris B de tes délices. Ils te voient : leur amour, leurs désirs B sont rassasiés. C’est pourquoi l’on dit : Heureux te.s «serviteurs! In secula seculorum laudabunt te. Ceux

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Ci»

«qui demeureront dans. ta maison te loueront éternel- «lement : ils n’iront point amasser du bien pour leurs «enfants; ils ne songeront qu’à glorifier ton nom, à «exalter ta gloire, ta bonté, ta miséricorde; ils seront » toujours joyeux et contents. O mon bien-aimé , que «ne dois-je pas faire pour te voir, pour t’acquérir et te «posséder! C’est à toi que j’aspire, et je craindrais de « perdre mes biens , mon honneur et ma vie ! Que le «monde entier me persécute, viennent contre moi tous « les empires , viennent contre mon corps toutes les per- « séditions, viennent toutes les infirmités, viennent «raille morts, je ne crains rien pour l’amour de toi , je «je ne veux rien négliger pour venir dans ta maison. » Il faut mourir; ce monde s’évanouit comme un souffle; » les persécutions dureront peu, et dans ta maison, » Seigneur, on vit in secula seculorum. Heureux donc » ceux qui habitent ta maison , parce qu’ils seront avec » toi et te loueront toute l’éternité! Maintenant laissez- « moi reposer un peu ' . »

Par cette chute si brusque , Savonarole descendait du ciel sur la terre : le souffle divin l’abandonnait. Sans doute ce n’était là qu’une formule qu’il employait trèsfréquemment et sans y attacher la moindre importance ; mais elle n’en rappelle pas moins la fatigue physique de l’orateur , et par consécjucnt les misères de la condition humaine, terrible chute pour qui vient d’être

• 21« Prfd. top. Kxod., 17 mars 1198. (Ven. 1510, f»» ?17 vo, — 249 r.)

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