‹ Jérusalem: son histoire, sa description, ses établissements religieuxChapitre 118 sur 179 · PAT · texte numérisé non relu

PAT

Ra en

soit conforme. Ici, c’est tout autre chose : le roc est partagé transversalement, la rupture croise les veines d’une façon étrange et surnaturelle. Je vois donc clairement et démonstrativement que c’est le pur effet d’un miracle que ni l’art, nila nature ne pouvaient produire. C’est pourquoi, je rends grâce à Dieu de m'avoir conduit ici pour contempler ce monument de son merveilleux pouvoir, monument qui met dans un si grand jour la divinité de Jésus-Christ. » (De la religion na-

turelle, t. IL.)

Ce passage et d'autres encore que je pourrais invoquer prouvent combien il faut se garder,en Palestine, de se prononcer trop vite,au nom de la science, contre certaines traditions qui tout d’abord étonnent la raison, car, si un savoir superficiel les tourne parfois en ridicule, un savoir plus profond les admet et est contraint, en s’inclinant devant elles, de leur rendre un solennel hommage.

Entre les deux chapelles du Calvaire s'élève lautel franciscain du Stabat ou de ‘la Compassion de Notre- Dame. C'est là, d'après la tradition, que se tenait la Sainte Vierge, debout au pied de la Croix sur laquelle expirait son divin Fils; c’est là aussi, lorsqu'il en fut descendu, qu’elle Le reçut dans ses bras.

Quant à l'emplacement des croix des deux larrons, il est indiqué par deux dalles noires circulaires placées à droite et à gauche du trou où fut plantée la Croix du Sauveur, à environ deux mètres en arrière, au sud-est et au nord-est.

En redescendant du Calvaire, la procession s’arrèête devant la Pierre de l'Onction. C'est une grande dalle rectangulaire en pierre rougeâtre, ornée à chacun des angles d’un pommeau doré, et qui recouvre l’endroit où Joseph d’Arimathie et Nicodème embaumèrent le corps de Notre- Seigneur, avant de l’ensevelir dans le tombeau. La Pierre de l’Onction appartient en commun aux Latins, aux Grecs, aux Arméniens

et aux Cophtes. De nombreuses lampes suspendues audessus y brülent continuellement.

Enfin, la procession termine le parcours qu’elle vient de faire de la basilique par une dernière station devant l’édicule du Saint Sépulcre. Cet édicule, tel actuellement que l’ont refait les Grecs après l'incendie de 1808, occupe le centre de la grande rotonde. Sa forme est celle d’un oratoire allongé, carré sur le devant à l’orient et pentagone à l’occident. Sa longueur est de 8", 26c et sa plus grande largeur 5",47e. Tout entier bâti en marbre, il est orné extérieurement de 16 pilastres. M Une lourde coupole gréco-russe surmonte la chambre du Sépulcre et a remplacé le gracieux clocheton du M xvi siècle, dû aux restaurations du P. Boniface de Ra- | guse. Le vestibule, appelé Chapelle de l’Ange, est décoré également de pilastres et de colonnettes à Pinté- # rieur. Long de 3”,45c sur une largeur de 2,90, 1l renferme dans sa partie centrale, encastrée dans un cadre de marbre blanc, une partie de la grosse pierre qui avait été roulée devant la chambre sépulcrale pour la clore, et sur laquelle les saintes femmes virent un ange assis, lorsqu'elles vinrent elles-mêmes, le jour de la Résurrection, de grand matin, pour embaumer Jésus. |

De là, par une baie cintrée, basse et étroite, creusée dans le roc, on pénètre dans la chambre sépulcrale. Celle-ci mesure 2",07e de long sur 1",93 de large. Revêtue complètement de marbre blanc, tant à l’extérieur qu à l'intérieur, elle cache sous cette enveloppe artificielle le roc nu qui la constituait auparavant, roc qui a été probablement bien entamé par suite des démo litions et des reconstructions successives que cet édicule a subies, mais qui néanmoins existent encore en partie, comme cela ressort du témoignage formel dun P. Boniface de Raguse, qui répara cet oratoire en 1555, et de celui aussi du P. Trifone Lopez, religieux espagnol, qui vivait encore en 1852, et que j'ai pu consul-

ter lors de mon premier voyage à Jérusalem. Ce véné- rable vieillard, qui avait assisté, en 1808, à l'incendie de la basilique et avait passé un demi-siècle en Palestine, avait vu l’édicule sacré dépouillé de son revêtement de marbre pendant que les Grecs le reconstruisalent, et son affirmation concordait parfaitement avec celle du R. P. Boniface de Raguse, relativement à l’existence d’un noyau considérable de roc sous les plaques de marbre qui le dérobent à nos regards. Le long de la paroi septentrionale de cette petite chambre s'élève, de soixante-dix-sept centimètres au-dessus du sol, le Tombeau du Christ, sorte d’auge rectangulaire, ménagée dans l'épaisseur du roc évidé et dans laquelle le corps de Notre-Seigneur avait été déposé. Elle mesure, avec le revêtement de marbre blanc qui l’enveloppe, deux mètres de long sur quatre-vingt-dix centimètres de large. On s’imagine souvent que la table de marbre qui recouvre ce tombeau repose, non sur un sarcophage vide, mais sur un banc rocheux, espèce de lit funèbre préparé pour recevoir le corps de Joseph d’Arimathie, et qui, par un dessein particulier de la Providence, aurait eu l’honneur inattendu de servir de support à celui de Notre-Seigneur; mais c’est là, à mon avis, une complète erreur. Dans les innombrables nécropoles judaïques que j'ai examinées à travers toute l’étendue de la Palestine, j’ai remarqué que les morts avaient été constamment placés soit dans des fours à cadavres creusés dans les parois latérales des chambres sépulcrales, soit dans des sarcophages immobiles ou auges funéraires attenantes au roc, dans la masse duquel elles avaient été taillées, ce qui est le cas du Tombeau de Notre-Seigneur, soit dans des sarcophages mobiles que l’on disposait sur le sol, ou bien sur des bancs rocheux, plus ou moins élevés. Jamais le corps, en effet, ne devait être à découvert et exposé à tous les regards, étalé sur une sorte de couche funèbre, comme 1l eût été forcément sur un banc. D’ailleurs, l’assertion du

R. P. Boniface de Raguse est des plus nettes sur ce point, ainsi qu’il la consignée dans une lettre célèbre qu'a reproduite le R. P. Quaresmius, et dont j'emprunte le passage suivant à ce savant religieux:

« Cum vero lamina una alabastri ex 1s quibus sepulcrum operiebatur et quas Helena Sancta 1b1 collocaverat, ut super 1is sacrosanctum missæ mysterium celebraretur, necessitate urgente commovenda esset, apparuit nobis apertus locus ille ineffabilis, in quo triduo Filius Hominis requievit, ut plane cœlos apertos videre tune nobis etillis qui nobiscum aderant omnibus videremur. Erat locus sacrosancto Domini Jesu cruore, unguento 1llo, quo ad sepulturam unctus fuerat permixte, tanquam fulgentibus solis radiis undequaque lucens, quem pus gemitibus et spirituali quadam animi lætitia et lacrymis excipientes, et conspeximus et deosculati sumus... In medio sacrosancti loci lignum reperimus collocatum ac sudario pretioso involutum, quod cum in manu reverenter suscepissemus deoscula- M tique fuissemus, ubi primum illud aëri expositum est, # inter manus nostras sudarium in nihilum abüt, nonnul- «M lis aureis filis ex 1llo solum manentibus. » (Ælucidatio | TerræwSanciæ le Nch?xur.) |

De ce passage, il résulte de la manière la plus expresse qu’aussitôt que le R. P. Boniface de Raguse eut enlevé l’une des plaques d’albâtre qui recouvraient le Tombeau du Sauveur et que sainte Hélène avait placées dessus, pour qu’on püt y célébrer la messe, il vit l’in-# térieur du lieu ineffable dans lequel (in quo), et non sur lequel (super quem), le Fils de l’homme avait reposé pendant trois jours. De tous côtés, des traces de sang et de parfums y frappèrent ses regards, et au milieu élait un morceau de la Vraie Croix enveloppé dans un tissu précieux qui s’anéantit, en quelque sorte, dès qu’il fut soumis à l’air et à la lumière, en ne laissant plus entre les mains du pieux religieux qui le saisissait et le baisait avec respect, qu’un petit nombre de fils d’or.

Les Pères Franciscains ont seuls le droit de célébrer chaque jour deux messes basses au Saint-Sépulcre et d’en chanter une. Les Grecs et les Arméniens non unis ne peuvent y faire qu’un office.

En face du saint édicule, vers l’est, est la grande chapelle des Grecs, qui en est séparée par uné grille surmontée d’une vaste arcade; c’était, au Moyen âge, le chœur des chanoines latins du Saint-Sépulcre. De même que la rotonde, elle est couronnée par une belle coupole, aujourd’hui très endommagée, ainsi que les peintures intérieures qui la décoraient. À peu de distance de l'entrée, vers l’ouest, on observe dans le pavé une rosace incrustée au milieu de laquelle un hémisphère indique le prétendu centre du monde. Cette ancienne tradition s’appuie sur le texte, interprété trop à la lettre, du verset suivant :

« Deus autem rex noster ante sæcula ; operatus est salutem in medio terræ. » (Ps. LXXIIT, v. 12.)

« Dieu, notre roi, est avant tous les siècles ; 1l a opéré notre salut au milieu de la terre. »

À droite et à gauche. des stalles sont disposées pour les principaux dignitaires du clergé grec ; deux trônes qui se répondent sont réservés, l’un au patriarche, l’autre à un évêque. Au delà, on remarque les riches tableaux byzantins de l’Iconostase et derrière, au centre de l’abside, s’élève le maître-autel. Au fond est un trône où siège le Patriarche. Cette chapelle, qui forme la grande nef de la basilique, est environnée de murs qui la séparent des autres nefs latérales, ce qui ôte à l’édifice une grande partie de sa beauté.

À l’ouest du Saint Sépulcre, et adhérente à l’édicule sacré, est la chapelle des Cophtes, qui contraste par son extrême pauvreté avec les chapelles plus ornées des autres rites. À une très faible distance de là, vers le nord-ouest, on traverse une chapelle appartenant aux Syriens pour entrer dans le caveau sépulcral de Joseph d’Arimathie, dont j'ai déjà parlé ailleurs.

En signalant les différentes stations du Chemin de la Croix à Jérusalem, j'ai dit que les cinq dernières étaient renfermées dans la basilique du Saint-Sépulcre.

L'emplacement de la dixième station, où Jésus fut dépouillé de ses vêtements, est indiqué par une rosace encastrée dans Le pavé, à quatre mètres à l’est du dernier degré de l’escalier qui conduit de la porte d'entrée de la basilique au Calvaire.

À deux mètres plus à l’est, devant l’autel du Crucifiement, un carré en mosaïque dans le pavé marque la onzième station, où Jésus fut cloué à la Croix.

La douzième station, où Jésus mourut sur la Croix, a pour point de repère naturel l'ouverture placée sous l’autel des Grecs non-unis et où fut plantée la Croix du Sauveur.

La treizième station, où Jésus fut descendu de la Croix, se fait devant l’autel du Sfabat, appartenant aux Fran- Ciscains.

Enfin, le saint édicule est le but où se dirigent les fidèles pour accomplir la quatorzième et dernière station, où Jésus fut mis dans le tombeau. |;

Que dire maintenant des pensées qui se pressent dans l'esprit et des sentiments qui surabondent dans le cœur, lorsqu'on évoque en soi-même, en parcourant cette basilique, tous les grands événements dont ce lieu a été le témoin, surtout si l’on a le bonheur, comme je lai eu plusieurs fois, d'y pouvoir passer la nuit! Alors, en effet, le profond silence qui règne dans les nefs désertes de la basilique et les grandes ombres qui enveloppent le monument et qui ne sont un peu dissipées, de distance en distance, que par les nombreuses lampes qui brûlent, sans jamais s’éteindre, devant chaque oratoire, enlèvent l’âme à elle-même et l’absorbent tout entière dans une muette contemplation, que ne distrait plus, comme pendant le jour, la foule qui assiège lédifice sacré. Dans de pareils moments, tout contribue à plonger l'imagination dans l’une de ces rêveries médi-

Page 1