JARDIN DE GETHSÉMANI — GROTTE DE L'AGONIE
l’Homme-Dieu. et il est dès lors permis de les regarder comme les témoins ou comme issus des premiers témoins du commencement de la Passion. On conçoit donc avec quel amour singulier, avec quel respect profond, le frère préposé à leur entretien s’acquitte de ses fonctions. On conçoit aussi avec quelle reconnaissance les pèlerins qui visitent ce jardin reçoivent, de la main de ce religieux, soit les fleurs qu’il se plaît à y cultiver, soit surtout des feuilles ou des noyaux d'olives provenant de ces arbres sacrés. En 1873, les Révérends Pères Franciscains ont érigé, en outre, en ce lieu, un chemin de croix dont les quatorze stations sont distribuées inté rieurement tout autour du mur de clôture. On y remarque particulièrement un magnifique bas-relief en marbre, représentant Notre-Seigneur en agonie.
À une faible distance au nord du jardin de Gethsémani, se trouve la grotte dite de l'Agonie. Depuis longtemps elle a été transformée en oratoire chrétien, comme étant, d’après une ancienne tradition, l'endroit où Notre- Seigneur aurait prié et aurait eu sa sueur de sang avant son arrestation. Cette grotte reçoit le jour par une ouverture pratiquée dans sa partie supérieure, ce qui donne à penser que c'était primitivement une citerne. De forme irrégulière, elle mesure dix mètres de long sur sept à huit de large. On distingue encore sur sa voûte quelques restes des étoiles peintes qui l’ornaient autrefois. Trois petits autels y ont été dressés ; au fond est le principal, où des lampes brülent, nuit et jour, en souvenir des augustes mystères que ce lieu rappelle. Là, le rocher apparaît de toutes parts et n’a point éte revêtu de marbre, comme dans beaucoup d’autres sanctuaires de la Palestine. Nous pouvons donc voir de nos veux et toucher de nos mains le rot nu et austère qui entendit les gémissements sublimes du divin Agonisant, et le sol qui fut imprégné des gouttes sanglantes de sa sueur sacrée. Ailleurs, nous avons, au contraire, à regretter que la physionomie primitive des lieux ait été
plus ou moins altérée par les premiers chrétiens, qui voulaient, au moyen de marbres précieux, soit les embellir, soit les dérober à l’indiscrète piété des pèlerins. Ici, heureusement, rien de semblable, et la grotte de l’Agonie, sauf de faibles changements qu'elle a subis, est encore à peu près telle qu'elle était lorsque Notre- Seigneur y passa plusieurs heures d’angoisses, la veille de sa mort, et y fut consolé par un ange descendu du ciel pour y soutenir son humanité près de succomber sous le poids de la tristesse et de la douleur.
Jésus venait de rejoindre ses disciples qui dormaient à quelque distance de lui, appesantis par le sommeil, quand Judas, à la tête d’une troupe armée, vint, au milieu des ombres de la nuit, à sa rencontre et trahit son maître par un baiser.
En sortant du jardin de Gethsémani, on remarque, à droite, une impasse qui, à quinze mètres de la porte, se termine par une sorte d’abside, où l’on montre actuellement le lieu de cette infâme trahison.
Ici, je ne puis m'empêcher de faire connaître au lecteur que plusieurs pèlerins du douzième siècle prétendent que cet événement se passa dans la grotte même de l’Agonie. Nous lisons, en effet, dans le Pé/erinage en Terre Sainte de l'higouméènerusse Daniel, qui voyageait en Palestine, en 1113, le passage suivant :
À la distance de dix sagènes du sépulcre de la Très Sainte Vierge, on rencontre la caverne où Notre-Seigneur Jésus-Christ a été livré par Judas aux Juifs ; cette caverne se trouve au delà du torrent de Cédron, au pied de la montagne des Oliviers. Puis, à la distance d’une pierre lancée par un homme, au pied de Ia même montagne, se trouve le lieu où Jésus-Christ pria son père, la nuit où il fut livré aux Juifs pour être crucifié, lorsqu'il dit: « Mon père, s’il est possible, faites que ce calice passe loin de moi. » Une petite chapelle est bâtie sur ce lieu. De là jusqu’à la tombe de Josaphat, la distance est d’un tir d'arc. »