PISCINES PAS CIEL OUVERT
nom de l'inventeur au musée judaïque du Louvre, où chacun peut le voir.
Nous arrivons aux piscines de Setty-Mariam et de la Pèlerine.
La première a 30 mètres de longueur sur 28 de large. On la rencontre à très faible distance à gauche de la porte de Saint-Étienne. Elle n’offre rien de remarquable, étant presque toujours à sec, sauf après les grandes pluies de lhiver.
La seconde, qui se voit entre l’angle nord-est de l'enceinte actuelle et la porte murée d'Hérode, est beaucoup plus petite, mais bien plus ancienne. Elle n’a qu’une quinzaine de mètres de longueur, un peu moins de largeur, et ne forme pas un parallélogramme régulier. Ce qui lui donne une certaine importance, c’est qu’elle est taillée dans le roc qui couvre sur ses deux faces l’angle nord-est des remparts. Sur les mêmes faces, on y voit employés des blocs d’une très grande dimension. Les gens du pays la nomment en arabe Birket-el-Hedjieh, ce qui a le même sens que le nom de piscine de la Pélerine, que lui donnent les chrétiens de Jérusalem.
Quand on sort de la ville par la porte de Beït-Lehem, on trouve, à quelques centaines de mèêtres au sud, une très grande piscine, également taillée dans le roc, mais qui ne présente pas imposante précision de taille du rocher, que l’on remarque dans toutes les piscines de la ville sainte construites à l’époque antique. C’est le Birket-es-Soulthan, ce bassin énorme de 165 mètres de longueur sur 6o de largeur, dont le fond est le plus souvent à sec. À la tête sud, passe sur une sorte de pont l’aqueduc qui amenait au temple les eaux d'Étham; et au milieu du pont se trouve un petit monument dans lequel est encastré un tarikh, c’est-à-dire une inscription constatant les réparations que le sultan EIl-Naser-Mohammed, fils de Kelaoun, fit exécuter pour remettre l’aqueduc en bon état.
Ce vaste bassin ne paraît pas digne des rois de Juda : non
pour sa grandeur, mais à cause du peu de soin avec lequel les parois ont été taillées.
Siloé! voila encore un nom qui réveille en mon cœur un bien doux souvenir : le souvenir de ma bonne mère qui me racontait la vie évangélique de Jésus. J'étais alors tout enfant, et j'écoutais avidement ces récits merveilleux; les yeux fixés sur ma mère, je buvais ses paroles et, lorsqu'elle avait fini, je me disais : quand je serai grand, j'irai à Jérusalem. Trois fois, homme a tenu la parole de l'enfant.
On pense bien que Siloé fut un des premiers endroits que je visitai, lorsque pour la première fois je fus en Terre sainte.
J'ouvre l'Évangile de saint Jean, et j'y trouve ceci:
« En passant, Jésus vit un homme aveugle de naïissance, et ses disciples l’interrogèrent. « Maïître, dirent-ils, qui a péché, « de lui ou de ses parents, pour qu’il naquît aveugle? » Jésus répondit : « Ni lui, n1 ses parents; mais il est ainsi pour qu’en « lui se manifestent les œuvres de Dieu. Il faut que j’opère les « œuvres de celui qui m'a envoyé. Quand :ül fait jour, la nuit « vient et personne ne peut travailler; tant que je suis dans « le monde, je suis la lumière du monde. » Après ces paroles, il cracha à terre, fit de la boue avec sa salive, et étendant cette boue sur les yeux de l’aveugle, 1l lui dit : « Va, et lave-toi « dans la piscine de Siloam », nom qui signifiait envoyé. L'homme s’éloigna, se lava, et devint voyant. Aussi ses voisins et ceux qui l’avaient vu précédemment, parce que c'était un mendiant, disaient: « N'est-ce pas lui qui restait assis et men- « diait? » D’autres disaient : « C’est bien lui! » Mais d’autres disaient : « Non pas; mais il lui ressemble. » Lui leur disait : « C’est bien moi! » Alors ils lui dirent : « Comment tes yeux « ont-ils été ouverts? » Il répondit : « Cet homme que l’on « appelle Jésus a fait de la boue, 1l en a enduit mes yeux, et « m'a dit: Va à la piscine de Siloam et baigne-toi. J’y ai été,
« je me suis baigné, et je vois. »
PISCINES ANCIPL OUVERT 193
C’est donc à la piscine de Siloé que Jésus envoie l’aveugle et lui ordonne de se laver les paupières. Tel est le sens précis du texte grec,
Quand on parcourt du nord au sud la vallée du Cédron, on rencontre en face du village de Siloam, et sur la pente opposée, une fontaine à laquelle les habitants du village viennent puiser leur eau. C’est la fontaine de la Vierge. Les musulmans la nomment Aya-omm-ed-Deradj (la source mère des escaliers), et cette dénomination bizarre vient de ce que, pour arriver au niveau de l’eau, il faut descendre un escalier assez raide de dix-sept marches, qui atteint un palier, duquel une nouvelle rampe de quinze marches conduit au petit bassin plein d'une eau légèrement saumâtre. L’afflux de l’eau est intermittent.
Le frère Liévin, si bien connu des pèlerins qui visitent Jérusalem, a exploré un des premiers le canal, taillé dans le roc, par lequel l’eau arrive à la fontaine.: Ce canal a 2 mètres 83 de hauteur. Le réservoir dans lequel il déverse ses eaux est circulaire et se trouve à l'entrée d’une petite chambre également taillée dans le roc. Depuis lors, le capitaine Warren a pu étudier à loisir la source de la Vierge en y pratiquant des déblais, qui lui ont donné les résultats suivants :
Après un parcours de plus de.5 mètres, le canal rencontre le bas d'un puits rectangulaire dont l’orifice donne dans un nouveau canal, qui se bifurque. En ne suivant qu’une seule des branches, on arrive à un couloir voûté, puis au mur qui le ferme, ne laissant qu’une très petite ouverture par laquelle :ül est encore possible de se glisser. Après un long développement, le couloir débouche dans une chambre voütée en plein cintre. On y trouva trois lampes en verre, espacées comme pour éclairer le couloir, et, dans la chambre voûtée, un petit tas de charbons, une quatrième lampe de verre, un plat vernissé, trois
jarres de terre rouge. Enfin, au-dessus du puits était scellé un
anneau de fer, auquel devait être attachée une corde qui servait soit à puiser de l’eau, soit à faciliter l’ascension du puits.
Un canal taillé dans le roc communique de la fontaine de la Vierge à la piscine de Siloé. |
Perfrèremliévin jar mesuré ce canal auquel Mlmemtronue 540 mètres de longueur et un tracé tortueux dans tous les sens. Il y a reconnu deux regards aujourd’hui bouchés, et, dans les parois, trois entailles assez grandes pour qu’un homme en s’effaçcant puisse en laisser passer un autre.
Voyons ce qu’est aujourd’hui la piscine de Siloé.
Pauvre piscine! dans quel état je l’ai vue! Se passera-t-il longtemps avant que les décombres que l’on amène et déverse journellement sur le flanc de la colline qui la domine ne l’enterrent tout à fait? Je crains bien que oui.
C’est un rectangle de 18 mètres de longueur sur 5 mêtres et demi de largeur. Sur sa face orientale, on voit encore engagés dans la plus grossière maçonnerie, d’apparence moderne, six tronçons de colonnes d’art judaïque espacés de 2 mètres 40. La face occidentale est d'appareil ancien, très soigné; elle forme une sorte de quai s’élevant d’un mètre à peu près au-dessus de l’eau. Une rampe de terre suit cette face et aboutit à un palier horizontal sur lequel s'ouvre une arcade de construction peu ancienne, donnant accès dans un couloir. Au bout de celui-ci commence un escalier de quelques marches, qui tourne brusquement à droite pour descendre à l’entréé d'un canal creusé dans le roc vif. C’est le canal qui communique avec la fontaine de la Vierge, située à quelque cent mètres au nord.
L'eau de la piscine, qui semble avoir 2 mètres de profondeur, est sale et stagnante.
Sur la face sud et au-dessous de la dernière rampe de l’escalier, s’ouvre un autre canal qui conduit à un bassin délabré, au pied même de la colline d'Ophel. Ce bassin sert de la-
voir aux femmes de Siloam, et ses eaux sont employées à