DIALOGUE DE L’ESPRIT ET DE L’AME
probables ; l’explication et la justification des sacrements de l’Église; la vie future, la récompense des bons et le châtiment des méchants; enfin , les moyens de parvenir à la patrie céleste.
Une analyse plus détaillée serait inutile, après celle qu’on vient de lire. Le So/atium offre un certain désordre dans l’arrangement des preuves ; mais quelquefois ce désordre n’est qu’apparent et équivaut à une déclaration de principes. Ainsi, l’on s’étonne au premier abord que la vérité de la Foi et des sacrements de l’Église, deux points du dogme catholique, soit démontrée avant la vie future et la rémunération dans l’autre monde , ces deux problèmes de psychologie générale placés dans le Triumphus , selon l’ordre naturel , avant la démonstration du dogme religieux ; mais si l’on se rappelle que , dans ce dernier ouvrage , Jérôme a reconnu l’impuissance de la rai.son naturelle à les résoudre , on comprendra qu’il ait cherché dans la Foi une base plus solide pour établir ces deux vérités.
C’est donc à l’aide des lumières surnaturelles qu’il argumente ici ; mais il s’agit seulement de celles que Dieu dispense à tout croyant, car l’auteur ne parle point en prophète , et l’e.sprit qui résout les questions posées par l’ame n’a recours qu’à la révélation ordinaire. Il n’a pas eu de rapports immédiats avec la Divinité , mais il croit à ceux qui en ont eu et dont la mission lui est démontrée par des miracles. L’ame fait observer, à ce propos, qu’il ne s’en fait plus aujourd’hui , et elle demande sur quoi fonder la croyance. La
ÉCRITS DE SAVONAROLE
réponse est celle qu’on trouve dans tous les sermons et dans tous les livres de Savonarole. D'abord , les miracles n'ont pas complètement cessé; ensuite. Dieu n’en a pas besoin pour donner foi à sa parole, et il a encore des prophètes, à l'occasion desquels il fait des miracles, s’ils n’en font pas eux-mêmes ».
L’affirmation joue ici un fort grand rôle, et, en général . notreautciir ne se montre pas dilFicile sur le choix des arguments. Il dit , par exemple , qu’une des raisons de croire est que des hommes éminents ont cru , et qu’il vaut mieux se tromper avec eux que d’avoir raison avec les autres*. 11 est, en revanche, d'une sévérité excessive pour les adorateurs du Christ , et veut que, pour s’acheminer vers la patrie céleste , ils déposent toutes les affections charnelles, parce qu’elles nous détournent de la contemplation et de l’amour divin. Cette exigence n’est pas nouvelle : on la retrouve dans plusieurs de ses écrits , et notamment dans le Compendium reve-
• a Anima : ISumquid tibi locutus est Deus?
B Spiritus : Credo illis quibus dign.itus est lo<(iii.
» Anima .• Et qiioniorlo sois illos Deum audissc loquentem?
» Spirilus ! Miraciila hoc mihi probaverunt.
» Anima; .\t miracula defecerunt; quibus ergo nunc persuasionibus credani? »
(Solat. itin. mei, lib. 1 De Deo. — Ven. 1535.)
* « Nos in fide confirmât excellcntissimorum virorum conslantissima ejusdem fidei confessio, cum quibus, ut ita loquar, malo errare quam cum ceteris dirigi. » Solat. itin. mei, lib. 3 De teritate fidei.
Cicéron avait dit en parlant de Platon : «Cum quo errare malin» quam cum aliis sentire.»
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lalionum; mais, nulle pari, Jerome ne s’était encore laissé emporter jusqu’à appeler ignominieuse l’affection conjugale *.
Le Solatium , publié pour la première fois en 1535 à Venise , n’a guère laissé de traces dans la vie de l’auteur; il est difficile de dire s’il suivit ou s’il précéda le Triomphe de la Croix. Il est également possible qu’il en soit l’ébauche ou le résumé.
> a Anima Qiiare autem oporlet ctiam affecturn camalem relinquerc ?
>> Spiritus 2 Quia nihil niagis impcdit ani|npm conlemplatione et amore divinorum qiiam carnalis affectjo et præscrtini eonjugali.s propter vehemcntiam illius passionis ignominiosa; quæ mentem excax:at et indurat. Et pxpcrientia rerum magistra hoc qiiotidie manifestai ita ut probatione non indigeat. p
( $olat. itin. mei , lib- ^ Pe rûf patriœ ralfftif. )
ÉCRITS DE SAVONARÜLE.