‹ JérusalemChapitre 10 sur 81 · PORTE DE DAMAS · texte numérisé non relu

PORTE DE DAMAS

Bab-el-Aâmoud

dans un piège grossier, et ils y réussirent. Les plus braves des défenseurs, sortant de la ville par la porte qui s’ouvrait entre lésntours destDames. feignirent. d'avoir été, expulsés: par ceux qui désiraient la paix, et simulant une grande frayeur, se groupèrent en avant des murailles avec des gestes de désespoir. Pendant qu'ils jouaient cette comédie, une autre troupe de Juifs garnissait les créneaux, se disant des habitants paisibles, implorant la paix à grands cris, tendant vers les légionnaires des mains suppliantes et offrant de leur livrer la place. Ce disant, ils jetaient des pierres aux prétendus expulsés comme pour les chasser du voisinage de la porte; ceux-ci faisaient semblant de vouloir forcer l'entrée, puis adressaient des supplications à leurs amis de l’intérieur. Parfois ils paraissaient décidés à aller du côté des Romains; puis, après avoir fait quelques pas, ils se rejetaient en arrière comme si la peur les eût saisis. Les Romains se laissèrent prendre au piège. Croyant déjà tenir des captifs voués au supplice, ils s’ébranlèrent pour mettre la main sur leur proie. Titus, plus perspicace que ses soldats, défendit à l’armée de quitter son poste; malgré son ordre, un certain nombre d'hommes placés en avant de la troupe des travailleurs s’élança, l'épée à la main, du côté de ia IC cé mouvement ceurtquisserprétendaientu chassés. de Jérusalem s'écartèrent pour laisser le passage libre. Mais aussitôt que les Romains furent arrivés entre les tours qui flanquaient la porte, les Juifs firent volte-face et fondirent à revers sur l'ennemi, pendant que du haut des murailles on faisait pleuvoir une grêle de pierres et de traits. Après un combat héroïque, les soldats de Titus finirent par s'ouvrir un passage à travers Price clehquidlestétremnait et firent retraite enstoutés hate Tes Juifs les poursuivirent à coups de javelot jusqu’au tombeau d'Hélène.

Or le tombeau d'Hélène s'élevait à la pointe du pâté de

rochers sur lequel fut bâtie depuis l’église de Saint-Etienne,

Les deux tours modérnes qui flanquent la porte actuelle de Damas ont remplacé les tours des Dames, et de fait, leur base, bâtie en blocs énormes, à encadrement, comme tous les blocs judaiïques de l’époque primitive, témoignent suffisamment de leur haute antiquité. De plus, au dedans même de la porte, sur la face postérieure du coude par lequel on pénètre dans la ville, on voit englobé dans la maçonnerie récente un arc en plein cintre, formé de voussoirs de dimensions colossales, et qui n’est certainement que le sommet de l’ancienne porte.

Il est manifeste et l’on reconnaît au premier coup d’œil que cette porte antique est aujourd'hui profondément enterrée. Une fois la porte de Damas franchie, si l’on passe soit à droite, soit à gauche, au lieu d'entrer en ville, on arrive, en grimpant sur un monceau de remblais, à des ouvertures donnant accès à deux salles qui constituaient sans aucun doute le rez-de-chaussée des tours des Dames. Les murailles en sont composées de blocs immenses à encadrement ou à bossage, et il n’est pas possible de se méprendre sur leur âge.

Comment une, construction pareille, “quilfaut “artrcbuer aux temps de la dynastie de David, fait-elle partie de l’enceinte d’Agrippa ? Parce que cette construction était un fort et que la dernière enceinte devait nécessairement s’y appuyer.

La Bibleret Josèphe,"lhistorinade Jus nous #edient sur l'existence de ces forteresses extérieures qui successivement avaient dû être établies au nord de la ville antique, seul côté par lequel l'attaque présentait le moins de difficultés. Ces forts furent rémistenmthonnétamde défense par le roi Manassé; ils étaient donc antérieurs à l’époque de son règne. Dès lors, ül est prouvé que les constructions judaïques primitives reconnues à la porte de Damas faisaient partie de l’une de ces tours. Trois ou quatre pas en avant de la porte actuelle, et entre les deux tours existe et fonctionne encore -une citerne à la-

quelle les soldats du poste voisin viennent puiser de l'eau.

Passons à la porte occidentale, qui a recu également plusieurs noms. En effet, elle est appelée tantôt porte de Jaffa ou de Beït-Lehem, tantôt porte d’Hébron ou Bab-el-Khalil (la porte du bien-aimé de Dieu, c’est-à-dire d'Abraham, qui s'était établi à Mamré}). Au moyen âge on l’appelait porte de David, à cause de la proximité de la tour de David.

Cette entrée conduit à la place de la citadelle, place qui RÉ MArCHetaUu Dé SEnR Er nridemtaloone net l'extérieur de la ville, règne une plate-forme toujours encombrée de chameaux, de chevaux et d’ânes appartenant aux voyageurs qui arrivent ou qui partent. C’est là que les douaniers turcs exer- Pontoleur métier, qui consiste assez. généralement à ne pas visiter les bagages qu’ils sont chargés de fouiller, et à percevoir le plus de bakhchich possible pour fermer les yeux lorsqu'on net passpayer es droits d'entrée tousdeé:sortie.

La première fois que je vis Jérusalem, 1l y avait bien déjà un seul et unique café arabe dans le voisinage de la porte; aujourd’hui ses abords sont peuplés de cabarets avec enseignes françaises et italiennes. N'est-il pas mortifiant de lire en arrivant à Jérusalem, au-dessus de la porte de l’un de ces ignobles bouchons : Av JovrpaIN! bon vin et bon logis. J'avoue que la mue dé cette enseigneum a soulévéile cœur.

Porsque Titus eut téerminéniomsièser de lawvilessainte, 1l1y laissa en garnison la dixième légion, qui s'établit en arrière du mur occidental de l’enceinte, seule partie qui ne füt pas démantelée, et qui fût en état de couvrir le camp des légionnaires contre toute attaque du dehors.

La porte qui nous occupe subsista donc, non pas telle qu’elle est aujourd’hui, car elle est entièrement moderne, mais avec un ornement imaginé par la soldatesque romaine. Au sommet de l’entrée, laissée assez basse pour qu’on dût s’incliner pour la franchir, on avait placé l’image d’un porc en bas-relief, de telle

facon que: tout Juif qui eût tenté de visiter les ruines de sa

ville natale aurait reculé d'horreur devant la nécessité de se courber et de saluer cette sculpture outrageante.

Nous arrivons à la troisième porte, celle du sud, appelée aujourd’hui par les chrétiens du pays Bab-Sahioun, porte de Sion, et par les musulmans Bab-en-Nabi-Daoud, porte du prophète David. Elle doit ce nom au voisinage de la mosquée de Nabi-Daoud qui a pris la place du Cénacle. C’est encore une porte moderne établie certainement sur le site d’une porte antique; mais de laquelle ?

Je ne m'y arrêterai pas longtemps, car elle n'offre rien d’intéressant. Devant elle et à petite distance à l’intérieur de Ia ville est un terrain vague occupé par d’humbles cahutes. Ce sont es démeures des lébreux. qui, Jéssoirvenus Clorsquenies portes sont fermées, et elles le sont régulièrement chaque soir au coucher du soleil, sont obligés de se retirer dans ces bouges où ils ne peuvent plus être distraits de leur misérable existence par la vue des passants, seule participation pour eux à la vie humaine. C’est là qu’ils sont et resteront parqués jusqu’au jour où la mort viendra les délivrer.

Et qu’on ne Croie pas que ces êtres misérables "vivent et meurent sans amours! J’ai vu de mes yeux, assise au milieu des lépreux du Bab-el-Khalil, une charmante jeune femme donnant le sein à un bel enfant, tous les deux, sans doute, condamnés à l’avenir horrible de leurs voisins. Presque personne ne fait attention à ces malheureux, et les étrangers seuls jettent par-ci par-là une piastre dans le vase que les lépreux leur tendent au bout d’un long bâton, en implorant leur cha- Tite.

N'est-il pas étrange que les cases des lépreux occupent aujourd’hui le sommet du mont Sion et une partie peut-être de l'emplacement où fut jadis le palais de David et de Salomon?

A deux cent cinquante mètres à lPest de la porte de Sion,

est ouverte dans le flanc d’une tour carrée une poterne nommée

Page 1