LES FILLES DÉ LA CHARITÉ
sœurs devint insuffisant. Aux cinq premières, deux nouvelles furent ,adjointes, ce qui leur permit non seulement d'augmenter leurs visites en ville, mais encore d'aller soigner des malades dans plusieurs villages environnants. En même temps, le dispensaire ne suffit plus au nombre des malheureux qui l’assiégeaient. En outre, des enfants trouvés vinrent demander asile à celles qui, désormais, devaient être leurs mères. Il fallait donc chercher un local plus vaste. Le 11 septembre 1887, les sœurs se transportèrent dans une nouvelle maison. Mais à peine emménagées dans ce local qui, bien que plus étendu que l’ancien, est néanmoins beaucoup trop étroit encore pour les différentes œuvres qu’elles se proposent d'y mener de front, elles passèrent par une rude épreuve que le ciel, sans doute, leur avait réservée pour leur montrer que, devenant les voisines du Calvaire, elles devaient avoir une large part aux douleurs de leur Divin Maître. La fièvre contraignit, en effet, les sœurs à fermer leur dispensaire et à cesser toute visite chez les pauvres. Ceux-ci, ne comprenant pas que les médecins pussent être malades eux-mêmes, venaient les chercher en très grand nombre. Deux mois entiers se passèrent ainsi dans une inaction forcée et dans la souffrance. Le 8 décembre, tout le monde étant sur pied, les œuvres reprirent leur cours. Aujourd’hui, celle des Enfants-Trouvés compte sept petites filles et quatre garçons. L'hospice des vieillards à été ouvertle jour de saint Joseph, en 1888, par Padmission d’une pauvre femme aveugle. Quant aux malades qui se pressent, de tous les points de la ville et des environs, autour du dispensaire, il se monte journellement au chiffre de 400 et même davantage. Les sœurs s’occupent aussi d'une manière toute particulière de l’œuvre des lépreux.
Il y avait bien à Jérusalem, en dehors de la ville, un hôpital créé pour eux par les Prussiens, mais la plupart d’entre eux préféraient être libres et errer çà et là pour
mendier, principalement aux portes de la cité, et y recevoir une misérable aumône jetée en passant par les pèlerins. Une quarantaine de ces infortunés, rongés par le mal affreux qui les dévore, sontrelégués maintenant dans un bâtiment isolé qui avoisine le Bir-Ayoub, au confluent de la vallée de Josaphat et de celle de Ben- Hinnom. Ils n’ont ni linge, ni charpie, pour panser leurs plaies hideuses. Depuis quelques mois, deux sœurs vont, plusieurs fois par semaine, les soigner elles-mêmes, sans se laisser rebuter par le spectacle horrible qu’elles ont alors sous les yeux; elles leur procurent, en outre, un peu de linge blanc et quelques douceurs, Aussi, leur arrivée au milieu d'eux est-elle une véritable fête pour ces déshérités de la nature. [ls sont entassés dans un local beaucoup trop restreint; c’est pourquoi Les sœurs ont l’intention, avec le concours de quelques âmes charitables, de faire construire plusieurs chambres voisines et une pièce distincte servant de dispensaire.
Les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul ont également fondé à Jérusalem lassociation, jusqu'ici inconnue, des Jeunes Économes. Encouragées par Me Bracco et par le Révérendissime Père custode, elles s’adressèrent,'pour créer cette œuvre, aux principales familles latines de Jérusalem, qui accueillirent leur proposition avec un véritable enthousiasme. Il s'agissait, pour les jeunes personnes, de se réunir une fois par semaine pendant trois heures dans la maison des sœurs, afin d’y travailler pour les pauvres. Dès la première séance, 18 associées furent présentes ; elles avaient donné leur nom avec une pieuse émulation, en pensant que Dieu les appelait, elles aussi, à seconder la mission des sœurs près des indigents. Trente-deux sont inscrites maintenant et d’autres songent à entrer dans cette association. Déjà, plusieurs mères de famille désirent également en faire partie, et les sœurs ont l'intention d’accueillir pareillement les jeunes filles turques en les réunissant seulement un jour différent des latines.