TRAITÉ DE LA VIE DES VEUVES
aussi bien le premier que le second. Une fille, si elle goûte les arguments de l’auteur, sera aussi fondée à ne pas se marier qu’une veuve à ne pas se remarier. Savonarole allait donc , par inadvertance sans doute, contre une des premières conditions de la société. 0'>o'<|uc I® vie chaste lui parût supérieure à celle du commun des mortels , il ne pouvait vouloir l’imposer à toutes les femmes. Il aurait donc dû faire choix de motifs spéciaux pour les veuves.
Les raisons mêmes qu’il donne ne sont pas toujours concluantes. Si les hommes sont plus hardis auprès des veuves , il semble qu’au lieu de rester seules, elles devraient chercher au plus vite un protecteur. Si le mariage aiguillonne la chair malgré l’habitude, est-il bien sûr que le souvenir du mariage ne fasse pas sur une veuve au moins autant d’effet? De ce qu’une femme est veuve, s’ensuit -il qu’elle n’ait pas d’enfants et qu’elle doive abandonner les soins du ménage, pour se consacrer exclusivement à Dieu? La liberté dont elle jouit n’est-elle pas, comme Savonarole le reconnaît , une cause de faciles et nombreux péchés *?
Les arguments de notre auteur pourraient donc tout au plus être de quelque poids pour les veuves âgées et sans enfants ; mais alors son ouvrage serait sans utilité. A quoi bon, en effet, démontrer les dangers du mariage à des femmes qui n’y peuvent ou n’y veulent
■ a La laarilata é più libéra , perché di lei non è tanta suspizione Ira gli uoraini quanto è d'iina vudova. E voi sap<‘te chc la libertà è c.Tiisa di molli percati. » Délia vita, etc., lib. I, cap. 2.
ÉCRITS DE SAVONAROLE
plus prétendre , ou qui sont punies d’une passion surannée par un juste ridicule? Mais Savonarole s’adresse aux jeunes veuves , et l’on vient de voir qu’il échoue à leur montrer, dans l’ordre humain , les avantages de leur condition. Il ne mentionne seulement pas tout ce qui rend le veuvage si respectable : le culte durable d’une mémoire chérie, l’amour des enfants issus du mariage, la crainte de relâcher les liens de la famille, en faisant naître par une seconde union des jalousies et des rivalités. Le seul motif sérieux , parmi tous ceux qu’il énumère , est la liberté dont la veuve jouit pour accomplir ses devoirs religieux.
Après un début si malheureux , Savonarole redevient plein de force, de finesse, de perspicacité, dès qu’il essaie de démêler les motifs qui portent les veuves à reculer d’ordinaire devant un second mariage, et de leur montrer la voie qu’elles devraient suivre.
Il y a des femmes qui sont veuves uniquement parce qu’elles n'ont plus de mari , et qui ont l’intention d’en prendre un autre. Je ne m’adresse pas à celles-là , dit Jérôme. Elles peuvent avoir un motif honorable : si , par exemple, elles ne veulent pas entrer en religion , si elles n’ont rien pour vivre, si elles craignent de succomber à la tentation. Elles ne mériteraient d’être blâmées que si elles se remariaient afln de satisfaire leur goût pour le luxe , pour les honneurs et les dignités , ou même par amour.
Il ne parle pas à ces veuves de fait et non d’esprit; il ne parle qu’à celles qui ont renoncé au mariage. Mais,
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