TRAITÉ DE L’AMOUR DE JÉSUS-CHRIST
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3* TRAITÉ DE L’AMOIR DE JÉSUS-GHRIST.
( TraUûtn dtW atnort M Oesù Criêto. )
Quand cet ouvrage fut composé , Savonarole était encore prieur à Saint-Marc. Il est donc antérieur au moins d’un an à la Révolution de Florence. Les idées de notre auteur étaient, en effet, dans ce temps- là , tournées vers ce sujet, et, de 1491 à 1493, on voit l’amour de Jésus-Christ être souvent le thème de ses sermons*.
Le Traité sur l’amour de Jésus-Christ peut se diviser en deux parties bien distinctes. L’auteur expose, dans les six premiers chapitres, les avantages de cet amour, la manière dont on l’acquiert , dont on le conserve , et la peine cruelle réservée à ceux qui n’aiment pas le Sauveur, c’est-à-dire la privation de Dieu.
La froide exposition de cette première partie est de peu d’intérêt ; mais dans tout le reste , dans les neuf chapitres réunis sous le titre commun de Contemplations, Savonarole change de ton. Au souvenir de Jésus mis en croix et des souffrances qu’il a endurées pour le salut des hommes, son Imagination s’échauffe, et sa douleur s’exhale en plaintes, quelquefois en imprécations passionnées. 11 y a dans ces pages qui rappellent, par l’intention du moins , les sublimes Élévations sur
■ Voy., par exemple, le 19e sermon sur la première Épitre de saint Jean, et le t&e sur le Ps. Quant bonu* Itraël Deut.
ÉCRITS DE SAVONAROLE
les mystères, de la chaleur et beaucoup d’aine. Mais le mauvais goût de l’époque s’y fait jour trop souvent. C’est ainsi que , s’adressant aux clous qui vont fixer Jésus sur la croix, Savonarole leur parle en ces termes:
« O clou dur ! je te prie de ne pas être aussi impintoyable que celui qui veut te planter. Ai ollis-toi , ne «traverse pas cette belle main qui t’a créé. O marteau «impitoyable ! ne frappe pas , connais ton Dieu. Tourne- » toi contre la tête du cruel valet qui te tient dans sa «main, et venge celui qui t’a créé. Brise ce clou qui «ne rougit pas * et n’a pas honte de faire des plaies à » son Dieu , de toucher sa sainte main , de traverser .sa
«chair immaculée, de séparer ses nerfs et ses os
«O clou cruel! seras -tu aussi impitoyable que ton «camarade? Et loi, marteau, n’as-tu pas assez de ta «première cruauté? Mais les clous répondent: Notre «Créateur nous l’ordonne ». ».
Les Florentins du XV® siècle voyaient, dans cette prosopopée , du pathétique plutôt que du ridicule ; mais Savonarole savait quelquefois s’affranchir du mauvais goût de son temps. On trouvera dans le passage suivant de fort belles choses et un exemple de ce genre de contemplations :
«Que fais-tu, mon ame? Ne dors plus désormais. » Viens avec moi ; allons pleurer ensemble, car Jésus a » été fait prisonnier. Voyons la fin. Regarde , je te prie ,
' Cela rappelle le |x>ignard de Théophile : «Il en rougit, le traître ! » Trattato dell'amore , etc. , cap. 7: Contemplazione di Gesù qunndo é ronfiHo alla rrore.
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)M|iiellc criiaulé! Jésus, comme un doux agneau, est «entouré de loups. Frappé, enchaîné, insulté, il ne »se venge point pour l'amour de toi. Considère quel «est celui que les Juifs ont pris comme un larron. » Vois toute; les ignominies qu’il endure ! Pense pour «l’amour de“ qui il supporte tant d’afîronts! C’est le «Créateur dé l’iinivcrs qui paie pour toi, pour ton «salut. Pourquoi donc ne brùles-tu pas d’amour pour «lui? Pourquoi ne souflres-tu pas toutes les Iribula- » tiens? Pounjuoi es -tu donc si in.sensible? Regarde «quelle est sa douceur envers celui q»ii lui donne si «cruellement un soufflet, comme s’il n’avait pas répondu «au pontife avec une sagesse infinie ! O sainte face! «6 vi.sage pitoyable! comment peux- tu .souffrir tant « d’ignominies? Anges du ciel , créatures de Jésus , que «faites- vous donc? Que veut dire que vous ne vengiez « pas une si grande injure faite à votre Créateur? Parce «que Jésus ne veut pasde vengeance , parce qu’il souffre «pour ton salut. O doux Jésus! que puis-je faire pour «te récompenser de tant d’amour ?MaIbeur à moi ! Plus «je pense à ta bonté , plus je me sens ingrat. O mon «ame! regarde, contemple ton doux époux! Vois- le «servant, pour ainsi dire, début aux flèches, chez «Caiphe, pour l’amour de toi, cruellement frappé, « moqué , couvert de crachats, injurié de mille manières. «O mon cœur, que tu es dur ! Pourquoi ne te brises-tu «pas? Mes yeux, pourquoi ne pleurez-vous pas? Pour- « quoi ne vous changez - vous pas en deux fontaines «de larmes? C'est votre Dieu , votre Créateur, votre
r. II.
ÉCRITS DE SAVONAROLE
» Rédempteur. Pleurez sur lui, pleurez par compassion, «pleurez par pitié. Quis dabit capiti meo aquam et noculis meis fontem lacrymarum, et plorabo dieac nocte npassionem Domini mei Jesu-Chrisli. O bon Jésus! tu «as vaincu. O doux Jésus! tu as rompu ma dureté. » O saint Jésus ! tu m’as fortement enflammé , tu m’as «frappé, tu m’as couvert de plaies. Qui ne se sentirait » touché de compassion? Qui ne s’efl’orcerait de t’aimer? «Qui ne voudrait mourir pour l’amonr de toi? O nuit «sans repos où Jésus n’a pas dormi ! O nuit cruelle! » O repos impitoyable! Jésus ne dort pas ; au contraire , » il est cruellement traité pendant cette nuit , afin que , «délivré de ces ténèbres , je sois conduit à la lumière et » au repos de la vie éternelle. O mon Jésus ! quand je te «contemple attaché à la colonne et flagellé , je voudrais «mourir pour l’amour de toi. Pourquoi, Seigneur, ne «te défends-tu pas? Pourquoi ne montres-tu pas ta « puissance? — Parce que j’aime mieux te sauver que de » vivre. C’est toi , ame , c’est toi qui m’as blessé. C’est «toi qui m'as flagellé ; c’est toi qui m’as frappé de tous «côtés. — O chair sainte! ô chair immaculée! comment «puis-je te voir ainsi? Tu n'es toute qu’une plaie. «Cours, cours vite, ô mon ame! et de tes larmes lave » le saint corps, lave toutes ces plaies cruelles; em- »brasse-le, porte-le , car l’excès de la douleur l’empêche «de se soutenir. Ne dors pas, ô mon ame ! éveille-toi «de ton lourd sommeil, car les Juifs impitoyables ne «sont pas rassasiés de tant de cruauté contre ton Jésus. » Ijoin de là ; ils lui ont po.sé sur le front une cruelle
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»cuiirunne; ils lui ont frappé, troué, ensanglanté la tête. » O Juifs impies! O synagogue implacable! ne .seras-tu » jamais rassasiée de persécuter mon doux époux? O «doux Jésus! que dois -je dire, maintenant que, pour » me couronner de pierres précieuses et d’une gloire » infinie, tu as souffert d’être couronné d’épines? Mais » cela ne suffit pas encore pour me confondre et pour » me faire honte de mon ingratitude : je te vois , la «croix sur l’épaule, aller à la mort. Je t’en prie, Jésus, » donne-moi cette croix ; laisse-la-moi porter. Je te vois «si faible que tu peux à peine te tenir sur tes pieds- «Venez avec moi, âmes amoureuses de Jésus ! suivez- » le , la croix sur les épaules. Allons mourir avec le doux «Jésus , afin que nous soyons glorifiés avec lui dans les «cieux par son Père Éternel. Ainsi soit-il »
Ces contemplations étaient comme des exemples que Savonarole donnait aux chrétiens de la manière dont on peut s’élever, par la méditation , jusqu’à l’amour du Christ; mais il est facile de voir qu’il les écrivit sans prétention , et c’est en partie le naturel qu’on y remarque qui en fait la beauté. Comme on l’a vu , le goût n’est pas toujours aussi pur que dans le passage précédent ; mais c’est la faute du siècle. La sincérité des .sentiments exprimés mérite peut-être qu’on passe sur ce défaut, et qu’on ne reproche pas trop vivement à Jérôme un peu de monotonie dans l’expression.
> Traltalo dell’amore, etc., cap. 7 : Conlemptazione sopra diverse passioni di Gesù.
ECRITS DE SAVONAROLE
fi* TRAITÉ DES DIX CONnARDEVERTS.
(Oper«<ta mollo ««pr* • ii$<i nmtnd0mtmU,)
Celte instruction sur les dix commandements fut faite pour les Religieuses d’un couvent de Florence. Après avoir réduit les préceptes du Décalogue en deux catégories , trois sur l’amour de Dieu , sept sur l’amour du prochain , l'auteur donne une règle pour distinguer le péché mortel du péché véniel ; puis , prenant l’un après l’autre chaque commandement , il énumère toutes les manières dont on peut les enfreindre. Les péchés que peut commettre un Religieux y occupent , comme il est naturel , une grande place ; mais Jérome n’oublie pas, au nombre de ceux qui perdent l’ame, le péché des séculiers qui refusent de payer la dîme à l’Église, même dans les pays où elle n’est pas instituée, si par aventure l’Église vient à la réclamer ' .
Écrivant pour des femmes, Savonarole s’efforce d’être . plus simple, plus pratique que jamais. Il déclare, en terminant, que s’il n’a pas cité d’autorités, c’est pour
' <1 Chi non |Mgn le dcciiiic sccondo la eonsueludine délia patria pccca mortalincntc c è obbligalo a restiluzionc. E se non è consuetudinc di pagarle , nientediineno ciascuno c obbligalo ad averc questa intenzionc , chc quando fiissono dalla Cbiesa adiinandate, sarebbe pronto e apparocebiato a pagarle. n Operetta , etc. : Del terzo comandamenlo (Florence, XV' siècle, sans millésime).