‹ Jérome Savonarole, sa vie, ses prédications, ses écritsChapitre 82 sur 97 · TRAITE DE I.A VIE DES VEUVES · texte numérisé non relu

TRAITE DE I.A VIE DES VEUVES

(lenient nécessaire de tontes les vertus. Il s’étend plus au long sur les prati(jues particulières aux veuves, telles que la solitude, le jeûne et la prière, surtout la prière mentale.

11. Relativement à la solitude, la veuve doit , comme la tourterelle privée de son compagnon , renoncer à toute société. 11 faut qu'on ne la voie qu’à l’église; encore ne doit-elle y aller qu’autant qu’il est raisonnable. Elle doit s’attacher au Christ, qui est son .second époux , et prendre garde de ne pas le perdre comme l’autre. Elle doit aller vêtue de noir, évitant les hommes qui profiteraient de la moindre œillade, du moindre sourire pour en venir à leurs fins, sous couleur de quelque bonne œuvre'. Qu’elle évite jusqu'aux hommes de sa famille , car dans la famille ou trouve quelquefois occasion de pécher. Les veuves âgées elles-mêmes doivent observer cette règle , et pour ne pas donner de mauvais exemples aux jeunes , cl parce qu’une pareille fréquentation détournerait leur esprit de la prière.

Il n’est pas jusqu’aux femmes, dont la société ne puisse leur être funeste. C’est pourquoi il faut qu’une

‘ « Se gli iiomini SC soltomcssino prcsontuosamentc , debbe la vedova iisar lal gravibi e aspérité in parlare c Ud faccia a loro dimos- Irare che riniangono despcrati al tulto di ixitere avéré ron Ici adito alcuno, perociic tal pente quando conoscono in qualelie riso o bell’oechio o in parolette soave la mente délia donna esser facile a inclinarla alla sua volonûi, con mille modi e arti sotto spezic di benc amraaestrati dal diavolo. a poco a poco s’accostano e moite volte vengono allô attento loro.» ütlla vita, etc., Mb. 2, cap. i.

ÉCRITS DE SWON.VRüLÉ.

veuve fuie même celles qu’elle a connues duraul son mariage, même les plus sainfes en apparence , car plusieurs d’entre celles-ci ont voué leur ame au diable •. Enfin , les prêtres ne doivent pas être évités avec moins de soin : ceux qui vont visiter les dames sont- pour l’ordinaire de mauvais prêtres. Il faut apporter la plus grande circonspection dans le choix de son confesseur ; n’en plus changer, dès qu’on en a un bon , el se bien garder d'aller auprès des prédicateurs , comme on le fait trop souvent , et de se confesser à eux.

Ces précautions , dira-t-on , sont bien minutieuses ; mais Savonarole nous apprend le motif qui les lui dicte : « Le feu de la concupiscence dure autant en nous que »la chair de notre corps , et le démon qui s’efforce con- »tinuellcment de nous enflammer ne meurt jamais ». » En conseillant à la veuve de ne pas se borner aux jeûnes prescrits par l’Église , Savonarole ajoute , avec un goût fort douteux, qu’il faut jeûner de tous les plaisirs superflus, qu’il faut faire jeûner tous les sens, les yeux, les oreilles , et particulièrement la main. Il recommande, en effet, aux veuves d’éviter les attouchements, car, ajoute-t-il, « beaucoup d’hommes et de femmes ont «succombé pour s’être seulement touché la main ; cette «action , qui semble de si peu de conséquence, produit » souvent sur une organisation féminine le même effet «que le cachet sur la cire tendre et molle, où il laisse

I O Che ce n’è Ira quesle che haniio il mantclio delta pielâ, ina il diavolo nel cuorc. » Delta rita , etc., lib. 2, cap. I.

’ Délia viln , etc., lib. 2, cap. 1.

TRAITf: DE LA VIE DES VEUVES.

«son empreinte en la touchant. Or, La chair de la » femme est comme la cire : quand l'homme la touche , nil y laisse une empreinte qui ne s’efface pas facile- » ment *. »

III. Dans une troisième partie, beaucoup moins importante et moins curieuse que les deux autres, Savonarole recommande aux veuves de prêcher la vertu, mais principalement par le bon exemple qu’elles donnent. Il ne leur est pas interdit de catéchiser en particulier quelques personnes, pourvu que cela se rencontre naturellement: mais il faut qu’elles soient bien assurées de la maturité de leur esprit et de la pureté des doctrines qu’elles veulent enseigner. Dans tous les cas, la modestie qui convient à leur sexe et à leur état s'oppose à ce qu’elles catéchisent publiquement.

Dans le Traité de la vie des veuves , Savonarole échoue, comme nous l’avons vu , à donner les rai.sons qui rendent le veuvage digne de respect et d’éloges; mais, au fond, l’idée qu’il développe est vraie : une femme s’honore , lorsque , ayant rempli ses devoirs envers la société par le mariage, elle reste, après la mort de son époux, dans l’isolement que la volonté de Dieu lui a fait. Si elle se consacre alors à l'éilucation de ses enfants , si même elle se retire dans un cloître , elle fait de sa liberté un usage qu’on ne saurait blâmer.

‘ Delta vita , etc., lib. 2, cap. 2.

KCHITS DE SAVONAROLE.

Savonarole se lient ici dans de justes bornes , puisqu'il reconnaît qu’une veuve fait souvent mieux de se remarier que d’exposer sa vertu. S’il blâme un second mariage contracté par amour, il veut dire sans doute qu’un cœur plein d’un sentiment qui survit à son objet ne devrait pas s’ouvrir à une nouvelle passion ; mais si cette passion devient trop forte , il n’aurait pas trouvé mauvais qu'on la satisfit suivant les lois, plutôt que de s’exposer au péché , ou de mener une vie tourmentée et incapable de s’élever vers Dieu.

Les précautions que notre auteur recommande aux veuves paraîtront peut-être exagérées; mais il parle en moine habitué à les prendre lui-même pour préserver sa vertu de la tentation , cl il oublie peut-être que la femme a déplus que l’homme la pudeur pour la gare tir.

On chercherait en vain une conelu.sion à cet ouvrage: Savonarole n’éprouve pas le besoin de fixer la pensée de ses lecteurs sur quelque maxime qui résume ses réflexions et ses préceptes, ou qui élève l'esprit en lui rappelant l’idée principale. L’emploi que les veuves doivent faire de leurs loisirs est trop particulier pour être à sa place à la fin de ce traité ; mais on excuse l’auteur quand on l'entend conseiller aux femmes de prêcher d’exemple plutôt que de parole.

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