LA MAISON DE CAIPHE
sert de table à l'autel au fond de l’abside est de forme demi-circulaire ; c’est un calcaire compact de couleur rougeâtre ; elle est vénérée sous le nom de Pierre de l’Ange. On croit que c’est celle-là même qui fermait l'entrée du sépulcre et que l'ange renversa au moment de la résurrection du Sauveur. Un autre fragment de cette même pierre setrouve dans la Chapelle de l’Ange, qui précède le saint Tombeau. C’est dans la cour de la maison de Caïphe que Saint Pierre, qui avait déjà renié le Christ dans la maison d'Anne, le renia encore une seconde, puis une troisième fois, et aussitôt le coq chanta. Alors, Jésus se retournant regarda Pierre, et Pierre se ressouvint de la parole du Seigneur qui lui avait dit: « Avant quele coq chante, tu merenieras trois fois. » Un regard de son Maître et de son Dieu ayant fait rentrer l’apôtre en lui-même et rougir de sa lâche apostasie, 1l alla pleurer sa faute dans une grotte que l'on voit encore maintenant, à quelques centaines de pas de 1à, dans un champ cultivé et qui, jusqu’au xnr° siècle, était renfermée dans une église depuis longtemps détruite et alors desservie par des moines grecs ; on l’appelait Église de Saint-Pierre en Gallicante (in galli cantu, au chant du coq).
Jésus resta ainsi dans la maison de Caïphe jusqu’à l'aurore du Vendredi Saint, frappé, insulté, blasphémé. Quand le jour parut, les anciens du peuple, les princes des prêtres et les scribes le firent venir dans leur conseil en lui disant : « Si tu es le Christ, dis-nous-le. »
De là il fut amené par eux devant Pilate au Prétoire. Le Prétoire était une partie de la forteresse Antonia, qui, nous l’avons vu, avait été construite par Héroda le Grand sur l’emplacement de l’ancienne tour Baris, bâtie par Jean Hyrcan (l’an 121 avant J.-C.), à l'angle nord-ouest de l'enceinte du temple. Là, résidait alors le procurateur de Rome. Détruite par Titus, l’an 70 de l’ère chrétienne, cette forteresse ne se releva plus jamais de ses ruines, car saint Cyrille nous apprend
que, de son temps, c’est-à-dire au 1v° siècle, elle était déserte. (Catéchèses, xnr.)
Plus tard, sur la place qu’elle occupait, on érigea différents sanctuaires qui rappelaient les principales phases de la condamnation de Jésus par Pilate.
Au Prétoire, d’après l’opinion généralement répandue, a succédé une caserne turque, dans l’intérieur de laquelle on a enclavé une ancienne chapelle chrétienne, dite du Couronnement d'épines, aujourd'hui consacrée à la mémoire d’un santon. C’est un petit édifice carré, de cinq mètres de côté, que surmonte une coupole à huit pans supportée par un tambour octogone. On remarque également dans cette caserne les débris actuellement peu reconnaissables d’une église dédiée jadis à sainte Sophie, c’est-à-dire à la Sagesse Éternelle, au Verbe divin qui avait été jugé et condamné en cet endroit ; 1l en est déjà question dans Antonin le Martyr, qui voyageait en Palestine vers 570 : « Et oravimus in prætorio, ubi auditus est Dominus et modo est basilica sanctæ Sophiæ. » |
À cinquante pas environ plus à l’est, on rencontre, de l’autre côté de la rue qui longe la caserne turque, la chapelle connue sous le nom de la Fagellation, parce que c’est là, en dehors du Prétoire, que Notre-Seigneur aurait été frappé de verges. Érigée de bonne heure par les chrétiens, réparée sans doute à différentes époques, elle fut enlevée, en 1618, aux RR. PP. Franciscains par Mustapha-Bey, dont le père était alors gouverneur de Jérusalem. En 1838 seulement, Ibrahim-Pacha en restitua les ruines aux Pères de Terre Sainte, et ce sont eux qui, à cette époque, grâce à la pieuse libéralité de Maximilien, duc de Bavière, ont restauré ce sanctuaire.
Une vingtaine de pas plus à l’est encore, on montre, dans le mur de la caserne, l’emplacement présumé de l'escalier que Jésus monta et descendit plusieurs fois, quand il fut introduit dans le Prétoire, conduit devant