‹ Jérusalem: son histoire, sa description, ses établissements religieuxChapitre 112 sur 179 · LE PRÉTOIRE · texte numérisé non relu

LE PRÉTOIRE

Hérode et flagellé. D’après une autre tradition, qui est reproduite par beaucoup de pèlerins, ce serait à l’endroit où s’élève actuellement la chaussée qui monte à la caserne turque qu'aurait été situé cetescalier. Vénéré sous le nom de Scala Sancta, il est, comme on le sait, depuis très longtemps, à Rome, où 1l avait été transporté en 326, pour y être déposé près de la Basilique de Saint-Jean de Latran. Les vingt-huit marches dont il se compose sont tellement usées par les fidèles qui le montent à genoux, qu’on a dû, pour les préserver d’une destruction complète, les revêtir de planches de noyer. L'une d’entre elles seule est à nu; on croit y distinguer quelques taches de sang.

Devant le palais de Pilate s’étendait une place où se tenait la foule des Juifs qui ne voulaient pas se souiller, la veille de Pâques, en pénétrant dans la demeure d’un païen. Une partie de cette place s'appelait 'en grec Lithostrotos et en hébreu Gabbatha. Le mot Lithostrotos signifie pavé de dalles, et le mot hébreu Gabbatha dérive de la racine gab, qui a le sens de surface plate et dallée et aussi de hauteur et de rondeur : le premier sens me paraît préférable, comme semble l'indiquer le mot grec qui doit en être une pure traduction. Là, s’élevait Le tribunal du procurateur, le &%u«, du haut duquel Pilate rendit sa sentence et condamna Jésus à la mort.

« Pilatus autem, cum audisset hos sermones,adduxit foras Jesum ; et sedit pro tribunali, in loco qui dicitur Lithostrotos, hebraïce autem Gabbatha. » (Saint Jean, Choix 2415)

Une question très importante se présente naturellement ici: c’est celle de l’authenticité du fameux arc de PEcce Homo, du haut duquel Pilate aurait montré le Christ au peuple, en prononçant ces mots célèbres : Voici l'Homme.

Lors de son premier voyage en Palestine, M. de Saulcy s’est exprimé ainsi sur ce monument :

Lo om

« Au verset 14, ch. xx, l’évangéliste saint Jean se sert du mot &ua, pour désigner le lieu sur lequel Île Christ fut conduit la seconde fois par Pilate qui, en le montrant aux Juifs dans l’affreux état où l'avaient mis les tortures qu’il avait déjà endurées, espérait éveiller en eux un mouvement de compassion. Cette tribune se trouvait à l’endroit même nommé Lithostrotos.. Il est possible que l'arc en question, qui appartenait au palais de Pilate, ait effectivement servi de tribune dans les occasions où le gouverneur romain avait à haranguer le peuple. » (Voyage autour de la mer Morte, t. [*, p- 514.)

Le même écrivain, quelques années plus tard, après un nouvel examen de cet édifice, tient un langage tout différent :

« Un peu plus loin, dit-il, je retrouve lare dit de l’£cce Homo; les travaux exécutés pour la construction des Dames de Sion ont dégagé une partie très considérable de ce curieux édifice. C'est bien une porte monumentale, à triple baie, l’une grande par-dessus la rue, et deux plus petites, latérales, avec niche interposée. Tout bien considéré, la construction de cette porte est certainement romaine; mais elle est, à mon avis, bien postérieure à l’époque de la passion de Notre- Seigneur. Je ne puis donc plus y voir un arc du haut duquel le Christ aurait été présenté par Pilate à La populace juive. » (Voyage en Terre Suinte,t. 1, p. 112.)

M. de Vogüé, dans l’un de ses ouvrages, semble ajouter foi à la tradition qui place en cet endroit le lieu où Notre-Seigneur aurait été montré au peuple.

« La première station, dit-il, que l’on rencontre après le Prétoire est l’arc de l'Zcce Homo. Les pieds-droits et le commencement de l’archivolte sont antiques, ainsi que l’a démontré M. de Sauley ; mais toute la partie supérieure de l’arc et la petite construction qui le domine sont modernes, Pour la première fois, nous le trouvons mentionné dans la Citez de Jhérusalem, sous

le nom de Portes Douloureuses, ainsi nommées, parce que Notre-Seigneur sortit par là pour aller du Prétoire au Calvaire. » (Les Eglises de la Terre Sainte, p. 302.)

Peu d'années après, ce même savant a changé, lui aussi, d'opinion relativement à cet arc; du reste, il n'avait pas été aussi explicite que M. de Saulcy dans son affirmation première :

__ « Le seul monument antique que renferme Bézétha.

lisons-nous dans un autre de ses ouvrages, est l'arc connu sous le nom de : Arc de l’Ecce Homo. C'est un arc romain à trois arcades; il offre une assez grande ana-

logie de style ‘avec les monuments appelés Kalybé et élevés en si grand nombre dans le Haouran, pendant les deuxième et troisième siècles après J.-C. Les caractères de la construction et le profil des moulures appartiennent à une époque assez basse. Parmi les voussoirs se trouvent deux pierres taillées dans les ruines d'un monument antérieur et qui portent des fragments d'inscriptions grecques. La forme des lettres et la présence du mot Aurélios indiquent une époque postérieure à la fondation de Ælia Capitolina et abaisse nécessairement l’âge de la construction de Parc. La traditon qui s'attache à cesruines est vraie, en ce sens que, la tour Antonia étant la demeure du procurateur romain, les scènes de la Flagellation et de lEZcce Homo ont dû se passer à proximité de la tour et probablement aux endroits désignés par la tradition. Mais l'arc en lui-même est bien postérieur à la mort du Christ, et n’a pu jouer aucun rôle dans les ‘sanglants épisodes de la Passion. Aussi la pieuse croyance qui place au sommet de l’arcade centrale la douloureuse exposition du Seigneur est-elle relativement très moderne ; on n’en trouve aucune trace dans les pèlerinages antérieurs au seizième siècle. Au quatorzième et au quinzième, on vénérait deux pierres encastrées à la base de l’arc et que la tradition rattachait soit à la scène du jugementde Jésus,

soit au Lithostrotos, soit même au portement de la Croix. » (Le Temple de Jérusalem, p. 125.)

M. de Vogüé cite ensuite un passage curieux emprunté à un pèlerin du quinzième siècle, Georges Lengherrand (1485-1486). Le voici : « Une arcure de pierres qui traverse la rue, laquelle fit faire sainte Hélainne, et au haut y a deux grosses pierres blanches, dont sur l’une estoit Nostre-Seigneur, quand il fut jugé’à mort, et sur l’autre Pilatte, qui le jugea. »

« Pour le pieux mayeur de Mons, ajoute M. de Vogüé, l'arc était du quatrième siècle, et il avait peut-être rai- SON. »

Quant au docteur Sepp, il voit dans ce monument un ancien arc de triomphe, élevé soit par Titus, pour perpétuer la mémoire de la prise de Jérusalem et du temple, soit par Adrien, en souvenir de la dernière extermination, par Sévérus, des Juifs que commandait Barkokeba. (Jérusalem und das heilige Land, t. Ier, p1805)

Serait-ce, au contraire, comme incline à le croire M. de Vogüé, un monument chrétien érigé par sainte Hélène en l’honneur de la passion du Sauveur, qui a dû passer non loin de Ià, pour se rendré au Calvaire?

Quelle que soit l'opinion que lon adopte, et lors même qu'il faudrait définitivement renoncer, comme à une légende relativement récente, à la pieuse croyance que le Messie ait été montré au peuple du haut de cet arc et que de cette plate-forme aient été prononcées les cèlèbres paroles : « Voici l Homme, voici votre Roë»r, il n’en demeure pas moins très vraisemblable que nous sommes là dans le voisinage de lendroit où s’est accompli ce mémorable événement, et il n’en faut pas davantage pour attirer à cet arc la vénération des pèlerins et pour lui communiquer un caractère réellement sacré. |

Au-dessus de l’archivolte de la grande arcade qui domine la rue, on remarque, vers l’ouest, deux ancien-

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