‹ Jérome Savonarole, sa vie, ses prédications, ses écritsChapitre 8 sur 97 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

M^rOlHE DE L'ÉLOQl'EMCE SACEÊE PAR 9ATONAROLE.

Le but que Savonarole avait proposé à ses efforts était trop grave et trop élevé pour qu’il songeât à corriger, dans l’éloquence de ses prédécesseurs , des défauts qui choquaient médiocrement en lui le sens peu développé de l’esthétique. N’étant point amoureux de l'art pour l’art , comme on dit aujourd’hui , il ne voulait pas que la beauté de la forme servît à masquer la pauvreté du fond. Il crut que la splendeurdc la vérité chrétienne était assez éclatante pour qu’on pût la présenter sans fard à tous les yeux. La plus simple et la plus directe exposition de l’Écriture lui parut donc le seul langage digne d’un ministre du Christ. Les ornements mondains lui auraient semblé impies, et il ne les proscrivait pas moins du langage que des vêlements. A ce point de vue, il dut découvrir dans l'éloquence à la mode plus de défauts que personne, et, en effet, il les signalait amèrement :

« Le bon doctdur doit cbercher surtout l’utilité des «peuples et fuir les questions inutiles : on fait aujour- » d’hui tout le contraire. Les écrivains , les prédicateurs «ne font que poser des questions , soulever de curieuses «subtilités qui chatouillent agréablement l’oreille; »(|uant à l’aine malade, ils ne lui apportent aucun

CHAl'ITHE OELXlfcME.

«soulagement, ils ne l’excitent pas à la contrition , ils »nc l’éclairent pas sur les choses nécessaires au salut, «ils ne la délivrent pas du péché, ils ne la réveillent «pas de la mort. Ils sont aujourd’hui comme les joueurs » de flûte et les chanteurs dans la maison du chef de la «synagogue. Ceux-ci , devant sa fille morte, chantaient «et jouaient des mélodies lugubres pour tirer des «pleurs, mais ils ne pouvaient ressusciter le cadavre. » Ainsi font nos docteurs et nos prédicateurs ; tout le «jour auprès des aines mortes , ils voudraient les res- » susciter avec leurs questions et leurs subtilités, avec » toutes ces belles comparaisons , avec l’autorité d’Aris- «lote , de\irgile , d’Ovide , de Cicéron , avec ces beaux «(•hauts de Dante et de Pétrarque; mais leurs efforts « sont superflus. Oh! quels lugubres chants de mort «ils font entendre! Par là, loin de ressusciter les aines «mortes, ils tuent les vivantes. Cependant le Sauveur «étant entré dans la maison du chef de la synagogue, » et voyant la foule en tumulte autour de ces joueurs de » flûte, les mil dehors au plus vile, et , avec .ses disciples , «ressuscita la morte. 11 faut, vous dis-je, autre chose « que Virgile et Aristote pour ressusciter les ames et

» pour entendre ce qui est nécessaire au salut Sei-

» gneur mon Dieu , voici nos docteurs et nos théologiens » modernes qtff cherchent dans les livres des devins » et des gentils la solution des plus graves ipieslions. «Parviendront-ils à la vérité par cette voie? Non , assu- «vément. Sed erunt semper addiscenles et nitnquam ad nscienliam rerilatis perveiiienles. Ils étudient sans

PRÉDICATIONS DE SAVONAROLE

» cesse , et jamais ils ne pai'viennent,à la connaissance »de la vérité; ils ont l'esprit plein d’extravagances et » de fausses opinions ; ils ne connaissent pas la vérité »de Dieu. Cognovit bos possessorem suwn el axitms prævsepe domini sui : Israël autem me non cognovit, dicit nDominus. Ces animaux , vous dis-je, le bœuf et l’âne » entre aütres, sont stupides et grossiers de nature ; ils » me représentent certaines personnes sottes et simples, » mais bonnes , qui ne savent ni la logique ni la philo- » sopbie , mais qui se plaisent à entendre les sermons »et les choses qui louchent à leur salut. Comme les «bœufs, ils ruminent les bonnes paroles qu’ils ont «entendues *. »

Ainsi, Savonarole attaquait le mode de prédteatiou en honneur de son temps, bien plus pour le fond que pour la forme. Ce n’était pas seulement l’abus des auteurs profanes qu’il condamnait , mais tout le système qui consiste à se servir des sciences pour démontrer la Foi. « Il faut prendre la Foi simplement », notre auteur le dit cent fois dans ses livres et dans ses discours, et, comme on vient de le voir, avec beaucoup de netteté. Il faut être un bœuf ou un âne , c’est-à-dire une ame simple, pour goûter les douceurs de l’Écriture, et le prédicateur doit se résigner à parler aux bœufs et aux ânes.

Cependant l’expression, comme il arrive souvent, dépasse un peu la pensée de Savonarole. Il condamne

■ 7' Prtd. sop. il Salmo ■■ Qiiani bonus Israël Deus, avenl 1 1U3. (Prato 184f., p. î7l.)

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