‹ Jérusalem: son histoire, sa description, ses établissements religieuxChapitre 120 sur 179 · AUTRES BASILIQUES ANCIENNES DE JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

AUTRES BASILIQUES ANCIENNES DE JÉRUSALEM

Parmi les autres basiliques bâties par Constantin à Jérusalem, il faut citer celle qui recouvrait, sur le sommet de la montagne des Oliviers, l'endroit où Notre- Seigneur était monté au ciel quarante jours après sa Résurrection.

La montagne ainsi appelée s'élève à l’est de la Cité Sainte, dont la sépare la vallée du Cédron ou de Josaphat. Les pentes en sont encore çà et là parsemées d’oliviers. Le Messie avait souvent l’habitude de les gravir avec ses disciples pour se retirer le soir à Béthanie dans la maison de Lazare. Au pied occidental de cette montagne, sont le Jardin de Gethsémani et la grotte de PAgonie, témoins de ses mortelles angoisses et de son arrestation. Plus haut, à mi-côte, on montre l’endroit d’où 1l aurait pleuré, le jour des Rameaux, sur la cité qui l’acclamait avec enthousiasme et qui, bientôt après, devait être déïcide et appeler sa mort à grands cris. Plus haut encore, on rencontre le lieu où les douze apôtres auraient composéle Credo, et nonloin de là, celui où le Christ leur aurait enseigné à euxmêmes la prière du Pater Noster. Ces trois endroits ontété jadis consacrés par des sanctuaires dont les deux derniers ont été relevés en partie de nos jours, comme nous le verrons plus tard, grâce à la munificence de Mn la Princesse de la Tour d'Auvergne. Enfin, nous par-

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venons sur le sommet central de la montagne, car elle en à trois principaux : le sommet, dit Viri Galilæi, au nord; le sommet de l’Ascension, au milieu, et le sommet du Scandale, au sud. Arrêtons-nous un instant sur la cime intermédiaire. Là, est un village arabe, peuplé de musulmans, et connu sous le nom Kefr-Zitoun (village des Oliviers). Il est dominé par le minaret d’une petite mosquée qui a succédé à l’ancienne basilique de lPAscension. De la plate-forme supérieure de ce minaret le panorama est incomparable. A l’ouest, la vue plonge sur Jérusalem, dont on embrasse, au delà de la vallée de Josaphat, l'enceinte tout entière. Si on la connaît déjà, on en a devant soi comme une sorte de plan en relief vivant et animé, qui permet de relier etde réunir par un même coup d'œil toutes les parties de la ville que l’on a étudiées séparément et en détail.

Si on ne la connaît pas encore, ce premier regard que l’on jette sur elle vous en fait saisir tout de Lite la configuration générale; vous distinguez les artères principales qui sillonnent le réseau assez compliqué de ses rues et de ses ruelles et la position respective de ses divers édifices, soit sacrés, soit profanes. Vers l’est, on aperçoit au delà de la profonde vallée où serpente le Jourdain, les montagnes d’Ammon etdeMoab et un coin de la mer Morte, encadrée entre d'immenses murailles rocheuses. Au sud, le couvent de Saint-Élie et la hauteur conique d Hérodiumn atürentparticulièrement l'attention. Au nord enfin, les montagnes de la tribu d'Éphraïm dessinent leurs formes diverses.

L'horizon est plus vaste encore, si lon monte sur le sommet d’une haute tour voisine que les Russes viennent de bâtir à quelque distance du village.

Tel est Pendroit que Ncelre-Seigneur a choisi, il y a bientôt dix-neuf siècles, pour y terminer sa mission terrestre, ens’élevant de là vers le ciel, au milieu d’une nuée lumineuse qui le déroba bientôt aux yeux de ses disciples affligés et éblouis tout à la fois. Un passage des

Actes des Apôtres fixe, en effet, sur le mont des Oliviers et à la distance d’une mesure sabbatique, c’est-àdire de deux mille coudées hébraïques ou d’un mille, le lieu d’où les Apôtres, après avoir été témoins de PAscension du Christ, se disposèrent à revenir à Jérusalem.

. © Tunc reversi sunt Jerosolymam a monte qui vocatur Oliveti, qui est juxta Jerusalem, sabbati habens iter. » (Acles des Apôtres, ch. 1, v. 12.)

Cette indication très formelle de l’auteur des Actes des Apôtres, c’est-à-dire de saint Luc, nous montre que, lorsque ce même écrivain nous dit, dans son Évangile (ch. xxiv, v. 50-51), que Jésus conduisit ses apôtres jusqu'à Béthanie et qu’ensuite, après les avoir bénis, il s’éleva au ciel devant eux, il faut admettre implicitement, ce que le texte sacré n’exprime point, qu'il les ramena d’abord de Béthanie au sommet du mont des Oliviers, Béthanie étant à deux milles de Jérusalem, et. par conséquent, à la distance de deux mesures sabbatiques et non pas seulement d’une, comme le marquent les Actes des Apôtres.

Peut-être aussi est-il permis de supposer que le territoire de Béthanie commençait au sommet même de la montagne des Oliviers, dont ce village possédait sans doute le versant oriental, et ainsi les deux passages de saint Luc, relatifs au lieu de l’Ascension de Notre-Seigneur, s’accorderaient parfaitement entre eux. En nous disant que Notre-Seigneur conduisit ses apôtres jusqu’à Béthanie, saint Luc voudrait dire seulement qu’il Les mena jusqu'au territoire dépendant de Béthanie, la pente orientale du mont des Oliviers au bas duquel, vers l’est, était situé ce village, pouvant fort bien être cultivée par les gens de cette bourgade.

Toujours est-il que la tradition unanime des premiers siècles de l'Eglise place sur le sommet qui nous occupe en ce moment la scène de l’Ascension. et Constantin, en y élevant une basilique en l'honneur du Christ re-

monté au ciel, ne faisait que consacrer, par un monument, la croyance de tous Les chrétiens.

Nous lisons à ce sujet dans Eusèbe :

« L’empereur avait choisi particulièrement trois localités illustrées par trois grottes mystiques, et embelli chacune d’elles par la construction de grands et splendides édifices. Dans l’une de ces grottes, il honorait, selon son importance, la première apparition du Christ en ce monde. Dans une autre, il rappelait la dernière manifestation du Seigneur. son Ascension aux cieux, du sommet de la HOT Enfin, dans la troisième, qui üent le milieu entre les deux autres, il célébrait les combats du Seigneur et sa victoire pour le salut du monde. » (Éloge de Constantin, ch. 1x.)

Il est question de la basilique de l’Ascension dans le Pélerin de Bordeaux. l'an 333 de notre ère.

« Inde ascendis in montem Oliveti, ubi Dominus ante Passionem discipulos docuit. Ibi facta est, jussu Constantini, basilica miræ pulchritudinis. »

Nous n'avons aucun détail précis sur la basilique Constantinienne du mont des Oliviers, nous savons seulement, d’après les témoignages d’Eusèbe et du Pelerin de Bordeaux, qu’elle était magnifique.

Un passage de saint Jérôme nous apprend qu’elle était de forme ronde, et que l’endroit où se trouvaient les vestiges sacrés que Notre-Seigneur avait laissés imprimés sur le sol, avant de s’élever au ciel, n’avaient jamais pu être fermés par une voûte.

« Mons Oliveti ad orientem Hierosolymæ, torrente Cedron interfluente, ubi ultima Domini vestigia humo impressa hodieque monstrantur. Cumque terra eadem quotidie a credentibus hauriatur, nihilominus tamen eadem sancta vestigia pristinum statum continuo recipiunt. Denique, cum ecclesia , in cujus medio sunt rotundo schemate et pulcherrimo opere conderetur, summum tantum cacumen,ut perhibent, propter Domini corporis meatum nullo modo contegi et concamerari

potuit, sed transitus ejus a terra ad cœlum usque patet apertus. » (Liber nominum locorum ex Actis, au mot Mons Olivelr.)

La basilique de Constantin ayant été détruite, en 614, par les Persans, fut relevée de ses ruines, au vue siècle, par le moine Modeste, auquel on doit également lareconstruction de la basilique du Saint-Sépulcre. Nous avons des renseignements beaucoup plus complets sur cette seconde basilique dansl’Z{inéraire d’'Arculphe, qui voyageait en Palestine vers l’an 670, et M. de Vogüé a essayé, d’après cette description, den donner un plan restitué dans ses Eglises de la Terre Sainte.

Cette deuxième basilique, de forme ronde, comme la première, ayant elle-même été renversée par l’ordre du féroce Hakem, fut plus tard reconstruite par les croisés, et ce sont les ruines de cette dernière église qui couvrent encore en ce moment la cime centrale du mont des Oliviers.

L'édifice, tel que les Latins le rebâtirent, avait la

forme d’un octogone régulier, comme l’indiquent les bases des piliers d'angle qui sont encoreen place. Il mesurait en dedans trentre-quatre mètres de diamètre. Un portique intérieur soutenu sur des colonnes supportait un tambour circulaire, et le sommet du toit avait été laissé ouvert comme dans les deux basiliques précédentes. Un couvent attenant à l’église était desservi par un abbé et des chanoines de l’ordre de Saint-Augustin, qui avaient remplacé, mais longtemps après, sur la même montagne, les religieux Bénédictins envoyés par Charlemagne, qui s'étaient d'abord établis sur ce point.

Cette troisième basilique fut à son tour démolie par les musulmans, quand ils furent redevenus maîtres de la Cité Sainte ; néanmoins, ils laissèrent subsister, au centre de l'édifice, lédicule octogonal qui renfermait les vestiges des pieds de Notre-Seigneur. Cet édicule, qui était primitivement à jouret formait un portique ou-

vert, fut muré par eux et transformé en unpetit oratoire musulman, au milieu duquelils ont respecté la pierre qui garde encoreles vestiges, aujourd’hui très dégradés, d’un pied qui passe pour être le piedgauche de Notre-Seigneur. L’empreinte du pied droit a disparu, soit qu’elle a été détruite, soit qu’elle ait été emportée ailleurs. À quelque distance au sud-ouest des ruines de l’église de l’Ascension est une grotte vénérée à la fois par les Juifs, par les chrétiens et par les musulmans qui en sont aujourd'hui les maîtres et qui l’ont changée en mosquée. On y descend par un escalier de quinze marches. Un tombeau, actuellement vide, y serait, d’après les Juifs, celui de la prophétesse Khoulda. D’après les chrétiens, au contraire, 1} aurait renfermé la dépouille de sainte Pélagie, cette fameuse comédienne d’Antioche, si célèbre au x1° siècle, par sa beauté et par ses désordres, qui serait venue ensuite expier dans cette grotte, par une dure et longue pénitence, les égarements de sa vie passée et y aurait été ensevelie après sa mort. Les musulmans, de leur côté, la regardent comme une de leurs saintes, à laquelle ils donnent le nom de Sitna Rabba. |

Au pied occidental dela montagne des Oliviers, dans * la vallée même de Josaphat et non loin de la grotte de l’Agonie s'élève, ou plutôt s'enfonce dans le solune au- « tre basilique attribuée à Constantin et appelée basilique de Assompüon.Sielle n’a point étéfondée par cetempereur, à la demande de sa pieuse mère, elle date du moins d’une époque assez rapprochée dela sienne; car, dès la fin du quatrième siècle ou dès le commencement du cinquième, elle recouvrait déjà le tombeau creusé dans le roc qui avait reçu pendant quelques jours la dépouille mortelle de la Sainte Vierge avant saglorieuse Assomption au ciel. De même que son divin Fils avait été dé-« posé dans un sépulcre neuf qu'aucun corps humain n'avait encore souillé, ainsi elle dut être, elle aussi, après sa mort, placée dans un sépulcre vierge de toute

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