‹ Jérusalem: son histoire, sa description, ses établissements religieuxChapitre 131 sur 179 · L'HOSPICE DE SAINT-JEAN · texte numérisé non relu

L'HOSPICE DE SAINT-JEAN

pauvreté, de chasteté et d’obéissance, celui de prendre les armes pour la défense de la religion et de la Terre Sainte. Cette proposition ayant été accueillie avec empressement, l’ordre fut divisé en trois classes : les prètres ou aumôniers ; les frères servants, destinés à soigner les malades et les infirmes, et les chevaliers, qui ceignirent l’épée sous le froc de religieux. A partir de ce moment, l’ordre prit de rapides accroissements, et une foule de jeunes seigneurs vinrent s’enrôler dans cette milice sacrée ; c’est ce qui explique la richesse et importance toujours plus grande de cet ordre à la fois hospitalier et guerrier.

Des immenses bâtiments qu’il occupait à Jérusalem, au sud de la basilique du Saint-Sépulcre, il ne subsiste plus guère que d’informes débris et des monticules de décombres qu’il serait intéressant de fouiller. Néanmoins, de belles salles voûtées, avec arcades ogivales, le long de la rue David, passent, et probablement à juste titre, pour avoir appartenu à ce couvent. Autrefois comme maintenant, elles servaient sans doute de magasins ou se louaient comme boutiques à des marchands. En 1187, les Hospitaliers de Saint-Jean, après s’être réfugiés quelque temps à Margat, se retirèrent à Acre, qui prit de leur nom celui de Saint-Jean-d’Acre; et cette place, pendant un siècle encore, grâce à leur courage et à celui de la milice du Temple et des chevaliers Teutoniques, grâce aussi aux puissants secours de l'Europe, put tenir tête àtous les efforts de l’islamisme conjuré contre elle. Maître de Jérusalem, Saladin résida quelque temps dans une partie des bâtiments de l’hôpital, et permit à dix frères servants d'y rester pendant un an pour solgner les malades. Une portion de la chapelle Saint-Jean fut transformée en mosquée, vers 1216. Pendant les trois siècles qui suivirent, de nombreux pèlerins trouvèrent tour à tour un asile dans quelques-unes des salles de l’hôpital qui avaient été respectées par les musulmans et aussi parle temps; mais au dix-septième

siècle tout était en ruines. Aujourd'hui, la plus grande partie du terrain qu'embrassait ce vaste couvent appartient aux Grecs non unis, une partie également a été concédée à la Prusse comme don de la Sublime Porte, et le prince Frédéric en a pris solennellement possession pendant le court séjour qu'il a fait dans la Ville Sainte, au mois de novembre 1869.

A la Prusse également ont été alors accordées les ruines du couvent voisin, celles de Sainte-Marie-la- Grande, monastère qui avait remplacé celui de Sainte- Marie-Madeleine, et était destiné à héberger les pèlerines et à soigner les femmes malades. Les restes de ce dernier couvent sont encore très considérables. Ge qui subsiste de son église a été décrit avec beaucoup de soin par M.de Vogüé, dans son ouvrage des Églises de la Terre Sainte (pages 255 et suivantes):

Si, depuis longtemps, cette église a été en partie démolie, le plan en est facilement reconnaissable. Elle avait trois nefs d’égale longueur, terminées à l’est par trois absides contiguës et formées de quatre travées. La quatrième travée, plus large que les autres, constituait untransept voûüté en berceau ogival dontla croisée était, sans doute, surmontée d’une coupole sur pendentifs. Le portail principal, tourné vers le nord, se compose d’une grande porte en plein-cintre qu’un trumeau sépare en deux baies pareillement cintrées. Il est précédé d’une arcade semblable à un porche, dont le dessous était orné de peintures, aujourd'hui effacées, et dont l’archivolte est encadrée d’un bandeau saillant sur lequel on a sculpté un zodiaque. Les douze mois de l’année y sont figurés par des personnagesoccupésàdestravaux divers, suivant la saison. Ces sculpturessont malheureusement assez dégradées, ainsi que les mots latins qui les surmontent et qui indiquent le nom de chaque mois. Après la prise de Jérusalem par Saladin, l’église de Sainte- Marie-la-Grande dut subir des dévastations : toutefois, elle était encore debout dans les premières années du

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