‹ JérusalemChapitre 41 sur 81 · THÉATRE ANTIQUE · texte numérisé non relu

THÉATRE ANTIQUE

l’empereur avait remportés sur les nations vaincues. Tout cela resplendissait d’or et d’argent. Il n’y avait pas d’étoffes assez riches, ni de pierres assez précieuses qui ne fussent employées en profusion à orner les acteurs appelés à paraître sur lävscèner»

Ces nouveautés empruntées aux mœurs des gentils irritèrent la susceptibilité des Juifs; mais rien ne leur inspira une répulsion plus violente que la vue des trophées. Pour eux, c’étaient des images humaines revêtues d’armures, et comme la présence de figures semblables était une abomination expressément interdite par la loi religieuse, l’indignation fut générale.

Hérode n'’ignorait rien de ce qui se passait au sujet des trophées. Convaincu qu’il n’obtiendrait rien des mécontents s’il ne parvenait à détruire leur erreur, il convoqua les principaux d’entre eux, les conduisit au théâtre, et, leur montrant du doigt les trophées abhorrés, les pria de dire ce que c'était suivant leur opinion. Tous de s’écrier : « Ce sont des images d'hommes! » Le roi, sans leur répondre, donna l’ordre d’enlever les armures et fit voir qu'une fois dépouillés, 1l ne restait plus que des soliveaux.

Nous trouvons une seconde mention du théâtre d'Hérode, mais, cette fois, dans une circonstance tragique et qui ne prête plus à rire.

A la fin de l'hiver de l’an 4 avant Jésus-Christ, Hérode était arrivé à l’âge de soixante-dix ans, marquant chaque année de sa vie par des crimes monstrueux, depuis l’époque où le sénat” romain lui avait conféré le titre de roi. Souvent la foi religieuse de ses sujets, qu’il ne partageait qu’en apparence, avait été outragée par lui, soit qu'il fit parade de suivre les coutumes de ses amis les Romains, soit qu'il installât dans sa capitale des œuvres d’art réprouvées par la loi de Moïse. Par crainte, on se bornait le plus souvent à murmurer sourde-

ment; parfois on allait jusqu’à conspirer dans l’ombre. Hérode,

170 JÉRUSALEM qui le savait, ne s’en inquiétait guère, et envoyait au supplice ceux qui l'avaient blâmé trop ouvertement.

A la date que j'ai citée, l’agonie du roi Hérode commença; le bruit courut qu’il était à toute extrémité, qu’il ne lui restait plus nulle chance de salut. Dès que cette rumeur se fut accréditée, deux des plus illustres docteurs et interprètes de la loi, Judas his dérSarnphée het Matthias. entendant affirmer que le roi avait rendu l’âme, dirent aux jeunes gens dont ils dirigeaient l'éducation de faire disparaître de la ville sainte tout ce qu'Hérode y avait implanté en dépit de la loi. Ce serait une noble lutte, où leur piété s’assurerait une digne récompense. Ces paroles excitèrent au plus haut point le fanatisme de la jeunesse.

Parmi les œuvres illégales d'Hérode, il y en avait une surtout que Judas et Matthias lui imputaient à crime. Il avait fait placer au-dessus de la grande porte du naos un aigle d’or d’un prix inestimable, insultant ainsi à la majesté du Dieu d'Israël. Les deux docteurs ordonnèrent à leurs disciples d’aller abattre cet aigle. « Si vous risquez d’être punis de mort pour cette sainte entreprise, rappelez-vous qu'il est beau de mourir pour la loi de ses pères. »

En plein jour, à midi, les jeunes gens coururent abattre l'aigle, qu’ils dépecèrent à coups de hache, à la grande stupéfaction de la foule réunie dans les parvis du temple. Le chef des troupes royales se figura que c'était le signal d’une révolte, et, à la tête d’une force imposante, il fondit sur les perturbateurs. Au premier indice du danger, la foule des spectateurs s'était dispersée, et en face des soldats il ne resta qu’une quarantaine de jeunes hommes, les acteurs de la mutilation. Ils furent bientôt enveloppés et saisis, et avec eux leurs deux maîtres, qui eussent cru se déshonorer s’ils ne partageaient pas le sort des disciples. Tous furent amenés devant Hérode, qui

les fit charger de chaînes, et convoqua les grands de la nation

THÉATRE ANTIQUE 171 au théâtre, où, n'ayant plus la force de se tenir debout, il se fit transporter en litière.

Le roi, qui était clément à ses jours, se montra assez doux envers les membres de l’assemblée; il se contenta d’enlever le pontificat au grand prêtre Matthias, qui avait quelque peu trempé dans le complot; quant à l’autre Matthias, instigateur de la sédition, il fut brûlé vif avec un certain nombre des cou-

pables.

a nuit, qui, suivit leur. exécution fut marquée, par une échpserdeslune/quisen fixe la date au/iSemars de Panra. ,

Il n’est pas difficile de se rendre compte des motifs qui ont fait raser et disparaître le théâtre d’Hérode. Nous avons vu qu’il était situé en dehors de l'enceinte d’Agrippa, à peu de distance de la porte de Damas, qui a pris la place de la porte située entre les tours des Dames.

Concevrait-on que les Juifs, instruits de l’arrivée des Romains devant leurs murailles, eussent laissé debout un édifice considérable pouvant fournir aux assiégeants un abri des plus utiles ? A coup sûr ils l'ont jeté bas; d’ailleurs Titus se chargea luimême de faire nettoyer les abords de Jérusalem avant de commencer les opérations du siège. Le théâtre d'Hérode n’a: donc pas subsisté plus de quatre-vingts à quatre-vingt-cinq ans.

Les Latins, avant le siège de Selah-ed-Dyn, qui devait leur être si fatal, n'ont pas agi autrement à l’égard de l’église de Saint-Étienne, monument qu’ils vénéraient, tandis que le théâtre

d'Hérode n’inspirait aux Juifs que la plus vive répulsion.

TOMBEAU D'ALEXANDRE JANNÉE

LJORSQUE Titus eut forcé le mur d’Agrippa et se fut établi dans la ville neuve, les Juifs résistaient du haut de leurs remparts. Jean de Giscala défendait la tour Antonia et le portique septentrional du temple, en face du

monument d'Alexandre. Simon occupait les

abords du tombeau du grand prêtre Jean et garnissait la deuxième enceinte.

Ces détails, qui nous sont fournis par Josèphe, fixent les positions des assiégés. De plus, il en ressort que le monument d'Alexandre était situé en face du portique septentrional du Hiéron.

Qu'était-ce que ce monument ? À coup sûr, il s’agit de la sépulture du roi asmonéen qui avait échangé son nom judaïque de Jonathan contre le nom grec d'Alexandre.

Pour moi, le tombeau d'Alexandre n’est autre chose que le monument antique placé à gauche de la voie Douloureuse, en face d'une ruelle “obscure faut tnene la porte (durs n ommée aujourd’hui Bab-el-Hittah.

À r; # tea re "+

MONUMENT D'ALEXANDRE-JANNÉE

Voie Douloureuse

TOMBEAU D’ALEXANDRE JANNÉE E70

Deux portes ogivales ont été jadis ouvertes dans cette muraille. Elles sont condamnées aujourd’hui, mais en revanche une) fenétre rornilénquiamtesthperceesdonienvVuemsureur, petit cimetière clos et qui depuis longtemps ne recoit plus d’inhumations.

C’est le seul, je crois, que renferment les murailles actuelles de Jérusalem.

La base de la muraille à laquelle je donne avec une cc taine assurance le nom de tombeau d'Alexandre Jannée comporte neuf assises formées de gros blocs, dont l’état de dégradation dénote la haute antiquité. Au-dessus s'élève une tour cairrée, manifestement romaine, can, elle est, d'appareil, différent, plus haute que ce qui reste de la muraille inférieure, et couronnée par une rangée de modillons, ou corbeaux, en saillie notable sur les faces extérieures du mur.

Cette tour a été considérée par quelques voyageurs comme une des quatre tourelles qui flanquaient la tour Antonia ; mais pour adopter cette attribution bizarre, il a fallu, bien entendu, faire violence à toute la topographie de la Jérusalem antique.

Enhrésume uiltse peutoque jen me”soisstronipénen vovant dans cette ruine le sépulcre du roi asmonéen et de sa famille ; mais j'avoue qu’il faudrait, pour me faire changer d’avis, que

de bien fortes preuves de mon erreur me fussent fournies.

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