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LA PORTE D'HÉRODE ET LES GROTTES ROYALES

AU sortir de la porte de Damas, lorsqu'on suit | le chemin qui longe à droite le fossé de la ville, on arrive bientôt devant une colline dominant le flanc gauche de la route, et dans laquelle s’ouvre la grande excavation

connue sous le nom de Grotte de Jérémie.

Cette colline a son sommet occupé par un cimetière musulman. Un sentier, ouvert à 370 mètres du Babech-Cham, conduit à la porte par laquelle on entre dans cette grotte, gardée par, un idervichesquimm'enmpermetmhacces aus pèlerins qu'après avoir prélevé sur leur pieux désir le plus d'argent qu'il peut leur arracher.

A l’époque de mon premier séjour à Jérusalem, je partageais l’erreur de ceux qui voyaient le tombeau d'Alexandre Jannée dans la grotte de Jérémie.

Voici’ ce que. ’écrivais, à mon rétour en, France : « Lôrsqu’on a pénétré dans cette grotte, on reconnaît bien par-ci parlà quelques restes d’anciennes parois de chambres, mais elles

ont été brisées et semblent avoir été exploitées comme une

GROTTE DE JÉRÉMIE DS carrière, de sorte que le tout ne forme plus qu’une grotte irrégulière, taillée grossièrement, et sans grand intérêt. À gauche existe une-petite avances deurocher en saillie” sur la masse, et sur cette saillie, dit la tradition, dormait le prophète Jérémie. Malheureusement, cette tradition ne supporte pas l'examen. »

Le derviche, gardien de la grotte, n’y regarde pas de si près, lui, et pour se procurer une nouvelle source de bakhchich, 1l met à la disposition des crédules une échelle qu'il tient en réserve, afin qu'ils puissent toucher du doigt le lit peu moelleux du prophète. Celui-ci, soit dit entre parenthèses, devait donc avoir remisé dans quelque coin une échelle semblable à celle du derviche, car sans cela je ne vois pas trop comment il aurait pu de la ruelle escalader sa couchette.

Je continue à transcrire ma première description.

« Du plafond de la grotte sainte tombe constamment: une pluie de gouttes d’eau, que j'ai vu recueillir avec empressement par des pèlerins grecs, pour s’en bassiner les yeux. A gauche, en sortant, on trouve un escalier conduisant à une citerne pleine d’eau; je n’en ai pas examiné la structure avec assez de soin pour pouvoir parler de son âge probable. »

J’ajouterai aujourd’hui que la tradition, toujours prête à donner des noms pompeux à tout ce qu’elle rencontre en ce pays, a fait de cette citerne la prison de Jérémie. L’Écriture, il est vrai, prouve que la citerne boueuse dans laquelle Jérémie fut enfermé était à l’autre bout de Jérusalem celarne fait riens: cette grotte est la grotte de Jérémie, cette citerne doit donc être la prison de Jérémie. L’Écriture et le bon sens se tireront de là comme ils pourront.

C’est à 150 pas environ de la grotte que se voit la porte condamnée que les chrétiens nomment porte d'Hérode et les musulmans Bab-ez-Zaherah ; pour moi, c'est la porte Saint- Ladre du temps des croisades.

Lorsque, à partir de la porte Saint-Étienne actuelle, on a dé-

passé l’église de Sainte-Anne, la seconde ruelle à main droite conduit aux restes d’une église dédiée à sainte Marie-Madeleine. Ces restes se voient dans la dernière maison à droite. Pendant la durée du royaume latin, des moines jacobites desservaient cette église, afhrmant qu'elle était bâtie sur la demeure de Simon le Lépreux. L'abbé de la Madeleine était directeur de la maladrerie située près de l’église et attenante au mur de la ville ; il avait la clef de la poterne qui se nommait indifféremment porte de la Madeleine et porte Saint-Ladre. Lorsque Selah-ed-Dyn se fut emparé de Jérusalem, l’église fut transformée en école, sous le nom de Maïmounieh, parce qu’elle fut dotée par Maïmoun, fils du trésorier de Selah-ed-Dyn. Aujourd'hut, 1Fin°y. à plus midéshseunitécole mais Mbiéneuneamas dé décombres et l’humble officine d’un potier arabe.

Dans la description de Jérusalem rédigée au temps des croisades, on lit le passage suivant :

« Entre. layruesde “osaphat retioles anursde Hatcié ammem senestre jusqu’à la porte de Josaphat, avoit rues, ainsi com a une vile, et ces rues apeloit-on la juiverie. En cele juiverie avoit un moustier de sainte Marie-Madeleine, et près du moustier avoit une posterne, dont on ne povoit mie issir au chans, mais entre deux murs aloit-on. »

Comme les ruines de l’église de la Madeleine se trouvent à une centaine denmétresadé lañporte #d'Hérodeé, Mitestlclairique pour aller de l’église à la porte il fallait cheminer entre deux murs, celui de la ville et celui d’une habitation quelconque.

Je crois que voilà un point définitivement élucidé, et que dorénavant il n’y a plus de doute à conserver sur la destination et l’origine de la porte d'Hérode. On remarquera le sentiment pieux qui avait fait élever la léproserie ou maladrerie sur l’emplacement même de la maison de Simon le Lépreux. La poterne, ouverte dans le mur d’encéinte;/#n’avait été, pratiquée

vraisemblablement que pour porter au cimetière, placé au-dessus

ME po

HeNla srotte de Jérémiémlecorpstdess lépreux= morts/atla léproserie et qu’on ne voulait pas voir circuler à travers la capitale des rois latins.

Venons aux Cavernes royales. C’est depuis mon premier voyage en Terre sainte que l'entrée de ces cavernes a été découverte; J'en fus informé par mes amis de Jérusalem; aussi av usmenMlenplus- vie désir démiesn visitenmet/den m'assuren par moi-même du grand intérêt qu’elles présentaient, si là se trouvaient réellement les carrières desquelles étaient sortis les blocs énormes qui avaient servi à la construction du temple de Salomon et de la merveilleuse enceinte qui en supportait la plateforme.

Le jour même où pour la première fois 11 me fut donné de pénétrer dans le Haram-ech-Chérif, grâce à l'intervention dévouéeudenM demBarrère, 1alorshconsubmgsénéraltdesFrance: à Jérusalem, un déjeuner charmant nous était offert par cet excellent ami, et il nous attendait à la grotte de Jérémie. Nous nous y transportâmes à la sortie du Haram, et nous trouvàmes la table dressée en plein air, ce qui nous convenait à merveille, léftempsrétont délicieux meééiamles31toctobrer 1863 ete tiens aiaixertcettendate/parcenquelle. metrappellesune"déskj)ournées les plus agréables de ma vie. |

Port tdiidemcnessrdenmadcliorottendenJérémre vet derviche lui-même nous fit les honneurs de sa demeure étrange en l’absence de son père. Nous prîimes place à l’ombre de quelques beaux grenadiers chargés de fruits, et la conversation roula» onvpeut-le-deviner, \surrles trésors d'art quelnousivenions d'admirer.

Comme il serait trop long de décrire minutieusement les Grottes royales, je me contenterai d'en donner un aperçu. D'ailleurs, M. Pierotti les a levées avec soin, et en a donné le plan dans sa Jérusalem explorée.

A une faible distance de la porte de Damas, on aperçoit 2e

une excavation taillée à pic dans Îe rocher', et au-dessus de laquelle, vers l’est, se trouve un trou assez bas, muré naguère, et qu'on a débouché afin de pouvoir pénétrer plus à l'aise dans les immenses souterrains sur lesquels il est ouvert. Un peu plus loin se voit une seconde baie, encore murée aujourd’hui, et qui avait la même destination. Il faut se courber en deux pour franchir l’entrée; une fois à l’intérieur, on suit une trisoleWCoupée#par l'ordre 1de /NhdetBarrère Wetiqui permet d'accéder sans peine aux carrières proprement dites, dont les plafonds sont parfois très élevés, suivant le plus ou moins grand nombre de blocs que l’on a extraits de la masse de la montagne. Ces souterrains, dont le plan est tout à fait irrégulier, ont un développement considérable; ils s’enfoncent profondément sous la colline de Bezetha. Plusieurs hommes munis de torches nous précédèrent pour nous éviter des chutes qui pourraient devenir fort graves, à cause des cavités souvent profondes qui se présentent à l'improviste. Rien de plus saisissant que l’effet de ces lumières mobiles sur les grandes masses à travers lesquelles on chemine; mais aussi rien de plus fatigant que la chaleur que l’on endure dans cette fournaise. On peut y entrer glacé, et être bien assuré qu’on en sortira ruisselant de sueur.

Les traces de l’antique exploitation se montrent partout où on-les-cherche1Ce sontidestconpurestyerticalestdesh2) mice timètres, pratiquées à l’aide d’un instrument tranchant, et dont le fond présente une courbure circulaire due à la direction

donnée à l’outil par le mouvement des bras de l’ouvrier qui

1. Medjr-ed-Dyn parle ainsi de cette excavation : « A l'opposé et au sud de Zahara (c’est le cimetière au-dessus de la grotte de Jérémie), au-dessous de la muraille septentrionale de la ville est une grande excavation oblongue, nommée la grotte du Coton, que quelques-uns disent s'étendre jusqu’au-dessous de la Sakhrah. » C'était certainement une des grandes entrées des Grottes royales, ou carrières de Salomon; et l’opinion dont Medjr-ed-Dyn se fait l'écho

suffirait pour ie prouver.

circonscrivait ainsi les pierres. Une fois le bloc à extraire limité par ces coupures, des coins de bois engagés dans le plafond, et qu’on mouillait d’eau, détachaient par leur dilatation la masse destinée à la taille définitive, qui s’effectuait dans la carrière même, ainsi que nous l’apprend l’Écriture sainte.

Ce même mode d’exploitation était employé dans les autres carrières de Jérusalem; on en retrouve, par exemple, des traces manifestes à droite du chemin de Beït-Lehem, dans le voisinage immédiat de l'hôpital juif construit par sir Moses Monteñori, un peu au-delà du Birket-es-Soulthan.

Lorsqu'on considère la position des cavernes royales telles qu’elles sont aujourd’hui conservées sous Bezetha, et celle de Ia grottesde Jérémie, situéeé-précisément enmface et de l’autre côté du chemin qui contourne la partie nord de la ville, en longeant les remparts, il n’est guère possible de conserver des doutes sur la réunion primitive de ces deux groupes d’excavations. En d’autres termes, les souterrains sous Bezetha et la grotte de Jérénmiennenlaisdient qu'un. MlorsquencesMimmensesiwcarneres furent exploitées par les tailleurs de pierres du roi Salomon. Le nouveau tracé adopté pour l’enceinte d’Agrippa aura nécessité l'énorme coupure qui les sépare aujourd’hui, et cette circonstance rend compte, de la manière la plus satisfaisante, de l’assertion de Josèphe qui veut que cette troisième enceinte, après avoir passé devant le tombeau d'Hélène (la reine d’Adiabène), s'étendit à travers les grottes royales.

Lorsqu'il s’agit de la topographie de Jérusalem, il n’y a pas de rectification d’erreur qui ne soit à mes yeux d’une extrêème importance, surtout quand je me sais coupable moimemencdiercetteterreur, Jétsuspdonc-rayindé rendrepanNti de Barrère l’honneur qui lui est dû pour la justesse de ses vues sur la position réelle des cavernes.

Plus tard, nous mettrons cette rectification à profit, lorsque

nous aurons à nous occuper du Tombeau des rois.

Un fait des plus curieux et des plus intéressants est venu démontrer la haute antiquité des excavations pratiquées sous Bezetha. M. Clermont-Ganneau, en étudiant les parois de ces souterrains, y a découvert la figure en creux d’un taureau ailé à face humaine, coiffée d'une tiare. Il s'est empressé de révéler sa trouvaille aux officiers anglais; après quoi, la figure a été enlevée, et, grâce à une dépense modeste de vingt-cinq francs, ce monument inappréciable est passé en Angleterre. C’était là indubitablement l’image d’un des Æeroub ou chérubins qui

jouaient un si grand rôle dans le temple de Salomon.

BÉSONNES AMC NET OIUUNMENRTI

l'hôtel Hauser (je parle de 1863), j'étais logé à côté d’une terrasse sans garde-fou, donnant sur l’énorme piscine de Birket-Hammam-el- Batrak (l’Étang des bains du Patriarche ).

J'aurais pu l’étudier du matin au soir pen-

dant des mois, et même y tomber pour l’étu-

| rermnineutmencore.1siblenvre Men 'CNCHprIs: Heureusement il fallait beaucoup moins de temps pour connaître ce réservoir, et quelques heures dépensées par-ci par-là à son profit ont été plus que suffisantes.

Hélas hotes usSenEnexistatiplus lors de: monfdérnier voyage en leérre sainte. et je l'ai vivement regretté, tant. la disposition intérieure de ce gîte était adorablement organisée. Qu'on en juge!

Il était établi sur le côté gauche de la rue du Patriarche, et pour y arriver il fallait, après avoir traversé la place du Qaläah, descendre une centaine de pas dans le trou-bazar des marchands de fruits et de légumes en se frayant, sur une pente

des plus glissantes, une voie difficile à travers une foule tou-

Jours compacte d'hommes et de femmes, de bédouins, de juifs polonais ou allemands, d’ânes, de soldats turcs, de chameaux, de pèlerins russes, que sais-je moi? enfin, d'échantillons des races les plus diverses d'animaux à deux pieds et à quatre pattes.

Après ces cent pas, on tournait à gauche, et cinquante pas plus loin on arrivait à un premier escalier de quelques marches, sur lequel ouvrait une porte étroite surmontée d’une enseigne qui représentait un bateau à vapeur, accompagné de la légende : Æôtel de la Méditerranée, tenu par G. Hauser. Uneriois Ja bportéetpassée, fon se trouvait lenne- Monteur mur, mais à gauche, un escalier voüté et raide comme une échelle de poulailler vous amenait dans une petite cour. Déjà l’on se croyait transporté à un très haut premier étage; erreur, on était au rez-de-chaussée. Sur cette cour s’ouvraient quelques chambres de voyageurs, à côté de celles de l'hôte et de sa famille.

On montait encore un étage, mais cette fois en plein air, pour arriver à une seconde petite cour, fort étroite, sur laquelle s'ouvrait la salle à manger; à droite l’office, à gauche un parapet dominant la rue du Patriaärche. Ce second étage effectif est l’entresol. Contre l’office s'applique une échelle; c’est l’escalier des appartements d’apparat. On montait, en évitant de se casser le cou, et l’on prenait pied sur une terrasse que l’on avait jugé inutile de garnir d’un parapet du côté de la rue; mais à droite, la terrasse était garnie d’une cloison de planches supportant un modeste appentis, et vous séparant seule de la piscine béante à une quinzaine de mètres au-dessous. Il y avait bien sur cette terrasse quelques petits ressauts placés là tout exprès pour procurer aux inattentifs quelque bonne chute de première catégorie; après les avoir franchis, on était au bout de l’appentis, et là s’ouvrait une porte à laquelle commen-

çait un véritable escalier descendant de cinq marches, les deux

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