‹ Jérusalem: son histoire, sa description, ses établissements religieuxChapitre 105 sur 179 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

J'ai déjà précédemment attiré l'attention des lecteurs sur les Kobour-el-Molouk et sur le tombeau d’Absalom. Je vais maintenant, pour clore l’histoire monumentale et topographique de la Jérusalem antique, passer rapidement en revue les autres principales nécropoles de cette ville célèbre.

À vingt-cinq minutes environ au nord-ouest de la porte de Damas, on trouve une magnifique excavation sépulcrale, presque égale en beauté à celle des Kobourel-Molouk et qui renferme, à différents niveaux, une série de chambres dont les parois sont percées de fours funéraires, au nombre de soixante, pratiqués en forme de nichesoblongues, superposées les unes au-dessus des autres en deux rangées parallèles, et trop étroites, ce semble, pour avoir pu contenir des sarcophages. Les morts y avaient été placés, enveloppés d’un simple linceul ou de bandelettes. Le vestibule d'entrée de cette vaste catacombe est orné à l’extérieur d’un élégant fronton, dont le tympan a pour décoration de gracieux rinceaux de feuillage, de fleurs et de fruits, et est, en outre, accompagné .d’acrotères figurant des palmettes.

Le savant anglais William nous a laissé une description détaillée de ce tombeau. (Holy City, t.IE, pp. 151 et. suivantes.) Après lui, M. de Saulcy l’a décrit de nouveau avec plus de précision encore et, à propos de ce monument funèbre, auquel est resté attaché le nom de

Kobour-el-Kodha (tombeaux des Juges), il se pose la question suivante : « Quels étaient les juges dont nous trouvons ici la sépulture ? Étaient-ce les Nasi ou chefs élusdetribu? étaient-ce les Élohim(les divins), qui étaient également élus par le peuple ? C’est ce que je ne me permettrai pas de discuter. Il me suffira de dire qu'il est pour moi bien démontré que la cave sépulcrale qui a conservé le nom de tombeaux des Juges est contemporaine des rois de Juda et qu’elle a reçu les corps d’une série demagistrats suprêmes dont les fonctions n'étaient pas héréditaires. » (Voyage autour de la mer Morte, An: "336:)

Il ne peut s’agir ici des Juges d'Israël, qui presque tous furent enterrés sur le territoire de leur propre tribu. Quant aux membres du sanhédrin, présidés par le Nasiet qui siégealent au nombre de soixante-douze près du temple, dans une salle appelée Gazith, rien n'empêche de penser que leurs présidents successifs furent enterrés là. D’un autre côté, si rien, dans l’intérieur de la catacombe, ne paraît s'opposer à une pareille attribution, le fronton du vestibule extérieur, par le caractère de son ornementation et les moulures de la porte d’entrée, paraissent à quelques savants d'une époque moins reculée que celle que M. de Saulcy leur assigne. En admettant même, ce qui n'est pas parfaitement démontré, que les ornements et les moulures de ce fronton et de cette porte n'aient pu être l’œuvre d'artistes juifs de l’époque des rois de Juda, et que le ciseau grec ou romain s’y fasse visiblement sentir, on peut supposer que cette ornementation extérieure a été appliquée après coup au monument. Ne lisons-nous pas, en effet, que les Juifs, à l’époque de Notre-Seigneur, embellissaient les tombeaux des justes et construisaient les sé- AR des prophètes ?

« Væ vobis, scribæ et pharisæi hypocritæ, qui ædili- Re sepulcra prophetarum et ornatis monumenta justorum ! » (Saint Mathieu, ch. xx, v. 29.)

Ce verset nous montre que, du temps deJésus-Christ, on édifiait à Jérusalem des sépulcres neufs aux prophètes immolés injustement, sans doute pour conjurer la vengeance divine que leur sang répandu appelait sur ceux qui l'avaient versé, et qu’on embellissait également les tombeaux des justes. Pourquoi aussi, à cette même époque, n’aurait-on pas appliqué une orgementation plus moderne à d’autres tombeaux anciens, par exemple à ceux qui nous occupent en ce moment et qui, par leur étendue et l'agencement bien ordonné et singulièrement coûteux de leurs chambres sépulcrales, attestent qu'ils étaient destinés à une classe de personnages importants ?

Une autre catacombe, également très digne d'intérêt, est connue sous le nom de Kobour-el-Anbia (tombeaux des Prophètes). Elle est située sur les flancs occidentaux et à mi-côte de la montagne des Oliviers. On descend dans cette cryple au moyen d'une rampe assez abrupte, qui conduit au fond d’une rotonde, dont la voûte est percée d’une ouverture circulaire destinée à l’éclairer. De cette chambre, des passages très étroits mènent à deux galeries demi-circulaires et concentri-

ques, séparées l’une de l’autre par un mur très épais .

de rocher. Les parois de ces galeries sont très lisses, la surface rocheuse ayant été revêtue destuc. Un grand nombre de fours à cercueil ont été creusés le long dela partie inférieure de ces parois qui sont partout couvertes d’une multitude d'inscriptions de toutes langues, la plupart modernes, et principalement grecques et hébraïques ; quelques-unes sont d’une époque plus ancienne et attestent qu'à l’époque byzantine, ce vaste tombeau avait servi de demeure funèbre à des chrétiens qui avaient probablement hérité de loges funéraires ju-

daïques d’une date bien antérieure. Une galerie très M

basse et très étroite part d’une de ces galeries concentriques et se prolonge pendant quatre- vingts mètres environ ; 1l faut ramper pour la suivre ; c’est un véri-

table boyau qui semble être l’ébauche d’une galerie commencée, mais non terminée. Quoi qu'il en soit, cette catacombe paraît avoir reçu, dans le principe, la dépouille mortelle de personnages juifs ayant un caractère sacré, comme semble Pindiquer le nom de Kobour-el- Anbia, qu’elle a gardé parmi les indigènes.

M. de Saulcy pense, et, peut-être, avec raison, qu’elle est désignée par un passage tiré de la Guerre des Juifs (L V, ch. xm, $ 2) et dans lequel Josèphe, parlant des lignes de circonvallation de Titus, nous apprend qu'après avoir traversé le Cédron elles gagnaient la montagne des Oliviers, qu’elles enveloppaient, vers le midi, jusqu’au rocher appelé Péristéréon : or, ce mot grec, qui répond à celui de C'olumbarium, en latin, devait, sans contredit, son origine aux nombreuses loges funéraires dont la roche en question était percée comme une sorte de colombier.

La vallée de Josaphat est maintenant presque tout entière envahie et comme pavée par d'innombrables pierres sépulcrales, les unes anciennes, les autres toutes récentes, sous lesquelles reposent les Juifs qui, de temps immémorial, affluent à Jérusalem de l’Europe, de l'Asie et de PAfrique, pour y dormir leur dernier sommeil et y mêler leurs cendres à celles de leurs aïeux. Mais on y remarque particulièrement quatre mausolées principaux appelés : tombeaux d’Absalom, de Josaphat, de saint Jacques et de Zacharie. Ces quatre mausolées ont, depuis longtemps, exercé la critique des archéoloeues, qui les ont regardés, soit comme fort anciens et d’origine purement hébraïque, soit comme étant d’époque beaucoup plus récente. L'écrivain moderne qui en a donné la description la plus minutieuse est M. de Saulcy, et Je lecteur ne pourra mieux faire que de consulter cet auteur sur ce point. (Voyage en Syrie et

| autour de la mer Morte, t. If, pp. 295 et suivantes.)

Le tombeau d’Absalom ayant été décrit par moi plus haut, à propos des monuments de l’époque de David,

je n’y reviendrai pas de ncuveau, et je passe immédiatement à celui de Josaphat.

A quelques pas au nord-est du tombeau d’Absalon, on apercevait encore, il y a quelques années, une partie d’un monument que les Juifs et les chrétiens de Jérusalem appellent tombeau de Josaphat. Actuellement, 1l est complètement dérobé aux regards par un mur en pierres sèches qui le masque tout à fait. La porte d’entrée, telle que je l’ai vue autrefois, est surmontée d’un fronton que décorent d’élégants rinceaux et que terminent des acrotères. Il renferme intérieurement trois chambres sépulerales.

ft Nous savons par la Bible que le roi Josaphat s’endormit avec ses pères et fut Fo avec eux dans la Cité de David.

« Dormivitque Josaphat cum en suis et sepultus est cum eis in Civitate David patris sui. » (Roës, LOTIP CR TERRASSE) |

Pour justifier la tradition relative au tombeau dont il.

s’agit en ce moment, il faut admettre, ce qui est possils: que ce monarque avait fait préparer ce monument funèbre pour sa famille dans la vallée qui, depuis, aura porté son nom, tandis que lui-même, comme souverain, « aura été déposé, après sa mort, dans la nécropole royale ] du mont Sion. Que si l’on objecte contre l'attribution de ce tombeau à Josaphat, ou plutôt à sa famille, la décoration du fronton qui semble accuser l’art de la Grèce ou de Rome et devoir faire descendre ce monument s jusqu’à l’époque des Asmonéens, et peut-être même jusqu’à la dynastie des Hérodes, on peut répondre, comme pour d’autres monuments analogues, que, purement judaïque dans le principe et dans sa forme primordiale, il a pu ultérieurement subir unerestauration dans le style grec ou romain. |

A quatre-vingt-cinq pas environ au sud de ce mausolée, on en rencontre un troisième que les chrétiens vénèrent sous le nom de tombeau de saint Jacques et que

les musulmans appellent, on ne sait pourquoi, Diouan- Pharaoun (divan de Pharaon). Il présente au regard un vestibule que soutiennent deux colonnes et deux demipilastres doriques pris dans la masse du roc évidé et que couronné un entablement également dorique avec triglyphes et gouttes. Sur lar chitrave a été gravée une inscription hébraïque, assez difficile à déchiffrer actuellent. que M. de Vogüé a eu le mérite d'interpréter le premier, et que M. de Saulcy à étudiée ensuite. Elle indique que ce mausolée est celui de huit membres appartenant à la famille sacerdotale des Beni-Hésir. La plate-forme du vestibule s’élève en retraite sur une base rocheuse haute de deux mètres ; il a lui-même six mètres de long sur trois de profondeur et donne accès dans quatre chambres funéraires qui contiennent chacune plusieurs loges sépulcrales. M. de Vogüé regarde ce monument, à cause des motifs architecturaux de sa facade et de la forme des caractères de l’inscription hébraïque, comme étant contemporain de l’époque asmonéenne ou hérodienne. Quant au nom de saint Jacques, donné par les chrétiens à ce même tombeau, 1l provient d’une tradition en vertu de laquelle saint Jacques le Mineur se serait réfugié dans ce caveau, lorsque le Sauveur, trahi par Judas, tomba entre les mains de ses ennemis, près du jardin de Gethsémani. Plus tard, nommé évèêque de Jérusalem et précipité du haut des murailles du temple, à linstigation du grand-prêtre Ananus, il aurait été lapidé, réspirant encore, puis achevé par la masse d’un foulon et enseveli ensuite dans un des fours funéraires du mausolée auquel son nom est resté attaché.

A quelques pas au sud du tombeau précédent est celui de Zacharie ; il est, du moins, désigné ainsi par les chrétiens et par les Juifs; les musulmans l’appellent Kabr- Zoudjet-Faraoun (tombeau de la femme de Pharaon). Ce mausolée, entièrement monolithe, a été complètement isolé de la masse rocheuse au milieu de laquelle il a été creusé et forme un carré de cinq mètres cinquante-trois

centimètres de côté. Chaque face est ornée de deux colonnes et de deux demi-colonnes ioniques engagées dans despilastres d’antes. Au-dessus des chapiteaux,règne une architrave que couronne une corniche égyptienne, surmontée elle-même d’une pyramide équilatérale. La porte de ce curieux mausolée n’est pas visible, ensevelie, sans doute, qu’elle est, sous des pierres tumulaires hébraïques qui environnent tout le monument, les Juifs tenant à honneur de se faire enterrer alentour, et, pour y pénétrer maintenant, il faudrait déplacer une parüe de ces tombes.

Quel est le Zacharie auquel on attribue ce monument? On l'ignore tout à fait. Quelques-uns pensent qu'il s’agit ici du Re fils de Barachie, mentionné dans l'Évangile de saint Mathieu, qui met ces paroles dans la bouche de Notre-Seigneur (eh. xxnr, v. 34-35) :

34. « Voici que moi-même je vous envoie des prophètes, des sages et des docteurs; vous tuerez et crucifierez les uns, et vous flagellerez les autres dans les synagogues, en les poursuivant de ville en ville.

33. « Afin queretombe sur vous tout le sang innocent qui a été versé sur la terre depuis le sang du juste Abel jusqu’au sang de Zacharie, fils de Barachie; que vous avez tué entre le temple et l'autel. »

Si, de la vallée de Josaphat, où se trouvent ces remarquables tombeaux, nous nous transportons sur les flancs méridionaux de la vallée de Ben-Hinnom, nous les voyons tout percés de grottes sépulcrales dont la plupart sans doute remontent à une haute antiquité, mais qui ont dû être tour à tour occupés par les différentes populations qui ont successivement habité Jérusalem. À l’époque chrétienne et jusqu’au sixième siècle de notre ère, quelques-unes d’entre elles ont même servi de retraites à de pieux anachorètes, comme nous le savons par un passage d’Antonin le Martyr :

Inter ipsa sepulchra sunt cellulæ servorum Dei, ubi fiunt multæ virtutes. » ({{inerarium, ch. xxvi.)

Beaucoup de ces grottes sépulcrales étaient encore à peu près intactes, lors de mon premier voyage en Palestine, en 1852; mais j'ai observé avec regrets, dans mes voyages subséquents, que la moitié avaient disparu, ayant été exploitées comme carrières. Plusieurs portent des inscriptions QE que j'ai copiées après tous les voyageurs qui m’avaient précédé, mais qu’il est inutile de reproduire ici, puisqu'elles sont connues depuis longtemps, ayant été relevées, entre autres, avec soin par M. de Saulcy

L'un des plus intéressants de ces tombeaux est malheureusement très dégradé maintenant. L'entrée du vestibule en est surmontée d’une frise dorique que décorent huit métopes séparées les unes des autres par des diglyphes et portant des ornements différents, tels que grappes de raisin, fleurons et rosaces diverses. Le vestibule lui-même et les chambres qui suivent, et dont toutes les parois sont percées de fours ou de couchettes funéraires, gardent encore les traces de vieilles peintures byzantinés. ce qui prouve que, dans les siècles de la primitive Église, elles ont servi d'asile à des religieux. On monte à cette grotte sépulcrale du fond dela vallée, dont elle occupe une partie supérieure, par deux escaliers taillés dans le roc, ce quiindique l'importance première de ce monument.

Trois traditions sont attachées à ce tombeau. D’après la première, plusieurs apôtres y auraient cherché une retraite, après l’arrestation de leur divin Maître, au bas de la montagne des Oliviers; d’après la seconde, le grand-prêtre Anne ou Ananus, devant lequel Notre- Seigneur comparut d’abord avant d’être mené chez Caïphe et de là chez Pilate, aurait été enseveli dans l'une des loges funéraires de ce caveau. Josèphe, en nous décrivantle mur de circonvallation dont Titus environna Jérusalem, le fait passer au sortir de la vallée de la source, c’est-à-dire, sans doute, de celle où se trouve le Bir-Ayoub, et en gravissant les pentes de

Ben-Hinnom, devant le tombeau d’Ananus. (Guerre des ut sul AVC. ex VAS 2)

Une troisième tradition veut qu’au troisième siècle de noire ère saint (Qnuphre ait habité cette grotte, qui fut plus tard convertie en chapelle, comme l’indiquent les restes de peinture que j'ai signalés. Conformément à cette dernière légende, chaque année, le jour de Îa fête dece saint, ls Grecs non unis de Jérusalem viennent célébrer leurs offices religieux dans l’intérieur de ce tombeau dont ils se sont complètement emparés depuis 1874, en y plaçant une porte de fer, dont la pose a détruit en partie le gracieux vestibule quile précédait.

Ces trois traditions, d'ailleurs, quirapportent des événements successifs et non contemporains, peuventtrès bien se concilier etnesontnullementopposéesentreelles; seulement, elles ne reposent que sur des données douteuses.D’autres, en effet, placentle tombeau d’Ananus à Hakeldama, aujourd’hui encore Hak-ed-Damm (prix du sang), le Chaudemar de l’époquedescroisades, monument sépulcral réparé alors par les Latins, et où les chevaliers. de Saint-Jean enterraient les étrangers qui mouraient dans leur hôpital. Le caveau funéraire que recouvre une voûte ogivale percée de huit ouvertures, semblables aux regards d’une citerne, avait été creusé sur le champ du potier qui fut acquis avec les trente deniers, prix de la trahison de Judas.

Dans le même passage de Josèphe, relatif à la ligne de circonvallation de Titus, 1l est question du tombeau d'Hérode.

« Cette ligne, dit-il, après s'être dirigée en montant vers le tombeau du grand-prêtre Ananus, traversait la colline sur laquelle Pompée avait établi son camp, se tournait ensuite vers le nord, en s’étendant vers le hameau appelé {a Maison des Pois, puis enveloppait le monument sépulcral d'Hérode, et revenait, par un retour à l’orient, à son point de départ, c’est-à-dire au camp de Titus. »

Dans un second passage, plus explicite encore que celui-c1, Josèphe raconte que Titus, à son arrivée sous les murs de Jérusalem, fit déblayer et aplanir tout le terrain compris depuis le Scopus jusqu'aux monuments d'Hérode, situés près de la piscine des Serpents. (Guerre des Juifs, 1. V, ch. m1, $ 2.)

M. de Saulcy a démontré que ce tombeau ou ces tombeaux d’'Hérode, Josèphe employant le singulier dans le premier cas, et le pluriel dans Le deuxième, devaient ètre situés dans le voisinage du grand Birket-Mamillah, qu’il identifie très justement avecla piscine des Serpents de l'historien juif. Or, à quelque distance de cette vaste piscine, dans laquelle il est permis également de reconnaître la piscine Supérieure d’Ézéchias, la piscine [nférieure étant le Birket-Hammam-el-Batrak. on observe plusieurs caveaux funéraires, aujourd’hui très dégradés et servant parfois d’étables. Ce sont probablement les tristes restes du mausolée élevé en l'honneur, non d’'Hérode le Grand, car 1l avait été enterré à Hérodium, mais d’autres princes de sa dynastie.

Si ce mausolée a presque disparu, sauf ces débris insignifiants, celui d'Hélène, reine d’Adiabène, et de son fils [zates, est encore beaucoup moins reconnaissable, car si plusieurs savants critiques inclinent à l’identifier avec les Kobour-el-Molouk, j'hésite, pour mon compte, ainsi que je l’ai déjà dit, à propos de cette magnifique excavation sépulcrale, à y voir le tombeau de cette reine, et M. de Saulcy me paraît avoir prouvé par des arguments péremptoires qu'il était plus rapproché de la branche septentrionale des remparts que ne le sont les Kobour-el-Molouk.

Dans un passage souvent cité, Josèphe nous apprend que Monobaze, roi d’Adiabène, fils d'Hélène et successeur d’Izates, ayant envoyé à Jérusalem les restes de sa mère et ceux de son frère, les fit ensevelir dans les trois pyramides que sa mère avait faitconstruire à trois stades de la ville. (Antiquilés judaïques, 1. XX, ch. 1v, $ 3.)

Il s’agit ici, comme on le voit, non d'une catacombe pratiquée dans le roc et souterraine, à linstar des Kobour-el-Molouk, mais d'un mausolée construit et surmonté de trois pyramides, la première servant sans doute de vestibule aux deux autres, lesquelles renfermaient chacune probablement une chambre sépulcrale, l’une consacrée à Hélène et l’autre à son fils Izates. Ce mausolée se trouvait, en outre, à trois stades de la ville et, d’après deux autres passages de Josèphe, était situé devant la branche septentrionale des remparts, non loin et à l’ouest dela porte queflanquaient les tours dite des Femmes. Or, cette porte est celle-là même dont on distingue encore une arcade aux trois quarts ensevelieet enclavée dans la porte actuelle de Damas. Trois stades, à cent quatre-vingt-cinq mètres le stade, font cinq {cent cinquante-cinq mètres; si on les évalue, d’après le stade judaïque de cent quarante mètres, cette distance se réduit à quatre cent vingtmètres.Il y a loin, par conséquent, de là à l’intervalle qui sépare les Kobour-el- Molouk de la porte de Damas, et qui, en droite ligne, est de sept cent soixante-dix mètres.

Ce tombeau fut respecté par les Romains, lorsque, avant d'attaquer Jérusalem, ils nettoyèrent tous les abords septentrionaux de la place ; car nous lisons dans l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe (1. IT, ch. x) que, de son temps, on voyait encore au dehors et dans les faubourgs d’Ælia (tel est ‘le nom que portait alors Jérusalem) les stèles remarquables d'Hélène. Il s’agit ici des trois pyramides signalées par Josèphe.

Saint Jérôme mentionne dans les termes suivants le tombeau de cette reine :

« Quid diu moror ? Ad Iævam mausoleo Helenæ derelicto, quæ Adiabenorum regina in fame populum fru mento juverat, ingressa est Jerosolymam, urbem trinominem, Jebus, Salem, Jerusalem, quæ ab Ælio postea Hadriano, de ruinis et cineribus ‘civitatis in Æliam suscitata est. » (Epilaphium Paul.)

Ce dernier passage nous apprend que la route par laquelle Paula entra à Jérusalem passait à côté du tombeau d'Hélène et laissait ce monument à la gauche du voyageur qui gagnait la porte de la Ville Sainte.

Maintenant, où le chercher, si nous ne le reconnaissons pas dans les Kobour-el-Molouk ? M. de Saulcy a proposé de le placer sur le pâté rocheux qui se trouve à deux cent quarante mètres environ au nord, quelques degrés ouest, de la porte de Damas, et dans les flancs duquel est taillée une grotte sépulcrale. C’est là une hypothèse que M. de Barrère a le premier émise et que M. Pierotti a adoptée dans son plan de Jérusalem, en fixant en cet endroit le tombeau d'Hélène. Mais, dans ce cas, il faut avouer que nous sommes loin d'atteindre Sur ce point les trois stades indiqués par Josèphe et qui, évalués seulement à cent quarante mètres le stade judaïque, font néanmoins quatre cent vingt mètres. J’incline donc à penser, jusqu’à nouvel ordre, que le tombeau d'Hélène, reine d'Adiabène, a été complètement détruit, ou, du moins, que ses débris n’ont encore été retrouvés réellement par personne, attendu qu’on ne peut le placer, ni aux Kobour-el-Molouk, bien que ce soit l'opinion de plusieurs archéologues éminents, ni au pàté rocheux dont il vient d’être question, comme le veulent MM. de Barrère, Pierotti et de Saulcy, le premier emplacement dépassant singulièrement les trois stades marqués par Josèphe, et le secondétant beaucoup trop en deçà.

Deux autres tombeaux célèbres sont encore signalés par l’historien juif à propos du siège de Jérusalem par Titus : cesont ceux du grand-prètre Jeanet d'Alexandre Jannée;ilsavaientété enclavés dans la troisième enceinte construite, ou du moins commencée, par Agrippa Ir. Ce grand-prêtre Jean passait pour être le même que Jean Hyrcan, fils et successeur de Simon, qui mourut lan 107 avant J.-C., après vingt-neuf ans derègne. Le tombeau qui lui avait été élevé semble, d’après deux passages

de Josèphe, avoir été situé entre la tour Pséphina et la piscine Amygdalon, le Hammam-el-Batrak de nosjours, ou la piscine d’'Ézéchias du IV livre des Rois. La position précise de ce mausolée n’a point encore été retrouvée. Il en est de même de celui d'Alexandre Jannée, autre prince asmonéen. Ce tombeau devait se trouver sur les pentes méridionales du mont Bézétha, vis-à-vis de Ja tour Antonia et du portique septentrional du temple. (Guerre des Juifs,1. V, ch. vu,$ 3.) |

M. de Saulcy a proposé d’en reconnaître les restes dans le soubassementd’une tour d'apparence assez ancienne quifait face, vers Le nord, à l’une des entrées du Haram-es-Chérif, et dont la partie inférieure est, à ses yeux, la base même de ce monument funéraire. Mais cette hypothèse me paraît sujette à caution et je ne l’admets, jusqu’à présent, qu'avecheaucoup de réserve.

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