CHAPITRE SEPTIÈME
emporté sur les ailes de l'inspiration vers les régions supérieures de l’empyrée. Cependant , après quelques instants employés à reprendre haleine et à essayer de nouveau ses forces , l'orateur rentrait sans peine dans l’ordre d’idées d’où l’épuisement l'avait fait sortir , et poursuivait sur le même ton. Le jour où il prononça ces remarquables paroles, il mit tant d’enthousiasme dans son accent et dans sa voix , que , cette fois encore, le sermon fut interrompu par les larmes de l’assistance. Miséricorde! Miséricorde, mon Dieu! s’écria-t-on de toutes parts. Le Père vit bien que l’émotion générale ne lui permettrait pas de continuer : il donna la bénédiction et partit * .
A cette époque , la chaire était peut-être entourée de moins de respect que de nos jours ; mais la communion entre l’orateur et sou auditoire était plus intime , et ces larmes , ces cris partis du cœur, étaient le plus beau triomphe qu’il pût désirer. Il lui avait suiTi de s’abandonner à sa nature ardente pour embraser du même feu des milliers d’ames , et ce succès était d’autant plus glorieux qu’il était moins attendu. D’autres fois cependant Savonarolc se mettait moins en scène , et demandait son succès à des moyens plus ordinaires et plus humains. Il avertissait alors son auditoire avec une entière bonne foi qu’il parlait en tant qu’homme , et non par l’ordre de Dieu Sa parole ne produisait guère
* Note de Vivoli à la 2|o Pred. sop. Exodo.
’ U Se venissi uno angelo il quale vi parlassi che dicossi il contrario di quello che ho dette , io non dico contre alla fllosona , e
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PRÉDICATIONS DE SAVONAROLE
moins d'effet pour cela , et ce moine si dédaigneux de l’art faisait quelquefois des tableaux que les plus habiles n’eussent pas désavoués. On a vu sous quelles sombres couleurs il peignait la peste ; nous pourrions rapporter ici la description qu’il fait de la cupidité , et d’autres encore. Il suffira de montrer comment il traite un des sujets les plus rebattus de l’éloquence sacrée :
« Savez-vous ce que c’est que mourir? C’est passer » d’une chambre dans une autre , d’où l’on voit encore «celle qu’on vient de quitter. C’est comme si vous étiez «dans une chambre ayant vue sur votre jardin et sur » l’autre partie de la maison. Savez-vous ce que c’est «que mourir? C’est comme quand on est sous le «masque. Ici -bas, nous sommes, pour ainsi dire, «masqués , et l’on ne peut distinguer celui qui est «honnête ou scélérat aux yeux de Dieu. Les serviteurs «de Dieu sont sous le masque dans cette vie, et quel- «quefois on ne peut les reconnaître; mais quand ils « seront là-haut , ils auront posé le masque et ils seront «à la cour du Seigneur comme ses gentilshommes. «Savez-vous ce que c’est que mourir? Je veux vous le «dire encore d’une autre manière : La mort est comme «une représentation où l'on voit beaucoup de person- « nages vêtus l’un en roi , l’autre en seigneur, celui-ci « en femme ; et cependant ils ne sont ni rois , ni sei- « gneurs , ni femmes , et , quand ils sont dépouillés ,
moite cose ch’ io ho dette da me , ma contre a quelle ch’ io ho dette da parte di Dio, non Io crediate. » Pred. top. Exod., 18 mars 1498. (Ven. 1540, f- Ï72 r-. }