LE HARAM-ECH-CHÉRIF
de la même époque. » (Le Temple de Jérusalem, p. 16.)
Ici, je me permettrai d’être d’un avis contraire à celui du savant académicien, et je crois que les soubassements attribués par erreur à David, dans le passage précédent d’Abdallah-Takout, doivent l'être, en réalité, soit à Salomon, soit aux rois juifs, ses successeurs, et non pas à Hérode. Je crois aussi que les grandes substructions voûtées qui soutiennent la partie sudest de la plate-forme ont pu être réparées par Abdel-Melik, mais qu’elles lui sont’bien antérieures. Ce que les Romains ont détruit, en effet, c’est bien plutôt l’ouvrage d'Hérode que celui de Salomon ou des rois juifs qui l’ont suivi. Ils ont renversé le naos de fond en comble, ses dépendances et ses portiques ; mais quant au mur gigantesque qui enfermait le Moriah dans une vaste enceinte, s’ils ont pu, comme je l'ai dit ailleurs, y pratiquer de nombreuses brèches, s'ils l’ont même découronné, en grande partie, de presque toutes ses assises supérieures, ils n’ont jamais dû songer à en arracher les fondements. Hérode, de son côté, s'était très certainement servi de ces mêmes fondations, déclarées à jamais inébranlables par Josèphe, et qui, pour être déracinées des flancs de la montagne dans lesquels elles s’enfonçaient si profondément, auraient nécessité, en pure perte, des travaux et des dépenses énormes. Les Arabes firent de même, et sur les puissantes assises de l’appareil judaïque, ils posèrent des pierres d’un appareil bien moindre.
La Koubbet-es-Sakhrah (coupole de la Roche) s’élève au milieu d’une plate-forme artificielle qui domine de plusieurs mètres celle du Haram et elle occupe l’emplacement de l’ancien sanctuaire des Juifs. On la nomme vulgairement, et par erreur, mosquée d'Omar, bien que ce khalife ne lait pas lui-même construite... Différents perrons y conduisent. Sa forme est celle d'un octogone régulier, qu'ornent et divisent intérieument deux rangées concentriques de colonnes et de
piliers. La rangée centrale supporte le tambour de la coupole, qui a 21,60 de diamètre. Tous les architectes ont remarqué que le plan de cet édifice est byzantin, ce qui ne doit nullement étonner, comme le fait observer très judicieusement M. de Vogüé; « car, à Jérusalem, dit-il, en Syrie, et en Égypte, pays récemment soumis à leur domination, les Arabes n'avaient que des soldats et des fonctionnaires; pour bâtir les nouveaux monuments de leur culte, ils durent s’adresser aux vaincus, à la population indigène qu'ils avaient convertie de force, mais non changée, ni déplacée ; souvent même, ils firent venir du dehors les artistes que le pays ne pouvait leur fournir. » ( Le Temple de Jerusalem, p. 82.) | |
Aux quatre points cardinaux se trouvent quatre | portes ; elles sont rectangulaires et surmontées d’un arc de décharge; chacune d’elles est précédée d’un porche qui s'appuie sur des colonnes. Les fûts de ces colonnes et de celles qui soutiennent l’intérieur de la mosquée sont monolithes et ont été enlevés à divers” monuments anciens ; aussi sont-ils de types et de modules différents. Il en est de même des chapiteaux qui les couronnent. En dedans, d’élégantes mosaïques décorent les murs des bas-côtés. M. de Vogüé en a reproduit quelques-unes dans les belles planches de son ouvrage sur le Temple de Jérusalem ; elles sont l’œuvre, sans contredit, d'artistes byzantins, et provoquent l’ad-« miration de tous ceux qui les contemplent, en ofirant aux regards le gracieux mélange de joyaux de toutes sortes, de couronnes, de colliers, de ceintures d’or, d’enroulements capricieux, de fleurs et de plantes fantastiques, de fruits bizarres, d’arabesques sans nombre, le tout se fondant et s’harmonisant avec un goût exquis; une riche et féconde imaginaton et une rare habileté d'exécution. Sur la bordure supérieure de ces mo= saïques, large bandeau bleu, qui fait tout le tour du monument, ont été gravés, en caractères coufiques, des