LE SAINT-SÉPULCRE
che lui dit alors : « Tu ne pourrais aller plus loin que sur les genoux et les mains. » Mais le khalife n’hésita pas, et, avancçant dans la galerie d’où sortait l’eau, il parvint à un plateau couronnant le sommet de la colline et sur lequel on apercevait des ruines.
Il les contempla quelques instants et s’écria : « Dieu est grand! Voilà bien l’endroit que m'a décrit le prophète! »
La roche sacrée, le saint des saints du temple de Salomon, le point d’où partit Mohammed pour son voyage au ciel, avait été converti par les chrétiens en lieu de dépôt des inmondices, par mépris des juifs, qui vénéraient cette roche. Le khalife se mit aussitôt à la nettoyer, aidé par ceux qui l’avaient suivi et qui se servaient comme lui de leurs robes pour emporter à la vallée prochaine les ordures qu'ils ramassaient. Cette tâche achevée, ils descendirent aux deux fontaines de la vallée d'Hinnom, firent leurs ablutions et revinrent à la roche sainte pour faitrev[a prière.
C'est là que fut construite la mosquée magnifique qui a perpétué jusqu'à nos jours le nom d’Omar dans Jérusalem, sa conquête.
Nous nous occuperons ailleurs en détail de ce merveilleux sanctuaire de l’islamisme.
Mais revenons à l’église du Saint-Sépulcre.
En 937, le dimanche des Rameaux, les mahométans attaquèrent la basilique de Constantin, mirent le feu aux portes méridionales, incendièrent le portique et dévastèrent les églises du Calvaire et de la Résurrection.
En 1o10, le khalife fatimite El-Hakem donna l’ordre de raser l’église du Saint-Sépulcre, et son ordre fut exécuté.
En 1020, Hakem disparut, assassiné probablement pendant qu'il se livrait de nuit à des pratiques de magie, et les églises de Jérusalem ne tardèrent pas à être relevées. On pré-
tend que ce fut à l’instigation de la chrétienne Marie, mère du
khalife. Une simple construction provisoire fut bâtie au-dessus du Saint-Sépulcre, et des négociations furent entamées par l'empereur Romain-Argyre pour obtenir du khalife Dhaher, fils et successeur de Hakem, l'autorisation d'élever une église définitive. Reprises après la mort de Romain, par l’empereur Michel le Paphlagonien, elles aboutirent enfin, et en 1048 l’église nouvelle fut achevée, sous le règne de Constantin Monomaque.
En 1004. Pierre l’Ermite, du diocèse d'Amiens, visitait Jérusalem en pèlerin et rapportait en Europe la cruelle impression que lui avait laissée la condition des chrétiens de Terre sainte. On sait que ses prédications provoquèrent la réunion du concile de Clermont, où la croisade fut décidée.
Depuis lors, l’église du Saint-Sépulcre n'avait plus subi d’accidents graves, lorsque, en 1808, elle faillit être anéantie par un incendie violent, à la suite duquel la Russie seule voulut s’occuper de la reconstruire, acquérant ainsi des droits incontestables * sur Ja “propriété de l'édifice qu'elle #relévitredensses ruines. Sans doute, ces droits ne sauraient être absolus en présence du reste de la chrétienté; mais pourquoi la chrétienté ne prenait-elle pas plus de soins de la restauration d’une église renfermant le tombeau de Jésus-Christ?
EE UATRE portes principales sont ouvertes dans | l'enceinte actuelle de la cité sainte, et je ne doute pas qu’elles n’aient remplacé les quatre principales portes de la ville judaïque.
Nous allons les décrire une à Linéreren
commençant par le nord.
Lorsqu'on arrive soit de Naplouse, soit de tJaña, “un peu avant d'entrer dans Ja ville on atteint le point où ces deux routes se réunissent, et bientôt l’on a devant soi la porte nommée actuellement Bab-el-Aâmoud (porte de là Colonne) ou Bab-ech-Cham (porte de Damas). Elle occupe le milieu d’une construction flanquée de deux tours carrées et couronnée, comme ces tours, de créneaux de l'effet le plus pittoresque, mais en mauvais état de conservation. Un factionnaire turc, généralement déguemillé, y monte la garde, tandis que ses camarades de service tricotent des chaussettes. Une fois entré, on tourne à gauche, et un second coude vous amène
au sommet d'une rue assez large, descendant rapidement vers
un petit carrefour à partir duquel commencent deux autres rues. De celles-là, l’une conduit à la voie Douloureuse et au Haramech-Chérif (c’est la rue de gauche), la seconde va à la montée qui constitue la tête de la rue du Patriarche.
Primitivement, cette porte était la porte de Saint-Étienne: le pâté de rochers qui en est voisin supporta longtemps une église de Saint-Étienne, bâtie sur le lieu même où le premier martyr fut lapidé.
De nos jours, et depuis le moyen âge, le nom du martyr est donné à tort par les chrétiens de Jérusalem à l’ancienne porte des Brebis, que les Arabes du pays n’appellent jamais que Bab-Setty-Maryam (porte de Madame Marie); elle conduit à l’église qui passa pour renfermer le tombeau de la Vierge.
Jl est curieux de rechercher l’origine du nom actuel de cette entrée. Pourquoi l’appelle-t-on porte de la Colonne, alors qu’elle fut appelée porte Saint-Étienne pendant toute la durée du royaume latin?
Un pèlerin du vi* siècle (570), Antoine de Plaisance, nous raconte Ceci é CA U mihensde la route, non loinide lame se dresse une colonne de marbre vers laquelle fut conduit le Seigneur pour être flagellé. Cette colonne, enlevée par une nuée, fut placée là, et l’on reconnaît que le fait est vrai, car elle se tient debout sur la terre sans avoir de support, et même on peut la remuer. Au sommet il y a une croix de fer. »
Il me serait difficile de donner un meilleur exemple de la crédulité naïve des premiers pèlerins en Terre sainte. Évidemment, la porte de la Colonne a reçu son nom à cause de la colonne en question, qui, sans le secours d’une nuée, y avait été dressée par la main des hommes.
La porte de Damas occupe la place d’une porte qui existait déjà lors du siège de Titus. En voici la preuve :
Pendant que les légions romaines nettoyaient et aplanissaient
les approches de la place, les Juifs essayèrent d’attirer l’ennemi