LES FRÈRES DES ÉCOLES CHRÉTIENNES
Égypte rejoindre leurs aînés au noviciat. Cette œuvre distincte de l’école est dirigée par trois frères et un prêtre maronite.
Quant à la communauté tout entière, elle se compose de douze frères et de deux prêtres maronites qui sont professeurs d’arabe. Le frère Évagre, pour augmenter son école et pour séparer davantage les novices des élèves, a conçu le projet de transporter le noviciat à Bethléhem et de réunir dans les nouveaux bâtiments qu'il à l'intention de construire le noviciat de Ramleh en Égypte et celui de Jérusalem. Mais, pour accomplir cette “grande œuvre, 1l a besoin d’être puissamment aidé et il compte sur la charité et sur les dons de tous ceux qui aiment sincèrement la religion et la France. Il aspire, en effet. à naturaliser de plus en plus en Palestine notre belle langue française et une instruction foncièrement chrétienne. Tels sont, en résumé, les renseigsnements principaux que le frère Évagre a bien voulu me donner, pendant les diverses visites que j'ai faites de sa maison; mais ce que sa modestie l’a empêché de me dire, c’est qu'il est véritablement l’âme de toute sa communauté. D'une rare finesse d’esprit et d'une aménité inaltérable de caractère, il a su, dès son arrivée, captiver les sympathies de ses dignes collaborateurs, de ses élèves, de leurs familles et de la ville entière. Tout en veillant avec le plus grand soin à ce que les enfants catholiques de son école soient élevés dans les principes et dans la pratique de la foi de leurs pères, il se garde bien de froisser les croyances contraires des enfants qui appartiennent au schisme, à l'hérésie ou au mahométisme. Il sait faire régner au milieu de tous la paix et l'harmonie, et il les habitue ainsi, par celte fraternité commencée à l’école, à ne pas se montrer plus tard ennemis les uns des autres, quand ils seront devenus hommes.
Des écoles semblables élevées dans d’autres villes de la Palestine seraient un bienfait inapnréciable pour le
pays. Déjà deux autres ont été créées à Jaffa et à Caïffa, où elles méritent également d’être encouragées par notre gouvernement; mais il faudrait en fonder encore d’analogues dans plusieurs autres villes de la Palestine, pour y disputer l’âme et l'esprit de l'enfant à l'influence schismatique et protestante qui grandit de jour en jour.
Je n’ai pas besoin d'ajouter que M. Ledoulx, consul général de France à Jérusalem, professe pour le frère Évagre la plus profonde estime et qu'il ne manque jamais, lors de l’arrivée des caravanes françaises, de le signaler à la reconnaissance de ses compatriotes. Les frères, en effet, je puis le dire hautement, après avoir visité La plupart de leurs établissements en Orient. transportent partout où ils s’établissent, avec notre langue qu'ils propagent, l'amour de notre patrie. Cet éloge, du reste, je dois le donner également à tous les autres religieux français qui sont répartis dans les différentes contrées du monde.
La tour Pséphina.
Avant de quitter l’établissement des frères à Jérusalem, 1l convient de dire quelques mots des ruines de la tour Pséphina, qu'ils ont heureusement sauvées en les enclavant dans l'enceinte de leur maison. Cette tour est appelée par les indigènes Kasr-Djaloud (château de Goliath); les Latins la désignent également sous le nom de tour de Tancrède, parce que c’est par là, diton, que ce héros pénétra dans la ville et qu’ensuite 1l y établit quelque temps sa résidence. Elle s’appelait jadis Pséphina, du mot grec dñzos, qui signifie caillou, mosaïque, sans doute, parce que plusieurs des appartements qu'elle renfermait étaient ornés de mosaïques. Josèphe la décrit ainsi (Guerre des Juifs, 1. V, ch. 1v, SPA BR
« Le circuit entier de la ville était de 33 stades, et « quoique le troisième mur fût admirable, la tour
LA TOUR PSÉPHINA 491
« Pséphina était plus admirable encore. Elle occupait « l’angle nord-ouest de la ville, en face duquel Titus « avait établi son camp. Sa hauteur était de 70 cou-
dées. De son sommet on pouvait apercevoir l'Arabie « au soleil levant et les dernières possessions des * « Hébreux jusqu'à la mer. Sa forme était celle d’un « octogone. »
L'importance de cette tour, dont je félicite sincèrement le frère Evagre d’avoir conservé les débris, autant qu'il l’a pu, tient à celle du Saint-Sépulcre, dont elle contribue à prouver topographiquement l’authenticité ; car si le troisième mur d’enceinte, c’est-à-dire le plus extérieur, ne dépassait pas cette tour, qui en constituait l’angle nord-ouest, il faut nécessairement chercher bien en deçà le tracé du second mur, et dès lors, dans l'intervalle de ces deux murs, dont le deuxième seul était antérieur à Notre-Seigneur, le Saint Sépulcre peut parfaitement trouver place. Or, il est démontré, maintenant, d’une manière qui semble inattaquable à toute critique, que la tour Pséphina occupait les restes actuels du Kasr-Djaloud. Un voyageur du xne siècle, l’higoumène russe Daniel, s'exprime ainsi : « À l’orient de la tour de David, à la distance « d’un tir d’arc, se trouve l’endroit où David tua Go- « liath. »
C’est cette dernière tradition erronée, déjà émise alors par les pèlerins et par les musulmans, qui a fait donner le nom de Djaloud ou de Goliath à cette tour. Quoi qu'il en soit, Titus, après avoir placé son second camp vis-à-vis de la tour Pséphina, choisit son point d'attaque dans le voisinage, près du monument du grand prètre Jean.
Quant aux débris de cette tour, ils consistent en quatre piliers carrés, encore en partie debout, construits en pierres de grandes dimensions, bien jointoyées et relevées fortement en bossage. Les refends en sont bien exécutés. Cés quatre puissants piliers, qui sou-
tiennent les quatre angles d’un grandrectangle, datent, selon toute apparence, de l’époque d'Hérode Agrippa ou de celle qui suivit immédiatement la mort de ce prince. Ce rectangle renferme trois étages de voûtes superposées, dont l’ogive est peu prononcée et qui attestent un remaniement des musulmans et ensuite peut-être des croisés; car cette tour, attaquée probablement et en partie détruite par Titus, mais non déracinée complètement dans ses gigantesques soubassements, dut être restaurée par les différents conquérants du pays. de m'imagine, en effet, que les musulmans se gardèrent bien, après l’invasion d'Omar, de la laisser en dehors des divers ouvrages qu'ils réparèrent. Les croisés durent également plus tard la reconstruire, après avoir tenté eux-mêmes de s’en emparer par la sape et par leurs machines.
La forme octogone de la tour antique ne se retrouve pas, 1l est vrai, dans la base rectangulaire que je viens de signaler ; mais d’abord les ruines actuelles sont loin de comprendre peut-être le périmètre complet de latour primitive, et ensuite, qui empêche de supposer que, sur une base rectangulaire, on ait élevé une tour octogone?
Le nom de Pséphina, qui signifie mosaïque, n’est pas justifié, non plus, par ce que l’on remarque maintenant dans les différents étages de cette tour, qui était haute jadis de 70 coudées, et dont les salles intérieures renfermaient probablement ce genre de décoration; mais cette disparition s’explique facilement par les différentes destructions et reconstructions successives que la tour a subies intérieurement. D'ailleurs, dans le jardin qui précède, vers le sud, l'établissement des frères on a découvert, en fouillant le sol, plusieurs beaux fragments de mosaïques antiques représentant des fleurs, des fruits et des oiseaux. À une plus grande profondeur encore, on a trouvé deux tunnels ou aqueducs se diri-
geant, l’un vers la porte actuelle de Damas, l’autre vers l’ancienne tour de Hippicus.