LA MOSQUEE D'OMAR
des chérubins sur sa surface revêtue de marbre.
C'est cette roche percée, lapis perlusus, que pendant longtemps les Juifs venaient, à prix d’argent, arroser une fois chaque année de leurs larmes et oindre de parfums, en souvenir de leur temple détruit. Nous lisons, en effet, à ce sujet, dans le Pelerin de Bordeaux :
« Sunt ibi et statuæ duæ Hadriani, et est non longe de statuis lapis pertusus, ad quem veniunt Judæi singulis annis, et unguent eum, et lamentant se cum gemitu, et vestimenta sua scindunt et sic recedunt. »
A l’époque de la prise de Jérusalem par les croisés, la Koubbet-es-Sakhrah fut aussitôt convertie en église et devint pour eux le Temple du Seigneur, Templum Domini; un autel fut placé sur le rocher sacré, des peintures chrétiennes décorèrent l'intérieur de l'édifice et des chanoines augustins furent chargés des soins du culte. En 1187. ce monument retomba avec Jérusalem sous la domination des musulmans et le Croissant y succéda de nouveau à la Croix. Saladin s’empressa de faire disparaître les peintures chrétiennes dont les croisés l’avaient décoré et d'enlever l'autel qui avait été éta- -bli sur la Sakhrab. Plus tard, de 1522 à 1528, SolimanIf. le Magnifique, fit recouvrir l’extérieur ‘de la mosquée de faïences coloriées ; à l’intérieur, il ordonna également diverses restaurations, et c'est à lui que l’on doit les beaux vitraux des fenêtres qui ne laissent pénétrer dans le lieu saint, au ‘milieu même de léclat le plus éblouissant du jour, qu'une lumière douce et mystérieuse. Récemment, enfin, quelques réparations nouvelles ont encore été faites à ce superbe édifice, l’un des plus remarquables de l’islamisme et des plus vénérés par les musulmans. Aussi, pendant plusieurs siècles, a-t-il été inaccessible aux chrétiens sous peine de mort, ainsi, d’ailleurs, que toute l'enceinte du Haram-ech-Chérif. Depuis la guerre de Crimée seulement, cette interdiction a été levée et, moyennant une rétribution qui
varie suivant le nombre des visiteurs, il est permis aux chrétiens de pénéter dans ce sanctuaire, qui, pour les musulmans, est presque aussi saint que celui de la Mecque; ils y vénèrent, en eflet, le bouclier de Khaled, l’empreinte de l’un des pieds du prophète, celle de son turban, son étendard, la marque de l’une des mains de l’archange Gabriel, ete., etc... En un mot, ce monument est rempli pour eux de légendés, de souvenirs et d’objets sacrés. |
Dans la même enceinte du Haram, s'élève, vers le sud, en dehors de l’esplanade supérieure, qui marque le Aieron intérieur de l’ancien temple, la mosquée dite Djami-el-Aksa, laquelle a remplacé l’ancienne basilique de Justinien, consacrée à la Présentation de la Sainte Vierge, et appelée, dans le principe, Sainte-Marie-la- Neuve. C’est pareillement le khalife Abd-el-Melik, qui, tout en travaillant à la Koubbet-es-Sakhrah, appropria au culte musulman la basilique ainsi nommée. Terminée l’an 692, la mosquée El-Aksa fut, à plusieurs reprises, fortement ébranlée et considérablement endommagée par des tremblements de terre. Des restaurations successives durent lui être faites. Le khalife abbasside El-Madhi (775-785) donna l’ordre d’en diminuer lalongueur et d'en augmenter la largeur; c’est alors que le monument revêtit à peu près la forme qu'il a conservée jusqu’à nos jours. Après la prise de Jérusalem par les croisés, ceux-ci transformèrent El-Aksa en résidence royale, et cette mosquée est désignée par eux tantôt sous le nom de Palatium Salomonis, tantôt sous celui de Templum Salomonis. En 1118, le roi Baudouin I: céda une partie des dépendances de ce palais à l’ordre naissant, qui, à cause du voisinage du Temple de Salomon, s’appela l’ordre des Chevaliers du Temple. Ces religieux se construisirent une chapelle dans le bras oriental du transept de la mosquée, et installèrent leurs chevaux dans les immenses souterrains connus sous le nom d'Æcuries de Salomon. De leur couvent, il subsiste