‹ Jérusalem: son histoire, sa description, ses établissements religieuxChapitre 150 sur 179 · LES FOUILLES DE LA BASILIQUE SAINT-ÉTIENNE · texte numérisé non relu

LES FOUILLES DE LA BASILIQUE SAINT-ÉTIENNE

masses prodigieuses de décombres que les siècles et les révolutions avaient fentassées et dont l’épaisseur aurait pu déconcerter des caractères moins tenaces que le sien. Mais il voulait à tout prix découvrir sa basilique et il la découvrit ! En effet, à une profondeur qui varlait entre 7 et 8 mètres, suivant les mouvements du terrain, ses ouvriers mirent à jour en plusieurs endroits les débris bien conservés d’une belle mosaïque qu’il s’empressa de me montrer. En les examinant avec soin et y trouvant partout l’image de petites croix de forme byzantine, agencées artistement dans le dessin général, je lui dis aussitôt : « Mon Révérend Père, je vous fé- « licite de cette trouvaille ; car cette mosaïque, si vous « pouvez en suivre tout le développement, en la déga- « geant de laterre, des pierres et des constructions plus « récentes qui la recouvrent, nous donnera le plan et « l'étendue de la basilique elle-même, dont elle formait « le pavé ; du moins, tel est mon avis. »

Je lPengageai donc à poursuivre ses fouilles dans une direction que je pris la liberté de lui indiquer alors. Vers la fin de mai de cette même année, 1l fut contraint de revenir en France pour y chercher les fonds nécessaires à la continuation de ses fouilles. Quatre années après, je retournai en Palestine, et l’une de mes premières visites à Jérusalem fut pour le couvent de Saint- Étienne. Le bâtiment provisoire construit par le R. P. Mathieu Lecomte était achevé ; mais, hélas! le fondateur de ce couvent n’y était plus et ce fut le R. P. Meunier, vicaire actuellement du monastère de Saint-Étienne, qui m'en fit aamablement les honneurs. II me conduisit d’abord à la crypte funéraire découverte, en 1885, par le R. P. Mathieu Lecomteet où ce religieux dort maintenant son dernier sommeil, enseveli dans l’un des tombeaux antiques qu’il avait trouvés. Épuisé avant l’âge par ses nombreuses prédications, par ses différents voyages à travers la France, par ses labeurs excessifs dans l'exécution de ses fouilles et par les soucis de

toutes sortes que lui causait cette grande entreprise, 1l avait succombé dans toute la force de son zèle et &e ses puissantes facultés. Cette mort prématurée avait été un coup de foudre pour sa communauté naissante.

Près de lui, dans la même crypte, repose M. Langlais, consul général de France, qui l'avait si bienveillamment aidé de ses conseils et de son appui, et dont toute la Palestine déplora également la perte si profondément regrettable. Plus tard, le 12 octobre 1888, un troisième défunt, bien cher à tous ceux qui l’ont counu et qui ont pu apprécier de près ses rares qualités, l'abbé Petit, vicaire général de Paris, devait y être déposé et terminer là son pèlerinage en Terre Sainte. Ainsi, ce sont trois Français qui, les premiers, après tant de siècles, ont pris possession de nouveau de cet antique asile de la mort où, dans une trentaine de tombes pratiquées dans le roc, avaient dû être inhumés tour à tour des Juifs, puis des chrétiens, jusqu’à ce qu’enfin des monceaux de décombres atent plongé dans l’oubli cette nécropole abandonnée et ensuite dégagée de nouveau par des mains françaises. Après avoir salué avec respect et attendrissement les deux premières tombes qui seules étaient occupées alors, j'allai, sous la conduite du digne religieux qui avait a bonté de me servir de guide, visiter les ruines de Saint-Étienne. Depuis 1884, époque où j en avais vu le commencement, elles étaient fortavancées ; néanmoins.les sommes considérables que coûte un tel déblaiement avaient forcé parfois de les interrompre et elles n’avaient pu être achevées. En ce moment, la basilique, au moins dans sa forme principale et dans une partie notable de son étendue, semble sortie de son long et profond ensevelissement. On en a découvert trois nefs : celle du milieu se termine par une abside demi-circulaire ; les deux nefs latérales sont carrées à leur extrémité. Quatre colonnes monolithes de 80 centimètres de diamètre les séparaient chacune de la nef principale. Les riches mosaïques

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