‹ Jérusalem: son histoire, sa description, ses établissements religieuxChapitre 10 sur 179 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Jérusalem,en hébreu Yérouchalaïm, en grec ‘Issousakqu et 7x ‘Tsscséoue, en latin Hierusalem, Hierosolyma, Jerusalem et Jerosolyma, s’appela, à l’époque d’Adrien, Ælia Capitolina, nom qui lui fut imposé par cet empereur, appelé Ælius Hadrianus, qui, en la rebâtissant, l’an 135 après Jésus-Christ, y fonda un temple en l'honneur de Jupiter Capitolin. Cette divinité devint ainsi, pour un moment, le dieu tutélaire et le patron de la ville. Les Arabes la désignent ordinairement sous la dénomination de El-Kods (la Sainte) ou de Beit-el- Mokades (la Maison Sainte).

2 HISTOIRE DE ÉJRUSALEM

Dans les temps primitifs, sa colline principale, c’està-dire Sion, paraît s'être appelée [Jébus, en hébreu Yebous, en grec ‘Teécis, en latin Jebus, la cité des Jébusites, petit peuple qui tirait son origine de Jébus, le troisième fils de Chanaan. (Genèse, chap. x, versets 15 et 16).

La plupart des critiques s’accordent à reconnaître dans Jérusalem la ville de Salem, en hébreu Chalem, en grec Zaxqu., en latin Salem, dont était roi Melchisédech qui bénit Abraham, lorsque ce patriarche revenait de la poursuite de Chodorlahomor.

18. « Or, Melchisédech, roi de Salem, offrant du pain et du vin, parce qu'il était prêtre du Dieu Très- Haut,

19. Bénit Abram, en disant : Qu’Abram soit béni du Dieu Très-Haut, qui a créé le ciel et la terre! » (Genèse, chap. xiv, v. 18-19.)

Je dois faire observer néanmoins que saint Jérôme, dans sa lettre au prêtre Évangélus, combat cette opinion comme il suit : « Salem autem non, ut Josephus et nostri omnes arbitrantur esse, est Jerusalem, nomen ex græco hebraïcoque compositum, quod absurdum esse peregrinæ linguæ mixtura demonstrat, sed oppidum juxta Scythopolim, quod usque hodie appellatur Salem, et ostenditur 1bi palatium Melchisedech ex magnitudine ruinarum veteris operis ostendens magnificentiam, de quo in posteriore quoque parte Geneseos scriptum est : venit Jacob in Socoth, id est, in tabernacula, et fecit sibi ibi domos et tentoria, et transivit in Salem, civitatem regionis Sichem, quæ est in terra Chanaan. » (Æpistola ad Evangelum præsbyterum, ST)

« Salem n’est pas, comme le pensent Josèphe et tous les autres, Jérusalem, nom formé d’un mot grec et d’un mot hébraïque, ce qui est absurde, comme le prouve le mélange de deux termes empruntés à des langues étrangères, mais c’est une ville située près de

Scythopolis, qui s’appelle encore aujourd’hui Salem ; on y montre le palais de Melchisédech qui, par la splendeur de ses ruines, atteste la magnificence de cette antique construction. Il est question de cette ville dans une partie postérieure de la Genèse : Jacob vint à Socoth, c’est-à-dire, auæ tentes. Il y éleva pour lui même des maisons et des tentes. De là il passa à Salem, ville du district de Sichem, qui est dans la terre de Chanaan. »

Quant à Josèphe, que réfute ici saint Jérôme, il s’était exprimé de la manière la plus formelle en faveur de l’identité de Jérusalem avec Salem, ce qui prouve que c'était une tradition très répandue parmi les Juifs de son temps, et acceptée par eux sans conteste.

« Le roi de Sodôme, dit-il, marche à la rencontre d'Abram dans un lieu que l’on appelle la Plaine-Royale; c’est là qu'Abram est reçu par Melchisédech, roi de Solyme. Or, ce nom signifie roi juste... Solyme s’appela ensuite Hiérosolyme. » (Antiquités judaïques, LIRE 020)

L’assertion précédente de saint Jérôme est donc très problématique et elle n’a, selon toute apparence, pour fondement que lexistence près de Sichem d’une autre Salem dont j'ai parlé dans mon ouvrage sur la Samarie (1), et qui est la Salem que traversa Jacob en revenant de Mésopotamie, avant d’aller dresser ses tentes près de la ville de Sichem. Cette localité consiste maintenant en un petit village de deux cents habitants. Les maisons en sont très délabrées et plusieurs sont à moitié renversées. Je n'y ai trouvé aucune trace du magnifique palais dont les ruines sont signalées par saint Jérôme et qui aurait appartenu jadis à Melchisédech.

Si l’opinion de Josèphe est légitime, le nom de Salem, qui signifie en hébreu paix, salut, aurait été le premier

(A) T. Le, p. 456-457.

nom de Jérusalem, laquelle aurait ensuite pris celui de Jébus, puis celui de Jérusalem.

Quant à l’étymologie de ce dernier nom, elle a donné lieu à de doctes discussions parmi les savants. Les uns, comme Reland, le décomposent ainsi : Yerouch-Chalem (possession héréditaire de paix, héritage de paix). Les autres, à l'exemple de Gésénius, y voient les deux mots : Yerou-Chalem (fondation de paix). D’autres enfin reconnaissent dans Jérusalem deux mots combinés de Jébus et de Salem.

En ce qui concerne la forme de Yerouchalaïm, forme duelle de Yerouchalem, elle s'explique tout naturellement par la division de la ville en haute et basse.

Les Grecs, retrouvant dans le nom de cette cité. héllénisé sous la forme de ‘Ispocéhuua, les deux mots tepéc (saint) et Xévua (Solyme), ont vu là sainte Solyme, et Josèphe a accepté et reproduit cette dérivation et cette interprétation, comme le prouve le passage suivant :

« Le premier fondateur de la ville a été un roi Chananéen, appelé dans sa langue maternelle, Rot Juste, et 1l l'était réellement. Aussi fut-il le premier prêtre de Dieu, et après lui avoir élevé, le premier, un temple, il surnomma la ville Hiérosolyme, de Solyme qu’elle s'appelait auparavant. » (Guerre des Juifs, 1. VI, COX)

Une pareille explication est, sans doute, spécieuse; mais, ainsi que le remarque saint Jérôme dans le passage cité plus haut de sa lettre au prêtre Évangélus, il n'est pas naturel de faire dériver à la fois du grec et de l’hébreu le nom de Jérusalem, et un semblable mélange de deux langues si différentes est contraire à toute logique. Il faut donc, en dernière analyse, s’en tenir, pour l’étymologie du nom de Jérusalem, à l’une des deux que j'ai proposées tout à l'heure, soit Lérilage de paix, soit fondulion de paix.

Chose singulière et digne d’être observée, Le roi qui commandait dans cette ville, lors de Ia conquête du

pays par les Israélites à l’époque de Josué, était Adonisédech, nom dont la signification (maîlre de la justice) est la même que celle du mot Melchisédech (roi de la justice).

Ce rapprochement de Melchisédech(rot de la justice) et de Adonisédech (maître de la justice) semble également plaider pour l'identité de Jérusalem avec la ville de Salem, où régnait le premier de ces deux rois, etil est permis, dans le nom de Melchisédech ou dans celui de Adonisédech, de voir un titre héréditaire que portaient les chefs souverains de cette cité. D ailleurs,

dans le psaume LXXVI, nous lisons, si nous consultons le texte hébreu :

2. « Dicu est connu dans la Judée ; sarenommée est grande en Israël,

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