SOURCE DU JOURDAIN SUPÉRIEUR
Concluons-en que ce nom fut donné à Jérusalem, comme Ninive et Rome furent les villes de Ninus et de Romulus.
Mais est-ce bien sur le mont Sion, tel que nous le définissons aujourd’hui, qu'était le tombeau de David et de sa dynastie? Pas davantage.
C'était sur le mont sacré du temple, sur le mont Moriah, puisque, dans Ézéchiel, Jéhovah reproche aux Juifs d’avoir souillé sa montagne sainte par la présence des cadavres de leurs rois. |
Nous y reviendrons tout à l'heure: auparavant, parlons du tombeau de David que les musulmans vénèrent sur le mont Sion.
Ce saint tombeau, dit-on, est bien réellement à la mosquée de Naby-Daoud, laquelle se trouve à une centaine de pas de la porte de Sion.
Qu'est-ce que la mosquée de Naby-Daoud ?
C’est l’église chrétienne bâtie sur l'emplacement de la mai- OnRoumeuthéumassainte Cène: Làa:-dans le civeau, méme où les musulmans ont placé leur tombeau postiche de David, l’agneau pascal fut apprêté.
Comment donc les musulmans ont-ils prétendu un beau jour que la mosquée de Naby-Daoud contenait le sépulcre du roi? Je l’ignore; mais, à coup sûr, ils l’ont fait avec les éléments de certitude qui leur ont servi lorsqu'ils ont placé le tombeau de Moïse à Naby-Mousa, c’est-à-dire à trois ou quatre lieues de Jérusalem, tandis qu’il n’y a rien de plus certain que le fait de la mort de Moïse sur la rive gauche du Jourdain et de son enterrement dans les flancs du mont Nébo.
En définitive, l'opinion qui place à Naby-Daoud le tombeau de David n’est nullement soutenable; et pour accréditer leur fable pieuse, sous le prétexte de je ne sais quels châtiments terribles réservés à quiconque oserait pénétrer dans le caveau, les Tures ntyelaissent descendre ‘personne, pas plus 1lés/leurs'que
les chrétiens.
C'est en 384 avant Jésus-Christ que Néhémie a relevé les murailles de Jérusalem. À ce moment les tombeaux des Rois étaient encore dans les flancs du mont Moriah, non loin de la piscine de Siloé : c’est donc postérieurement à cette date que la translation aux Qbour-el-Molouk a eu lieu. |
J'arrive à la question d’art.
Effectivement, la frise ciselée sur le rocher du vestibule offre des triglyphes et des patères ; de plus, les moulures dont la corniche est surchargée ont bien l’élégance des moulures grecques.
Mais quels sont les autres ornements de cette frise? Couronnes, palmes: feuillages set fruits/MOQu’on "veuiile “bien rélre dans la Bible la description des édifices somptueux élevés par Salomon, et l’on reconnaïîtra que ces ornements sont précisément les mêmes que les écrivains sacrés mentionnent comme ayant été employés dans les embellissements du temple et du palais de Salomon; ce sont donc des ornements essentiellement judaïques, les seuls qu’il fût possible d'employer, puisque la loi religieuse interdisait emploi des figures représentant des êtres animés.
Quant à Benjamin de Tudèle, il raconte dans son Zfinéraire qu'il a entendu dire que l'entrée du tombeau de David fut trouvée accidentellement par deux terrassiers qui déblayaient une partie de l’enceinte de Sion; que ces ouvriers, pénétrant dans le tombeau, rencontrèrent des chambres incrustées d’or et d'argent, une table même sur laquelle gisaient le sceptre et la couronne de David; que ces ouvriers s’évanouirent aussitôt, et ne recouvrèrent leurs sens que longtemps après; qu'ils allèrent prévenir le rabbin, et que celui-ci se hâta de faire refermer le caveau.
Benjamin de Tudèle a oublié d'expliquer comment un ordre quelconque a pu être donné par un rabbin, et exécuté publi-
quement à Jérusalem. Hélas! les pauvres juifs qui habitent Jé-
rusalem n’y connaissent d’autres ordres que ceux de leurs maîtres, auxquels ils obéissent si humblement.
Nul doute. Ce récit extravagant ne vaut pas la peine d’être discuté. Au dire de Josèphe, Hérode acheva la spoliation du tombeau de David, si bien commencée par Jean Hyrcan, et n’y laissa plus rien de précieux. Si Hérode avait tout pris suivant le récit du juif Josèphe, il devient difficile d'admettre que les deux terrassiers de Benjamin de Tudèle y aient retrouvé les trésors dont la vue les éblouit. Ce n’est qu’une fable, sans aucune valeur historique.
Seule, la cinquième observation paraît plus sérieuse.
En effet, d’autres dynasties que celle des rois de Juda peuvent avoir des droits à la revendication des Qbour-el-Molouk.
Quelles sont ces dynasties? Les princes asmonéens, les Hérodes et Hélène, reine d’Adiabène.
Le tombeau des Macchabées se trouve à Modiim, près de Lydda (El-Loud), où mon ami M. Victor Guérin en a retrouvé l'emplacement.
Quant aux Hérodes, nous savons de source certaine que le chef de cette dynastie fut enterré à Hérodium.
Archélaüs, mort en exil à Vienne en Dauphiné, s'était fait construire un sépulcre près de Beït-Lehem.
Agrippa |‘ mourut à Césarée, et Agrippa IT à Rome.
Philippe le Tétrarque fut enterré à Bethsaïda.
Ainsi les Hérodes n’ont pas plus de droits que les princes asmonéens pour revendiquer la possession des Qbour-el-Molouk. Il en est de même de la reine d’Adiabène, et si je ne discute} pas les motifs qu’on a mis en avant pour attribuer à Hélène et à sa famille cette vaste nécropole, c’est qu’il s’agit là de pures supposi-
tions qui se contredisent les unes les autres.
280 mètres au sud-ouest du sanctuaire de l’Ascension, se trouve le monument que l’on appelle le Tombeau des prophètes { Qbour-e.- Anbia).
Pour y arriver, -on suit le chemin qui.
du jardin des Oliviers, conduit à l’ancienne
église de l’Ascension ; à mi-côte à peu près, on quitte la route pour entrer dans des champs cultivés et plantés d’oliviers, et l’on remonte, au pied d’un petit rideau de roches, une rampe très abrupte de quelques mètres de longueur seulement, près de laquelle est percé un puits circulaire.«Gerte rampe 6estMléntrée dumombean En s’y laissant glisser, on atteint le sol d’une rotonde creusée dans le roc, et qui recoit sa lumière par la baie du puits entaillé dans la voûte.
Mais pour étudier le monument curieux dont cette rotonde forme le vestibule, il est bon d’être muni d’une forte provision de
bougies, car il faut du temps pour tout voir, pour bien voir
surtout, et l'obscurité qui règne dans le souterrain est très profonde.
Rien de plus malaisé, je le déclare, que de manœuvrer et de tenir à la fois bougie, calepin, mètre et crayon ; aussi n'est-il guère possible d'affirmer, lorsque l’on sort de là, que l’on n’a laissé échapper aucun détail, et que le plan si péniblement conquis ne Maissewrienva désirer. Jé®n'en veux pour’ preuve querles divergences entre le plan publié par moi-même en 1853 et celui de M. Pierotti qui date de 1864. Je vais donc reproduire la description que j'avais rédigée alors.
La rotonde a 7 mètres de diamètre; deux couloirs perpendiculaires s'ouvrent sur ce vestibule. Le premier, qui est le prolongement de la rampe par laquelle on descend, mène directement paroun” Chemin, devo meétresi de tlongueur,s à*1la porte d’une petite chambre. Dans la paroi du fond, et dans l'axe même du grand couloir, est percé un four à cadavre. M. Pierotti en signale un second, qui serait ouvert sur le côté droit du caveau; je crois volontiers qu’il existe, mais j'avoue ne Pavoir pas apercu.
Awdroiteretrawpauche den lentréemdelcettetpiècé, qui occupe évidemment la place d'honneur, règne un couloir circulaire qui vient se terminer en couloir rectiligne, dont le tracé est perpendiculaire à celui qui conduit à la chambre première. Dans la paroi du fond sont taillés, dans l’arc de gauche, seize fours à cadavres; à droite, ce même couloir n’est circulaire que lusqu'arune lonsueuredesr mètres. 0 En ce fpoint.tlasparoi du rocher, grâce à la présence de couches de silex, a offert des difficultés de taille telles que le plan général a dü être abandonné. Quatre marches grossières et irrégulières y ont été réservées dans la masse et conduisent à une seconde chambre Carre mes pbarcis devcelle-ch sont percées sde cinq ufours ta cadavres; par manière de compensation, cette fois, M. Pierotti
n’en a trouvé que quatre quand j'en reconnaissais cinq.
A droite de l'escalier menant à cette chambre supérieure se présente une branche de couloir de 3 mètres de longueur, et parallèle au couloir taillé dans l’axe du monument; puis le corridor dévie et se courbe de nouveau, pour venir aboutir à l’extrémité dé droite du grand couloir perpendiculaire à l’axe. Un four à cadavre est taillé dans la petite branche rectiligne, et cinq ont été creusés dans la branche courbe, de sorte qu’il y en a/seize en tout:
Un second couloir en arc de cercle, de même largeur que le premier, est taillé à mètres en arrierendenceluEchAsunnle milieu de sa branche de gauche, un passage de même largeur le relie au grand couloir à tombes, et dans la partie de droite de ce petit passage est taillé un four à cadavre que M. Pierotti a oublié de signaler.
Il n’est pas facile de circuler partout dans ce caveau sépulcral; ainsi la branche horizontale de droite. est entièrement fermée par les terres éboulées, auxquelles le puits creusé dans la voûte a donné passage.
Mais ce n'est pas tout encore. En retour, et au point d’intersection du couloir rectiligne de gauche avec le couloir circulaire intermédiaire, commence un nouveau corridor, parallèle à l’axe général, d'à peu près 4 mètres de longueur. Au fond de celui-là se voit un four à cadavre et l’entrée d’un couloir très bas et très étroit, puisqu'il n’a que 70 centimètres de hauteur et de largeur, qui va en pente assez rapide et conduit à une série de chambres de dimensions différentes, contenant encore quelques fours à cercueils. Je renonce à décrire ce labyrinthe dans lèquel j'at failli étouffer, et que seuls l'abbé Michon et un fidèle serviteur, Philippe Mauvoisin, ont eu le courage de parcourir jusqu’au bout, au risque de n’en pouvoir jamais sortir. L'abbé, avec l’opiniâtreté dévouée qu’il possède, et que rien ne peut rebuter, n’a pas voulu quitter cette effroyable tombe sans en
avoir fait un croquis dont les mesures lui étaient données par
Philippe. Sans eux, j'eusse fait comme tous mes devanciers, et renoncé à connaître cette étrange partie du Tombeau des prophètes, que M. Pierotti seul a eu le courage d’explorer complètement.
D'où vient le nom de Tombeau des prophètes que la tradition attribue à ce monument funéraire? Il m’est impossible de le dire. Je ne connais d'autre mention antique de sa construction que celle, assez vague d’ailleurs, que nous fournit Flavius Josèphe lorsqu'il décrit le tracé de la ligne de contrevallation de Titus. Il dit qu'après avoir traversé la vallée du Cédron certe lioneteonut Ie montmAisMONvIeES-Fet/que,,se retournant vers le midi, elle contournait la montagne jusqu’à la pierre nommée le Péristéréon, puis la colline voisine du mont des Oliviers et qui domine la vallée de Siloam. Cette indication est suffisamment précise quant aux lieux qu’elle désigne; c’est très probablement notre caveau qui représente le Péristéréon, et Siloam est toujours à sa place et porte toujours le même nom; quant à l’origine et à la destination première, elles restent'incertaines. Disons toutefois que le mot Péristéréon signifie un colombier, et qu’il n’est pas difficile de se rendre compte de l'emploi de ce nom, lorsqu'on songe aux caveaux funéraires qui, chez les Romains, portaient le nom identique de columbaria.
L'Évangile de Saint Mathieu contient un verset que l’on pourrait à la rigueur rattacher au Tombeau des prophètes. «Malheur, y est-il dit, à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui construisez les tombeaux des prophètes, et qui faites la toilette des tombeaux des justes! » Je me contente de rappeler le passage de l’Écriture sainte, mais en me gardant bien d’en tirer une conclusion quelconque.
Somme toute, le monument est curieux et mérite l'attention des archéologues; à une époque fort reculée, probablement lors
de sa création, il a été garni d’un enduit de ciment blanc, dans
la pâte duquel sont noyés, pour lui donner du corps, des fragments nombreux de poterie judaique cannelée. Cet enduit est criblé de petites inscriptions, parfois grecques, le plus souvent judaïques, tracées par de pieux visiteurs, et dès une
époque ancienne, si l’on en juge par la forme des lettres.
LOMBEAUX
D'ÉPSD EME SAN EONRE NS D'ERTOS AETI AC
2, E monument dont je vais m'occuper est un des plus célèbres du monde, et une tradition ancienne déjà le considère comme le tombeau même que le fils de David s'était fait construire de son vivant. Avant de dis-
cuter son âge, commençons par le décrire.
Lasbasé{proprementidite estienternée.. et, bien que cela soit fort probable, on ne saurait dire aujourd’hui si l'édifice reposait sur un stylobate taillé en degrés. La partie inférieure qui se trouve au-dessus du sol environnant, et qui est monolithe, peut être inscrite (la corniche comprise) dans un carré de plus de 6 mètres de côté; c’est un.bloc de focherique.a été détaché rdc la masse "afin d'être faconnélet transformé en mausolée. Évidemment il y a eu une plate-forme taillée dans le flanc du mont des Oliviers, et au milieu de laquelle on a laissé subsister le bloc. Les parois verticales de la cour circonscrivant cette plate-forme se montrent à gauche, à droite, et derrière le monument. Tout le couronnement est
formé de blocs de taille différente, dont les joints sont ajustés,
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mais qui ne forment pas des assises horizontales. Il semble.
qu'on ait voulu employer dans la construction les blocs que Er
l’on avait sous la main, sans se préoccuper de la régularité des n
assises.
Le couronnement dont je parle se compose d’un dé carré,
dont ia base fait partie du monolithe, surmonté d’un cylindre
que surmonte lui-même un pyramidion de forme singulière. La hauteur totale de ce qui est hors de terre aujourd’hui est d'à peu près 20:mêtrés. TA
Sur chacune des faces de la base monolithe se détachent deux colonnes et deux demi-colonnes ioniques , celles-ci placées dans les aisselles de deux pilastres d’antes. Sur ces .colonnes repose une Lirise dorique comportant treize patères dissemblables et
quatorze triglyphes avec gouttes. Au-dessus de la frise règne
une véritable corniche égyptienne composée d'un énorme tore.
que surmonte un vaste cavet évidé en gorge.
Le dé carré placé au-dessus, et qui est formé de beaux blocs ayant toute la hauteur du dé, se termine par une ‘élégante petite corniche. Au-dessus s'élève la partie cylindrique, qui, sur les deux tiers de sa hauteur, est ornée d’une corniche, semblable. Le cylindre se termine par un tore figurant un énorme câble tordu. T4
Au-dessus du câble commence le pyramidion, dont la génératrice est évidée en gorge, et dont le sommet est couronné par un second câble surmonté d’un bouquet de palmes \#assez semblable à un chapiteau égyptien. Ce pyramidion a été dépeint quelquefois par le nom de bonnet chinois que certains voyageurs lui ont donné. Ce n’est certes pas là une expression technique, mais elle a l’avantage de bien caractériser la forme de cet étrange couronnement.
Au-dessus de la corniche égyptienne, la face sud du mausolée présente une petite porte carrée, surmontée d’un évidem-
ment en cul-de-four, que couronne à son tour un cercle en,
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