LA BASILIQUE DE L'ASSOMPTION
Terre Sainte, p. 103) prétend que cette ouverture murée est une ancienne porte par où l’on montait à l'église supérieure, décrite par Arculphe, vers la fin du vu siècle.
Dans le mur de gauche, un peu plus bas, un autre autél est dédié à saint Joseph, et, d’après la tradition, le saint Époux de Marie et saint Siméon auraient été enterrés en cet endroit.
Quand on a achevé de descendre cet escalier, qui ne
reçoit maintenant quelque lumière que par la porte
d'entrée, et que couronnent des voûtes ogivales qui semblent accuser l’époque des croisades, on parvient à la basilique proprement dite qui forme une croix latine d'environ trente mètres de long, de l’ouest à l’est, sur huit de large. Voütée en berceau et terminée à chacune de ses extrémités par une abside demi-circulaire, elle doit être d’une époque plus ancienne que l'escalier dont je viens de parler. Au nord, dans le prolongement de cet escalier, un autre de dix-huit marches conduit à un souterrain voûté qui sert maintenant de magasin. Du côté de l’ouest, qui est le bras gauche de la croix, se trouve, près d’une citerne, un pauvre autel appartenant aux Cophtes. En s’avançant de Ià vers l’abside orientale, on rencontre deux autres autels, l’un grec, l’autre arménien, qui sont très richement ornés de tableaux, de vierges d’argent et de candélabres. Derrière ces deux autels est l’édicule sacré qui renferme le Tombeau de la Sainte Vierge. C’est un petit monument, à peu près carré, que surmonte une humble coupole, et que recouvrent d’épaisses tapisseries. Il forme intérieurement un oratoire, et un autel y cache le Saint Tombeau. De nombreuses lampes, suspendues à la voûte, répandent une vive clarté dans cet ancien asile de la mort où a dormi quelques jours seulement, d’un
court sommeil, Celle qui, ayant donné la vie à un Dieu
et étant elle-même plus pure qu’un ange, ne pouvait que traverser, sans Se corrompre, les horreurs du sé-
pulcre, avant de monter triomphalement au ciel.
Chose singulière, toutes les communautés chrétiennes ont le droit d’officier dans la basilique de PAssomption. Les musulmans eux-mêmes y ont un mihrab, près duquel ils viennent prier. Les Latins seuls, qui en étaient autrefois les uniques possesseurs, n’ont plus la permission d'y célébrer aucun office depuis 1757, bien que, dans cette même année, M. le comte de Vergennes, alors ambassadeur de France auprès de la Sublime Porte, ait obtenu un firman qui assurait aux Franciscains la propriété du Tombeau de la Vierge. |
Une quatrième basilique mérite de ma partune mention toute spéciale, c’est celle de Sainte-Anne; elle avoisine le Birket-Israïl, dont j’ai parlé plus haut, et elle a été bâtie sur l'emplacement d’une ancienne maison, en partie construite et en partie creusée dans le roc, avant appartenu jadis à saint Joachim et à sainte Anne. Ce serait dans cette pauvre demeure que, d’après une tradition dont on peut suivre la trace jusqu'aux premiers siècles de l’ère chrétienne, serait née la Reine des anges et des hommes, et, qui plus est, la Mère du Messie : du moins. cette tradition est universellement et unanimement répandue dans toute lÉgl-* Orientale, et celle de Jérusalem, en particulier, revendique, comme lun des honneurs les plus grands de cette ville et en même temps des plus justifiés par d'innombrables témoignages, celui d’avoir été le berceau de la Sainte Vierge. Cette tradition a été mise en pleine lumière, au xvir-siècle, par le docte Quaresmius (ÆZlucidalio Terræ Sanclæ, t. II, p. 103 et suivantes), et il y a peu d’années par le R. P. Bassi, dans son ouvrage intitulé : ?’Antica Chiesa di Sant-Anna in Gerusalemme. Plus récemment encore, Mer Lavigerie, reprenant le même sujet, l’a supérieurement traité dans une éloquente brochure qui a pour titre : Sainte-Anne de Jérusalem et Sainte-Anne d'Auray. Dans ce dernier écrit, cet éminent prélat accumule preuves sur preuves, témoignages sur témoi-
gnages, pour réfuter l'opinion de Mg Mislin qui, dans son ouvrage des Saints Lieux, avait essayé de montrer que la Sainte Vierge, au contraire, était née à Nazareth, dans la maison qui, plus tard, fut transportée miraculeusement à Lorette. La petite habitation que saint Joachim et sainte Anne possédaient à Jérusalem était, à l’époque de Notre-Seigneur, en dehors de la ville et dans le voisinage de la piscine Probatique, comme le prouvent les divers auteurs cités par Ms Lavigerie. Cest là que les augustes parents de la Sainte Vierge ont passé les dernières années de leur vie, là qu’ils ont eu le bonheur de mettre au jour l'enfant privilégiée qui devait éclipser toutes les autres créatures par sa pureté angélique et par sa divine maternité; c’est de là qu'ils la portèrent au Temple pour la consacrer au Seigneur; C’est là aussi qu'ils rendirent leur dernier soupir. De là, ils furent transportés, après leur mort, et ensevelis dans la vallée de Josaphat, non loin du tombeau que devait plus tard occuper un instant la Sainte Vierge elle-même. Là, enfin, dans la suite, leurs saintes reliques furent ramenées du fond de la vallée de Josaphat, et, dès lors, l’église qui s’élevait au-dessus de cette maison prit le nom dé Sainte-Anne; auparavant, elle portait celui de Sainte-Marie de la Nativité. Quelques critiques objecteront peut-être que la maison de saint Joachim et de sainte Anne dut être détruite lorsque Titus donna l’assaut au Temple, près duquel elle était située, au pied du mont Bézétha. Mais Me Lavigerie répond victorieusement à cette objection, en disant que, si les murs extérieurs et la portion bâtie de la maison de sainte Anne furent probablement renversés, les chambres creusées dans le roc ont dû, comme l'enseigne la tradition de Jérusalem, être conservées à la vénération des chrétiens ; ilen est de même des deux piscines qui l’avoisinaient, l’une, la piscine Béthesda, et l’autre, la piscine Probatique, et qui ont échappé, toutes deux, par leur nature même, à un pareil désastre.
La première, aux trois quarts comblée et cachée sous le : sol, aété en partie retrouvée de nos jours par M. Mauss, et l’autre n’est autre chose que le grand Birket-Israïl, signalé depuis longtemps es tous les voyageurs.
Dès les premiers âges de l’Église, les Lieux Saints furent vénérés à Jérusalem non seulement par les chrétiens indigènes, Juifs convertis à la foi nouvelle, mais encore par une foule de pèlerins accourus de tous les points du monde pour venir prier sur les endroits qu'avait sanctifiés la présence de Notre-Seigneur ou de sa Sainte Mère, et ce mouvement de pèlerinage commenca dès l’Ascension de Jésus-Christ, comme l’affirme saint Jérôme :
Longum est nunc ab Ascensu Domini usque ad præsentem diem per singulas ætates currere qui episcoporum, qui martyrum, qui eloquentium in doctrina virorum venerint Jerosolymam, putantes minus se religionis, minus habere scientiæ, nec summam, ut dicitur, manum accepisse virtutum, nisi in 1llis Christum adorassent locis, de quibus primum Evangelium de pati- Us coruscaverat. » (Lettre XL VII, $ ÿ. )
11 serait long, maintenant, en Spor tous les Na depuis l'Ascension du Seigneur jusqu’à nos jours, de énumérer les évêques, les martyrs, les orateurs éloquents dans la doctrine de l’Église qui sont venus à Jérusalem, dans la pensée qu’il leur manquerait quelque chose en piété et en science et qu'ils n’auraient pas reçu, comme on dit, la plénitude de la vertu, s'ils n’allaient point adorer le Christ dans les lieux mêmes d’où la lumière de l'Évangile avait commencé à briller sur le monde du haut de la Croix. »
Nul doute que la maison de sainte Anne. ou, du moins, les chambres pratiquées dans le roc qui en subsistaient, n'aient été également entourées dès lors d’une vénéralion particulière, et quand la paix eut.été rendue à l'Eglise et que sainte Hélène, malgré sa vieillesse avancée, fut elle-mème arrivée en Palestine pour y
ériger des temples magnifiques sur les lieux qui avaient été témoins des principaux mystères de notre foi, il est permis de supposer que la maison d'Anne qui avait été la demeure natale de la Sainte Vierge ne fut point oubliée dans ses pieuses fondations, car on sait que cette princesse, indépendamment des grandes basiliques qui lui sont attribuées nominativement, en fonda encore ou, du moins, donna l’ordre d’en bâtir beaucoup d’autres. |
Nicéphore Calliste en fait monter le nombre à plus de trente. (Histoire ecclésiastique, 1. VIIT, ch. xxx.) Le pèlerin Théodosius signale, le premier, vers l’an 530, une église consacrée à la Sainte Vierge, près de la piseine Probatique :
« Juxta piscinam Probaticam, ubi se lavabant infirmi et sanabantur, est ecclesia Beatæ Virginis. »
Quarante ans plus tard, la même église est mentionnée par Antonin de Plaisance, qui ajoute qu’elle avait été bâtie dans l’un des cinq portiques de la piscine Probatique.
« Revertentes in civitatem, venimus ad piscinam natatoriam quæ quinque porticus habet, et in una earum est basilica Sanctæ Mariæ, in qua multæ fiunt virtutes, »
Or, comme l’observe très justement Ms Lavigerie, la basilique dont il est ici question était déjà ancienne à cette époque, car on appela Sainte-Marie-la-Neuve celle que Justinien fit élever en 529 sur le mont Moriah. à l'endroit où la Sainte Vierge avait été présentée au Temple et offerte au Seigneur, pour la distinguer de Sainte-Marie de la Nativité, qui existait par conséquent avant elle. Quelques débris de cette basilique primitive ont été exhumés par M. Mauss, dans les déblayements que cet architecte à exécutés à Sainte-Anne, et parmi ces débris se trouvait un pied de marbre blanc destiné à être suspendu dans le sanctuaire, comme une espèce d'ex-voto, pour une guérison miraculeuse, avec l'inscription grecque suivante :
OMIIHIA AOYKIA ANEOHKEN « Pompeia Lucia a consacré. »
Détruite sans doute pendant l'invasion de Chosroès, en 614, la basilique de Sainte-Marie de la Nativité, qui devait probablement sa fondation,.soit à sainte Hélène, soit à l’impératrice Eudoxie, ne tarda pas à être rebètie, lors des restaurations entreprises par Modeste ; car elle est citée comme debout par saint Sophrone, successeur de ce moine illustre sur le siège patriarcal de Jérusalem. Un couvent de religieuses y était attenant, au moins au commencement du 1ix° siècle, comme cela résulte du Commemoratorium de Casis Dei, rédigé vers l’an 810, et qui, d’après son contenu, ne peut se rapporter qu’à la distribution des quêtes ordonnées par Charlemagne pour les sanctuaires et les monastères de la Palestine. Nous y lisons :
« In Sancta Maria, ubi nata fuit in Probatica, clerici V, inclusæ Deo sacratæ XXV. »
« À Sainte-Marie, où la Vierge est née dans la Probatique, clercs V, recluses consacrées à Dieu, XXV. »
Lorsque les croisés, en 1099, s’emparèrent de Jérusalem, ilstrouvèrent cette église convertie en mosquée, ce qui l’avait sauvée de la ruine.
L'higoumène russe Daniel, qui visita la Ville Sainte en 1113, parle en ces termes de ce sanctuaire :
« Une grande église consacrée à la mémoire de Joachim et d'Anne est bâtie en cet endroit. On y voit une petite caverne creusée dans le roc; elle est placée sous l’autel. C’est là que se trouve le sépulcre de saint Joachim et de sainte Anne. » (Voyage en Terre Sainte, traduction d'Abraham de Noroff, p. 30.)
Quand l’église de Sainte-Anne eut été rendue au culte chrétien par les croisés, ceux-ci y établirent des religieuses de Saint-Benoît. Elles étaient d'abord pauvres et en petit nombre ; mais en 1104, le roi Baudouin I®r, ayant répudié son épouse, la reine Arda, la força d’entrer dans ce monastère, qui fut alors enrichi par ses
libéralités. Plus tard, en 1130, la princesse Judith, fille de Baudouin II, y prit également le voile et y resta jusqu’à l'achèvement du couvent de Béthanie qu'avait fondé pour elle la reine Mélisende, sa sœur. C’est à cette époque, sans doute, que l’église de Sainte-Anne fut, non pas rebâtie de fond en comble, mais seulement agrandie, réparée et ornée de peintures par les Latins ; le monastère, au contraire fut, selontoute vraisemblance, complètement reconstruit par eux. L'église actuelle est donc à la fois byzantine et romano-ogivale. On peut en lire la description détaillée dans M. de Vogüé. (Les Églises de Terre Sainte, p. 233 et suivantes.)
Longue de 36" sur 21 'de large, elle forme un beau rectangle terminé à l’est par trois absides. Elle est divisée en dedans en trois nefs aboutissant à un transept que couronne, dans sa partie centrale, une coupole byzantine sur pendentifs; celle-ci, qu’éclairent six fenêtres ogivales, est supportée par quatre grands ares qui reposent eux-mêmes sur quatre gros piliers. La principale porte d'entrée est située à l'ouest et participe à la fois de l’art arabe et de l’art roman, comme le prouvent les sculptures dont elle est décorée, ainsi que la grande fenêtre qui la surmonte. Dans le‘ tympan de cette porte a été gravée, en 1192, une inscription arabe, indiquant que cet édifice fut tranformé à cette époque en médréseh, ou école musulmane, par Saladin.
Sans suivre les destinées de ce monument de siècle en siècle, je dirai seulement qu’à la suite de la guerre de Crimée, après de longues négociations qui font beaucoup d'honneur à M. de Barrère, alors consul général de France à Jérusalem, il fut accordé à la France par le sultan Abdul-Medjid. La restauration en fut confiée à un architecte français fort habile, M. Mauss, qui, en lui conservant fidèlement son cachet gréco-latin et ses décorations arabo-chrétiennes, lui a rendu une sorte de jeunesse nouvelle et une beauté queles outrages du temps et des hommes lui avaient enlevée. En même temps, il
a laissé à la crypte sa forme et ses compartiments traditionnels. Dans la neflatérale du sud, 1la fait construire un grand et bel escalier en pierre, avec balustrade, qui conduit à cette crypte ; celle-ci, qui formait jadis l’ancienne maison de saint Joachim et de sainte Anne ou, du moins, la portion de cette maison qui avait été creusée dans le roc, s’étend sous une partie de cette nef, de la nef principale, du chœur et jusque sous le maîtreautel. Commele rocher qui la compose est un peu fria- : ble et a été souvent gratté par les innombrables visiteurs qui, depuis les temps les plus reculés, ont cherché par piété à en détacher des fragments. M. Mauss, en réparant cette crypte, s’est efforcé de laisser le roc apparent, partout où il la pu; dans d’autres endroits, il a été contraint de recourir à de la maçonnerie, pour soutenir les voûtes ou égaliser les parois. On y remarque deux chapelles, ou plutôt deux autels, l’un consacré à l’Immaculée Conception, l’autre à la Nativité de la Sainte Vierge. Ces autels, auxquels on accède par deux vestibules différents, attendent encore des ornements qui leur manquent totalement. De là, un corridor étroit mène à une ancienne citerne, où le roc est partout apparent et qui, dans sa pertie supérieure, est percée de deux regards, actuellement bouchés. L’un de ces regards, fermé par des dalles plates, se trouve précisément situé sous le maître-autel de l’église. Aussi quelques auteurs considèrent-ils cet endroit comme ayant été primitivement le lieu du tombeau de saint Joachim et de saint Anne, quand leurs reliques furent transportées, longtemps après leur mort, du fond de la vallée de Josaphat près de la demeure où ils avaient habité pendant leur vie.
Tel est le sanctuaire dont la France, en 1878, a confié la garde à la Société des Missionnaires d’Alger. Ms Lavigerie s’est empressé alors d'envoyer son premier vicaire général, M. l'abbé Gillard, de si regreitable mémoire, pour en prendre possession. Un mois
après, cet éminent prélat allait lui-même s’y prosterner et y installer plusieurs de ses religieux. Je dirai quelques mots plus tard de la mission qu’ils remplissent à Jérusalem. Pour le moment, je me contente de dire qu'ils possèdent un des plus vénérables sanctuaires de la Ville Sainte. Il est, en effet, comme embaumé des augustes souvenirs de saint Joachim, de sainte Anne et surtout de leur incomparable fille, qui, d'après la tradition la plus répandue, y aurait été conçue et y serait née. |
Le Souverain Pontife Léon XIIT à, par le rescrit suivant de la Sacrée Congrégation des Rites, du 26 août 1880, confirmé cette tradition d’une manière éclatante :
« Au nombre, y est-il dit, desplus célèbres sanctuaires de Jérusalem et de la Terre Sainte, il faut placer, à juste titre, l'antique église consacrée à Dieu en l’honneur de sainte Anne, mère de la Très Sainte Vierge. C'est là, comme le rapporte une constante tradition, confirmée principalement par le témoignage de saint Jean Damascène et de saint Sophrone, patriarche de Jérusalem, ques’éleva la maison où fut conçue et naquit la bienheureuse Vierge Marie elle-même. »
Voici Le texte latin de cet important rescrit :
« Inter sanctuaria Hierosolymorum et Terræ Sanctæ, merito accensendum est templum vetusti operis Deo in honorem sanctæ Annæ, matris Deiparæ Virginis, dicatum ; ubi exstitit, uti constans traditio fert, testimonio præsertim sancti Joannis Damasceni et sancti Sophronii patriarchæ Hierosolymitani suffulta, domus in qua concepta fuit ac nata beatissima ipsa Virgo Maria. »
L'impératriee Eudoxie, à laquelle quelques auteurs altribuent la fondation de la basilique de Sainte-Anne, en fonda pareillement une seconde à Jérusalem en l’hon neur de saint Étienne. Le martyre de ce saint diacre est raconté dans le Livre des Acles (ch. vi, vu et vin).
Parmi les paroles consacrées à l'office de ce sant par la liturgie de l’Église se trouvent celles-ci : « Lapides torrentis 1lli dulces fuerunt ; » d’où quelques critiques se sont crus autorisés à à placer le lieu du martyre du saint près du torrent de Cédron; mais, comme le remarque très judicieusement Le R. P. Toulotte dans un savant article sur la basilique dont il s’agit en ce moment, et auquel j’emprunte, en les résumant, les documents qui suivent, il està observer que la porte de Damas est située dans une véritable ravine. Là, en effet, commence la vallée du Tyropæon, qui débouche ensuite dans celle de Josaphat ou du Cédron, non loin de la piscine de Siloé.
Une lettre de Lucien, prêtre d’Antioche, qui vivait sous le règne d’ Honorius (395-423). nous apprend qu Etienne fut “lapidé à Jérusalem parles Juifs et les princes des prêtres, pour sa foi au Christ, hors la porte qui est au nord et qui va à Cédar.
« Lapidatus est Stephanus a Judæis et principibus + sacerdotum in Jerusalem pro Christi fide, extra por- € tam quæ est ad aquilonem, quæ ducit ad Cedar. »
La porte de la ville, en dehors de laqueile saint Étienne fut lapidé, ne peut, d’après ce passage, ètre autre que celle de Damas ; elle conduit, en effet, à Damas. et le pays de Cédar a toujours été considéré comme se trouvantau-dessus de Panéas, un peu à droite, sur cette même route.
Lucien ajoute que le docteur juif Gamaliel engagea plusieurs chrétiens de Jérusalem d'emmener à ses frais etsur son char le corps d’Étienne à sa villa de Caphar- Gamala, à vingt milles de la ville.
Vers l’année 415, la dépouille sacrée du proto-martyr fut rapportée de Caphar- Gamala à Jérusalem et placée dans un oratoire,à gauche del’église principale dumont Sion. En 450, suivant les uns, et 455 suivant d’autres, furent commencés les travaux de la basilique que l’impératrice Eudoxie éleva à Jérusalem, à la mémoire
de saint Étienne, près du lieu où il avait été lapidé.
Nous lisons à ce sujet dans Évagre, historien du v° siècle (Histoire ecclésiastique, 1, 22) :
« Eudoxie, épouse de Théodose IT, étant venue à Jé- « rusalem, y fit construire un temple remarquable par « sa splendeur et sa beauté, à la mémoire de saint « Étienne, premier diacre et martyr. Ce temple n’est « pas même à un stade de distance de Jérusalem. C’est « dans ce même temple qu'après sa mort limpératrice « fut ensevelie. »
Évagre nous apprend de plus qu'Eudoxie, pendant un long pèlerinage à Jérusalem, favorisa beaucoup les moines; elle bâtit pour eux des phrontisteria et des laures. Les moines des phrontisteria vivaient en communauté et ceux des laures séparément, dansdes grottes et des cavernes. Or, le temple dédié par elle à saint Étienne était un phrontisterium : on doit donc en. conclure qu’à la basilique du saint diacre était attaché un vaste couvent.
En 460, cette basilique reçut la dépouille mortelle de Ia pieuse fondatrice qui avait fait préparer sa tombe près de celle du saint diacre. En réalité, celle-ci ne renfermait plus que quelques reliques du proto-martyr; car la plus grande partie de son corps avait été, en 439, transportée de la colline de Sion à Constantinople.
Pour se faire une idée approximative de l’immensité de la basilique d'Eudoxie, il faut songer que Jean, patriarche de Jérusalem, voulant condamner les erreurs de Nestorius et d’Eutychès et ayant convoqué, en 518, un synode dans la Ville Sainte, 10.000 religieux répondirent à son appel et se réunirent dans la basilique de Saint-Étienne, parce que l’église de la Résurrection, qui était la cathédrale, se trouvait trop petite pour tant de monde. Jean monta sur l’ambon, ayant fà ses côtés saint Sabbas, chef des anachorètes, et saint Théodose, chef des cénohites, et tous trois anathématisèrent hautement Nestorius, Eutychès et Sévère d’Antioche.
Antonin de Plaisance, qui visita Jérusalem en 570, signale en ces termes la basilique d’Eudoxie :
« Ipsa (Eudocia) munivit basilicam et sepulcrum « sancti Stephani et ipsa suum habet sepulerum juxta « sepulcrum sancti Stephani et inter sepulcra sunt gres- « sus sex. Et ipse sanctus Stephanus requiescit foris « portam sagittæ jactu ad viam et illa porta ex nomine € ipsius vocatur et est ad viam quæ respicit ad occi- « dentem, quæ descendit ad Joppem et Cæsaream Pa- « lestinæ vel Diospolim civitatem. »
La porte dont il est question dans ce passage et à un trait de flèche de laquelle la basilique de Saint-Étienne était située, au dire dece pèlerin, ne peut être que celle que l’on appelle aujourd’hui porte de Damas, bien que Antonin de Plaisance prétende, par erreur, qu’elle regardait l'occident ; sa direction, en réalité, est celle du nord-nord-ouest.
Lors de la prise de Jérusalem, en 614, par les soldats de Chosroës, il est à croire que cette basilique, à cause de sa situation en dehors de la ville, fut détruite par l’ennemi.
A l’époque de l’arrivée des croisés, cet édifice, dans tous les ças, avec le monastère attenant, ne formait plus qu’un amas de ruines.
Le moine Sæwulf quiparcourut la Palestine, en 1102, mentionne les débris de cette église dans les termes suivants : « Lapidatio sancti Stephani fuit extra murum * quantum arcus balista bis vel ter jactare potest: ubi « ecclesia pulcherrima construebatur a parte aquilonis; « 1lla ecclesia omnino est a paganis destructa. »
« Sur le lieu de la lapidation de saint Étienne, hors « les murailles de la ville, à deux ou trois jets d'arc- « baliste, on avait construit une fort belle église au « nord de la ville ; elle a été complètement détruite par « les paiens. »
L’higoumène russe Daniel, qui arriva à Jérusalem par la route de Béthoron, en 1113, signale le premier
l'église du proto-martyr, saint Étienne, qu'il laissa à main gauche.
« C'est en ce lieu, dit-il, que le saint archidiacre fut « lapidé par les Juifs ; on y voit son tombeau. Plus loin, « près des murs de la ville, se trouve, à la distance « d’un jet de pierre, une montagne rocailleuse et apla- « tie. »
Cette colline est, sans doute, comme plusieurs critiques l’ont observé, la partie supérieure de la grotte de Jérémie; d’où l’on peut inférer que les croisés avaient déjà à cette époque relevé l’église de Saint-Étienne et aussi le tombeau de ce saint, ou plutôt le monument commémoratif consacré à son souvenir sur le lieu de sa lapidation.
En 1187, lorsque les croisés apprirent que Saladin marchait sur Jérusalem, ils rasèrent eux-mêmes l’église et le couvent de Saint-Étienne, dans la crainte qu'en raison de la proximité des remparts, ces puissantes constructions ne pussent favoriser les approches de l'ennemi. Ce faitest consigné dans la Citez de Jhérusalem, qui ajoute que Binere de l’hôpital ne fut pas abattue comme le Moustier de Monseigneur saint Étienne le martyr, et qu'après l’occupation de la ville par les musulmans, elle servit d’'haspice pour les pèlerins.
Depuis lors, l’église de Saint-Étienne n’a jamais été rebàtie. Ses ruines mêmes, devenues méconnaissables, ont été oubliées pendantde longs siècles, et la tradition, finissant par se corrompre, s’est tellement déplacée que l’on montrait aux pèlerins le lieu de la lapidation du saint diacre, entre Le torrent de Cédron et la porte de Josaphat, qui prit naturellement aussi le nom de porte Saint-Étienne.
Comme je l’ai déjà dit plus haut, les paroles mal interprétées de la liturgie relatives au saint diacre : « La- « pides torrentis dulces illi fuerunt », « Les pierres du torrent lui furent douces », contribuèrent, sans doute, beaucoup à cette déviation de la tradition primitive et
véritable qui, denos jours seulement, a été retrouvée et remise en lumière, ainsi que je le montrerai dans la troisième partie de cet ouvrage, à propos du couvent des RR. PP. Dominicains. On y verra que c’est à ces pieux religieux que le monde chrétien doit la découverte toute récente de emplacement, et des vestiges vénérables de l'antique basilique élevée par Eudoxie en l’honneur du premier martyr de l'Église.
Une autre basilique, désignée par les anciens pèlerins sous le nom de Sainte-Marie-la-Neuve, pour ne pas la confondre avec Sainte-Marie-l’Ancienne ou Sainte-Marie de la Nativité, nous est longuement décrite par Procope. Cet écrivain, dans son ouvrage sur les Edifices de Justinien (1. V, ch. vi), nous parle des prodigieux travaux de soutènement entrepris par l’architecte de cet empereur pour asseoir les fondations de cette basilique. Elle était ornée intérieurement de deux ordres de superbes colonnes superposées. Entourée de portiques de tous côtés, excepté vers l'Orient, elle était précédée d’un narthex, d’un atrium, et de magnifiques propylées. En outre, deux hémicycles s’arrondissaient à droite et à gauche de son entrée; enfin, deux beaux hospices s’élevaient l’un vis-à-vis de l’autre, le premier destiné aux pèlerins, et le second réservé aux malades. Tout cet ensemble de constructions, que soutenaient et décoraient d'innombrables colonnes, couvrait la partie de l’esplanade du Haram-ech-Chérif, où l’on voit actuellement la grande mosquée d’'El-Aksa.