‹ Jérusalem: son histoire, sa description, ses établissements religieuxChapitre 123 sur 179 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

JÉRUSALEM APRÈS LA PREMIÈRE INVASION ARABE, OU SANCTUAIRES | MUSULMANS DU HARAM-ECH-CHÉRIF

En 636, après un siège de quatre mois et une vigoureuse résistance, Jérusalem était sur le point de suc- -<omber sous l’effort de Khaled et d’Abou-Obéïda, généraux du khalife Omar. Le patriarche Sophronius, malgré son courage, malgré aussi la vive douleur qu’il éprouvait à la pensée que le croissant allait bientôt remplacer la croix sur les monuments de la Ville Sainte, se vit contraint de capituler ; mais 1l vouluttraiter avec le khalife en personne. Omar, arrivé de Médine, se montra généreux et accorda aux chrétiens le libre exercice de leur culte dans l’intérieur de leurséglises. Puis il se fit conduire sur l'emplacement de l’ancien temple. Parvenu devant la roche Es-Sakhrah, 1l la trouva couverte d’immondices que les chrétiens y avaient accumulées en haine des Juifs. Omar, ayant étendu son manteau sur la roche, se mit à la nettoyer ; tous les musulmans qui l’accompagnaient limitèrent. Il alla ensuite prier dans l’église Sainte-Marie, bâtie par Justinien. Par ces deux actes, il indiquait que lemplacement du temple de Salomon et l’église Sainte-Marie ou de la P résenta tion devaient être l’un et l’autre dédiés à la religion du Prophète. Cela fait, il retourna dans son désert.

La vaste enceinte du temple de Salomon prit dès lors le nom de Mesdjed-el-Aksa (lOratoire éloigné), par

opposition à la Mecque ou Mesdjed-el- Haram (lOratoire du Sanctuaire); on l’appela également Haramech-Chérif (Sanctuaire noble).

Ce fut Abd-el-Melik-Ibn-Merouan, dixième khalife, qui, Pan 69 de l’hégire (688), se chargea d'exécuter les projets d’Omar qui n’avait construit qu'une mosquée provisoire. Il releva l’enceinte extérieure du temple, édifia la Koubbet-es-Sakhrah (la coupole de la Roche), et transforma en mosquée l’ancienne basilique de Justinien, qui fut appelée Djami-el-Aksa (la Mosquée éloignée). Ces grands travaux, commencés en 688, nefurent . achevés qu’en 692 et les revenus de l'Égypte tout entière furent affectés pendant plusieurs années à cette vaste entreprise. Le but d’Abd-el-Melik, comme nous l’apprennent plusieurs écrivains arabes, était de fonder, à Jérusalem, un sanctuaire rival de celui de la Mecque et qui pût y faire refluer une partie des nombreux pèlerins qu’attirait dans cette dernière ville le célèbre sanctuaire de la Kaaba. Il voulait ainsi nuire à son adversaire Abdallah-ben-Zobeïr, qui s’était fait proclamer khalife par les habitants de la Mecque et de Médine.

A propos de l’enceinte extérieure du Haram, Abdallah-Takout-el-Hamami, écrivain du xrr siècle, s’exprime ainsi :

« Les soubassements extérieurs du Mesdjed-el-Aksa sont du temps du roi David (sur qui soit le salut !) ; ils sont faits en pierres de dix coudées et moins, bien dressées par dehors et bien appareillées. Abd-el-Melik Ibn- Mérouan appuya sur ces fondations un mur d'enceinte en pierres plus petites, mais plus grandes néanmoins que celles du Haram de Damas. »

M. de Vogüé, après avoir cité ce passage, ajoute ce qui suit :

« On reconnaît parfaitement, dit-il, à cette description les restes du grand appareil hérodien qui servent, en ellet, de base au rempart arabe. Les grandes substructions voüûtées qui supportent la plate-forme datent aussi

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