‹ Jérusalem: son histoire, sa description, ses établissements religieuxChapitre 170 sur 179 · LES AUTRES ÉTABLISSEMENTS RELIGIEUX, MAIS NON CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

LES AUTRES ÉTABLISSEMENTS RELIGIEUX, MAIS NON CATHOLIQUES

En face de la France catholique se dresse, en Palestine, le colosse de plus en plus formidable de la Russie. Depuis un quart de siècle principalement, cette dernière puissance s’est solidement installée à Jérusalem. Elle a, aux portes de la Ville Sainte, sur le plateau qui la domine vers le nord et d’où ceux qui l’ont envahie tour à tour l’ont toujours assiégée, demandé et obtenu de la Sublime Porte un terrain immense qu’elle a environné d’un mur et où elle a construit, au prix de sommes énormes, un palais épiscopal, une cathédrale, un consulat général, de vastes hospices, un hôpital pour les pèlerins, en un mot une petite ville russe complète qui, à l’époque de Pâques, est assez étendue pour contenir lesmilliers de pèlerins qui affluent alors à Jérusalem de tous les points de la Russie. Ces pèlerins, la plupart fort pauvres, y trouvent un asile assuré. De À, ils se répandent par longues bandes à travers la ville, pour en visiter les sanctuaires. Leur piété naïve, mais grave, leurs chants harmonieux, les belles et puissantes voix des hommes, qui se marient si bien aux voix plus douces et plusargentines des femmes et des enfants, contrastent avec la piété moins profonde, moins sincère, moins respectueuse, et avec les chants nazillards des Grecs. Toutefois, leurs dogmesreligieuxsont les mêmes.

Aussi, la Russie s’est-elle érigée en commune patronne de toute l’Église prétendue orthodoxe. Elle travaille sans relâche à augmenter son influence en Palestine et s'impose, pour cela, les plus lourds sacrifices. Un comité, composé des principaux membres de la noblesse russe et présidé par le frère même de l’empereur, s’est constitué dans ce but et recueille, chaque année, dans tout l’empire moscovite, plusieurs millions de francs destinés aux œuvres russes de Terre Sainte.

Avant de quitter le grand établissement des Russes, je signalerai à l’attention des archéologues une magnifique colonne antique qui, en 1871, a été déterrée, en fouillant le sol pour y planter des arbres. Elle mesure 40 mètres de long sur 1 m.91 c. de diamètre à sa base, et À m. 70 à son sommet. Formant une demi-colonne adossée à un pilier gigantesque qui n’a point été détaché du roc, elle est sans chapiteau et n’a point été achevée. On voit que cette masse monolithe a été abandonnée dans la carrière où on l’ataillée, parce que, à la suite d’un accident imprévu, deux fissures considérables se sont produites le long du füt et ont forcé d’interrompre la taille et le polissage de ce bloc immense, destiné peut-être à l’un des portiques de l’ancien temple.

Vers le bas de la montagne des Oliviers, un peu audessus de la grotte de Gethsémani, les Russes ont bâti une chapelle mortuaire monumentale, d’une forme un peu tourmentée, qui doit, dit-on, recevoir la dépouille mortelle de feu l’impératrice Marie Alexandrowna. Les grands ducs de Russie, Serge et Paul, frères du cezar actuel, sont venus visiter cette chapelle en octobre 1888, et, par leur présence en Palestine, ont donné une nouvelle impulsion aux œuvres moscovites.

Sur le sommet de la montagne, dans un endroit admirablement choisi et d’où l’on jouit d’un coup d'œil incomparable sur la mer Morte et sur les montagnes d’Ammon et de Moab, s’élance vers Le ciel unetour car-

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