CHAPITRE VI
LES RR. PP. DOMINICAINS OU LES FOUILLES DE LA BASILIQUE SAINT-ÉTIENNE. — L'HOSPICE DE NOTRE-DAME DE FRANCE
Le nouveau couvent des RR. PP. Dominicains à Jérusalem date de 1883. L’anné précédente, le R. P. Mathieu Lecomte, l’illustre fondateur de cette maison, ayant fait partie du pèlerinage national de pénitence, conçut le projet d’ériger un couvent dans la Ville Sainte et d'y ressusciter l’ordre de Saint-Dominique, qui pos- Sédait jadis en Palestine une province florissante. Un secret pressentiment, fortifié d’ailleurs par les conseils d'un homme de grande expérience, le R. P. Marie Ratisbonne, le poussa à faire choix d’un terrain situé à trois cents pas environ au nord de la portede Damas et où un Grec, près de l’ancien abattoir de la ville, avait découvert, sous une masse énorme de décombres, les vestiges d’une chapelle d'apparence grecque, avec les débris d’un iconostase, ceux d’une petite abside demi-cireulaire et au milieu de celle-ci l'emplacement d’un autel. Grâce à d'habiles négociations, conduites par le R. P. Marie Ratisbonne et par M. le comte de Piellat, grâce aussi aux bons offices de M. Langlais, alors consul général de France à Jérusalem, le Grec possesseur du terrain consentit à le vendre au R. P. Mathieu Lecomte, qui aspirait à renouveler en Palestine le premier couvent de son ordre sous la protion de saint Etienne, à quelques pas du lieu où ce premier martyr de l’Église avait si héroïquement glo-
rifié Jésus-Christ par sa parole et par son sang. On savait, en effet, par de nombreux et incontestables témoignages, comme j'ai essayé de le montrer ailleurs, que ce saint avait été lapidé à une certaine distance au nord de la portequi, pendant longtemps, garda sonnom et qui, depuis sa reconstruction par les musulmans, a pris celui de Bab-el-Amoud (porte de la Colonne), ou plus généralement encore de Bab-ech-Cham (porte de Damas). On savait aussi que l’impératrice Eudoxie avait érigé une superbe basilique sur l'emplacement du martyre de ce saint et qu'après sa mort elle fut ellemême ensevelie près du tombeau de saint Étienne. Assurément, la chapelle dont nous venons de parler; et qui mesure seulement 13 mètres de long sur 7 m. 50 de large, ne peut prétendre à l’honneur de représenter dans ses ruines la grande basilique bâtie jadis par Eudoxie, mais elle pouvait l'avoir remplacée, et 1l était permis d’espérer qu’en fouillant profondément le sol environnant, on retrouverait quelques vestiges de ce vaste édifice. Cest cet espoir qui poussa le R. P. Mathieu Lecomte à acheter ce terrain ainsi que d’autres attenants, pour y entreprendre des fouilles considérables. Encouragé par le souverain pontife’ Léon XII, à qui 1l avait eu l'honneur, dans une longue audience, de faire part de son projet, autorisé par ses supérieurs. etau moyen des fonds qu'il avait su recueillir en France: dans ce but, il se mit à l'œuvre avec une ardeur extrême. Me trouvant moi-même à Jérusalem pendant le printemps de l’année 1884, j'ai été plusieurs fois témoin. des peines infinies que ce religieux se donnait pour accomplir la pénible mission qu'il s'était imposée. Lui, le célèbre orateur dont les principales chaires chrétiennes de la France avaient entendu la voix éloquente, je: le voyais, le front ruisselant de sueur sousles rayons. d’un soleil dévorant, diriger et surveiller les travaux d’une cinquantaine de jeunes Arabes dont ilne comprenait pas la langue. Il lui fallait faire remuer par eux des.