‹ JérusalemChapitre 14 sur 81 · JUIFS PLEURANT SUR LE MUR DE SALOMON · texte numérisé non relu

JUIFS PLEURANT SUR LE MUR DE SALOMON

HEJLARD.

Là

LEMREMPLE DEN SALOMON “1

suite vers l’ouest la rue de la Voie douloureuse, on rencontre une grande porte voûtée conduisant au préau du Haram; c’est le Bab-el-Hittah, qui s'ouvre vers l’autre extrémité du Birket- Israël. Son nom signifie au figuré Porte de la rémission des péchés.

Un peu plus loin s'ouvre une nouvelle porte voûtée conduisant à la mosquée. Elle s'appelle Bab -ed - Dewadar, mot dont j'ignore la signification. Le flanc droit de la voûte, à sa sortie sur le préau du Haram, est formé par le revêtement en gros blocs salomoniens de la roche taillée à pic qui supportait la tour Antonia. |

Passons à Ia face occidentale. La première entrée par laquelle on accède au jardin du Haram-ech-Chérif part de la cour du Seraï, et par une espèce de corridor tortueux aboutit à une porte qui ressemble mieux à l’entrée d’une grange qu’à celle d’un sanctuaire. Elle s'appelle Bab-el-Ghawânimeh, dénomination dont je ne devine pas non plus le sens.

Remontant vers le sud le flanc occidental du Haram, on se trouve d’abord devant une porte nommée Bab-Allaeddyn-el- Bousri (d’Aladin le Bosroïte), ou Bab-en-Nazir (de l'inspecteur). Une tradition musulmane, peu répandue d’ailleurs, prétend qu’anciennement elle s'appelait porte de Gabriel, parce que là l’archange remisa la jument El-Borak, la nuit du voyage de Mohammed. C’est encore une porte d'apparence moderne, et dont nous n'avons pas à nous occuper.

Vient ensuite le Bab-el-Hadid (porte de fer), qui ne présente guère plus d'intérêt que les autres.

Un peu plus loin il y a le Bab-el-Kattanin (la porte des marchands de coton); la rue du Bazar, habitée jadis par les marchands de coton, y aboutit directement. Mais la porte actuelle est l’œuvre du sultan mamlouk Malek-en-Naser- Mohammed, fils de Kelaoun (1336).

Il est à croire, ainsi d’ailleurs que le prétend la tradition

locale, que cette porte a remplacé la belle porte du temple (porta speciosa), sous laquelle les apôtres saint Pierre et saint Jean guérirent un paralytique au nom de leur divin Maître.

A très faible distance, s'ouvre une poterne, Bab-el-Motewaddeh, suivie par une double porte dont l’une des entrées se nomme Bab-es-Selseleh (de la chaîne), l’autre Bab-es- Sakeneh (du repos ou de la tranquillité). C’est une des plus fréquentées par les musulmans. Elle précède de toute l'étendue du Mekhemeh, ou tribunal turc, la fameuse muraille où le vendredi soir les juifs vont se lamenter et prier.

Voilà la dernière des portes qui sont ouvertes à notre époque.

Chacune d'elles est confiée à la garde de portiers nègres, les plus parfaits modèles du fanatisme brutal.

Maintenant qu'avec de l'argent on visite aisément et autant qu’on le veut le Haram-ech-Chérif, accompagné par le scheikh de la mosquée lui-même, qui la vendrait en détail s’il le pouvait, on ne passe pas devant ces ogres noirs sans recevoir quelque bonne injure accompagnée de regards d’anthropophage. On n’y fait guère attention, et peut-être est-cé [à ce qui les exaspère.

A leur sujet, deux anecdotes qui ont leur charme:

Lorsque le grand-duc Constantin voulut visiter la mosquée d'Omar, il déclara au pacha gouverneur qu'il s’y rendrait tel jour, à telle heure, à la-tête de la troupe quil 'avaitramenée en guise d’escorte et dont il désirait faire lPinspection, le préau du haram lui paraissant la place la plus convenable pour une revue. « Vous n’y pensez pas, monseigneur ; et les portiers nègres! je ne puis répondre de leur calme. — Ne vous en inquiétez pas, repartit le prince; s’ils ne se montrent pas gentils, je les ferai fusiller. »

L'autre historiette m’est personnelle,

Lorsqu’en 1863 j'entrepris des fouilles au tombeau des rois,

je compris vite la nécessité d’avoir à l'entrée du monument un

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gardien fidèle et résolu qui en interdirait l’entrée aux indiscrets. Je commencçais à être connu et respecté des nègres du haram, parce que depuis quelques semaines ils avaient pu constater que je n'étais qu’un travailleur respectueux, non un profanateur. J’allai donc au haram engager un de ces boule-dogues noirs, au prix de cinq francs par vingt-quatre heures (à ce prix, ils auraient tous voulu passer à mon service). « Tu comprends bien, n'est-ce pas, dis-je à celui que je choisis, ni de jour ni de nuit tu ne laisseras entrer que mes ouvriers. — Thaiyeb (très bien)! » fit-il, et il alla incontinent prendre possession de son poste.

Vorcivou commence, le: joli delhistoire.\ La premiere, fois que je me présentai au tombeau des rois pour aller inspecter mes travailleurs, mon propre nègre, trop strict observateur de la consigne, se mit en devoir de me faire déguerpir. Il me fallut parlementer longtemps avec cette brute pour lui faire comprendre que c'était moi qui le payais pour faire respecter un terrain sur lequel j'avais installé des ouvriers et sur lequel, par conséquent, J'avais le droit de venir quand bon me semblait. « Mais tu m'as commandé de ne laisser entrer que les ouvriers, et tu n’es pas un ouvrier, toi; tu vois bien que j’exécute fidèlement ton ordre! »

Il est temps de revenir au temple de Salomon.

Voici quelles en furent les dimensions, d’après les livres saints.

Le sanctuaire se divisait en trois parties distinctes :

1° Le vestibule ou pronaos. Il avait perpendiculairement à l’axe du temple 20 coudées de longueur, soit io mètres 5o, la coudée royale des Juifs étant de 525 millimètres comme la coudée royale égyptienne. Sa dimension parallèle à laxe général était de 10, sa hauteur au-dessus du sol de Go coudées.

2° Le naos avait de longueur 6o coudées ou 3r mètres 50, et 20 coudées de largeur. Sa hauteur au-dessus du sol n’était

plus que de 30 coudées.

3° À la partie postérieure du temple, on avait réservé le saint des saints. Celui-ci mesurait 20 coudées de longueur et de largeur; pour la base, c'était un carré parfait. Sa hauteur n'étant également que de 20 coudées, le vide du saint des saints présentait un cube très régulier.

Trois étages de petites cellules entouraient le naos et le saint des saints, et l’on y accédait au moyen d’escaliers pratiqués dans l'épaisseur des murailles. Cette épaisseur allait jusqu’à 6 coudées ou 3 mètres 15.

Si l’on retrace grosso modo sur le papier le plan et la coupe de l'édifice sacré, on reconnaît, non sans étonnement, que le temple de Salomon était conçu sur le plan des temples égyptiens.

Il en est un entre autres, le sanctuaire du dieu Khons, à Karnak, qui offre à très peu près les dimensions générales du temple de Salomon. Seulement, dans ce dernier, les dimensions sont exprimées par des fractions simples, moitié, tiers ou quart, tandis que les architectes égyptiens ne s’astreignaient pas à une telle régularité. L'architecte de Salomon, tout en relevant de l’école égyptienne, avait introduit dans ses plans une noble et imposante simplicité que les monuments de l'Égypte, immédiatement comparables, ne nous présentent pas.

Ce plan, nous savons que David, lui attribuant une origine divine, l’avait légué à son fils.

Devant la porte du sanctuaire se dressaient deux colonnes d’airain, -Jakin: et Boaz, .donteilest difficile. détnémpas voir l’'analogie avec les obélisques qui se trouvaient placés à côté des pylônes égyptiens.

Salomon fit établir une estrade royale en airain, sur laquelle il devait assister à l'inauguration du monument et aux grandes cérémonies religieuses. Cette estrade s’élevait devant l’autel d’airain, destiné à l’offrande des holocaustes.

L’autel lui-même était placé devant la porte, et les prêtres

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de service y montaient par un escalier faisant face au temple. Mais une barrière haute de trois coudées tenait le peuple écarté JenéntrÉeoturétidpermiserqu'aux pretres seuls:

Dix bassins d’airain, rangés à droite et à gauche de l’édifice et parallèlement à son axe, servaient à laver les chairs des victimes.

Enfin, à gauche de l’autel, il y avait un grand bassin nommé la Mer d'airain, supporté par douze bœufs également d’airain. Ce bassin servait aux ablutions des prêtres.

La construction entière fut achevée en sept années. On y avait donc travaillé de 1016 à 1009 avant Jésus-Christ. Dans le saint des saints était déposée l'arche d'alliance, couverte par les ailes de deux kéroubim en bois d’olivier doré. Ces kéroubim ou chérubins étaient des taureaux ailés à face humaine. Quelle étonnante ressemblance entre ces êtres symboliques et les taureaux ailés à face humaine que nous ont rendus les ruines de Ninive! Oui, de la comparaison des passages de la Bible où il est question des chérubins résulte forcément le fait que je viens de constater. [1 y a loin, on le voit, des chérubins judaïiques aux petits chérubins joufflus et charmants de la symbolique chrétienne.

L’autel d’or et les tables d’or, sur lesquelles se plaçaient les pains de proposition et le chandelier à sept branches, toujours allumé, complétaient le mobilier du temple, dont toutes les parois intérieures étaient revêtues de lames d’or. Puis, à droite et à gauche du naos, brillaient dix candélabres d’or, cinq de chaque côté et placés sur des escabeaux d’or.

Maintenant que nous avons décrit et le sanctuaire et son mobilier, il nous faut parler des portes par lesquelles on accédait à la plate-forme; selon toute apparence elles remontaient à l’époque de Salomon ou de ses successeurs immédiats.

Pour qui veut bien, comme je l’ai fait moi-même, consacrer quelques journées à l’étude sérieuse des portes aujourd’hui con-

damnées du Haram-ech-Chérif, il devient manifeste qu’elles

sont toutes conçues dans le même système architectural; si, longtemps après leur construction, elles ont subi des modifications qui en ont altéré la physionomie, il n’en reste pas moins aisé de démêler leur ordonnance première. Aïnsi la porte Sousel-Aksa, la Triple porte, celle qui aboutit au balcon que j'ai signalé, et la porte Dorée primitive, sont construites sur un plan identique.

De toutes, la mieux conservée et la plus intéressante c’est la double porte Sous-el-Aksa. Une rampe en plan incliné descend du terre-plain du préau, et vient aboutir à un escalier amenant le visiteur au niveau du sol du vestibule. Cette rampe règne le long d’une galerie voûtée, accompagnée sur la gauche par une seconde galerie qui reste horizontale, et dont elle est séparée par des arcades cintrées, soutenues par de larges piliers carrés. Une fois arrivé au niveau du sol extérieur, les deux galeries parallèles disparaissent (celle de gauche restant fermée au moyen d’un parapet à hauteur d’appui) pour faire place à une salle carrée recouverte de quatre coupoles surbaissées. Celles-ci sont soutenues au centre de la salle par une colonne massive et monolithe d’un galbe tout à fait égyptien, et dont le chapiteau est enrichi de longues feuilles d’acanthe.

Au nord, une demi-colonne engagée fait face à la colonne centrale, eétse relie au /Mlérnienspilier "carré idea peter Æ0n chapiteau était semblable à celui de la colonne du milieu.

Au sud, ïl n’y a qu’un chambranle carré. Mais à lépoque byzantine, deux colonnes ont été placées contre la porte pour en étayer le linteau, brisé en deux par un tremblement de tecre: | Tout cela est d'un magnifique appareil, qui rappelle immédiatement l'appareil salomonien ; tout cela est contemporain, sauf les colonnettes de support, qui me paraissent postérieures même aux ornements en placage, dont j'ai parlé à propos des

portes condamnées.

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Quant à la salle, elle était pavée en mosaique grossière à cubes noirs, blancs et rouges, semblables à ceux que l’on ramasse à foison dans lenceinte du Haram-ech-Chérif.

Les coupoles surbaissées ont fortement souffert du feu, très probablement lors de l'incendie du portique royal d'Hérode, détruit par les soldats de Titus. Le fût de la colonne monolithe présente des trous d’éclats qui ne peuvent être attribués qu’à l’action d’un feu intense. Des quatre coupoles, deux sont en assez bon état pour pouvoir être dessinées, malgré les épaisses couches de badigeon dont elles sont enduites.

Il va sans dire que Je n’ai rien négligé pour me procurer de bonnes copies de ces deux coupoles, sur le compte desquelles on a débité des appréciations plus hétéroclites les unes que les autres. Ne s'est-il pas trouvé, en effet, des architectes de profession qui ont été soutenir que la colonne monolithe était romaine, les coupoles arabes, peut-être en plâtre? Et sur le fût de cette prétendue colonne romaine j'ai retrouvé une inscription hébraïque, gravée en creux, constatant qu’un Juif et sa femme, venus en pèlerinage au temple, y ont été guéris. L’inscription n’a certes pas été tracée après la dernière tentative de paganisme de Julien lApostat, car ni chrétiens ni musulmans n'ont plus permis aux juifs d'entrer dans aucune des dépendances du temple de Salomon. Je tenais à en conquérir un bon moulage, qui est déposé au Louvre.

De même, dans le fond du vestibule, on aperçoit les restes d’une inscription hébraïque peinte en rouge; mais ce à quoi je tenais le plus, c'était à posséder les dessins des deux coupoles. Pour cela, il fallait construire un échafaudage; comment m'y prendre pour y parvenir? J’attendis la fin des travaux qui se faisaient pour moi dans l’intérieur du Haram-ech-Chérif par mes amis Mauss et Aug. Salzmann. Lorsque tout ce qu'ils avaient entrepris fut à peu près terminé, J'invitai le scheikh de la mosquée à venir prendre le café chez moi; naturellement, il

58 | JÉRUSALEM ne se le fit pas dire deux fois. Comme du jour où mes travaux avaient commencé dans son domaine je lui avais promis vingt francs par journée employée, le brave homme aurait voulu que cette bonne aubaine lui fût assurée pour des mois entiers. :

Quand nous fümes bien tranquillement occupés à deviser de choses indifférentes, en fumant nos tchibouks et en humant notre café, je lui dis à brüle-pourpoint : « À propos, tu ne sais pas, scheikh, voilà que mon travail va finir demain; je le regrette pour toi, que j'aime beaucoup, car tu n'as rien négligé pour m'être agréable. — Comment, déjà! » s’écria-t-il en pensant aux pièces de vingt francs qui allaient cesser d’affluer dans sa poche, et il fit la mine la plus piteuse. « Mais as-tu bien dessiné tout ce que tu voulais dessiner? — Oui, tout ! » Et après une pause savante : « Non, cependant; il y aurait bien encore quelque chose qui demanderait une huitaine de jours, mais il n’y faut pas songer; c’est impossible. » La figure du bonhomme s’était subitement 1illuminée à la pensée des huit napoléons de plus qu’il pouvait me soutirer. « Impossible, fit-1l, et pourquoi? — Parce qu'il s'agit du plafond au-dessus du monolithe (c’est le nom qu'il donnait à la colonne de la double porte Sous-el-Aksa), et que pour bien dessiner 1l faudrait construire un échafaudage. » Il redevint soucieux, et moi aussi, je l'avoue. Je me croyais battu, lorsque tout à coup mon homme approcha sa bouche de mon oreille et me dit tout bas : « As-tu les bois qu'il faudrait? — Oui, répondis-je. — Bien! je fermerai pour huit jours la galerie, sous prétexte de réparations à la peinture. Fais donc apporter tes bois et tes. échelles ce soir, et tout ira à souhait. » |

Ce qui fut dit fut fait, et voilà comment, à l’aide de bonnes lampes et d’un échafaudage construit avec les bois de l’église de Sainte-Anne, mes amis ont pu enrichir mon portefeuille de deux splendides dessins.

Une dernière remarque sur le vestibule de la porte Sous-el-Aksa.

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