LES ÉTABLISSEMENTS RUSSES
rée, non encore achevée par les Russes, et qui doitleur servir de véritable observatoire dominant au loin la contrée. Elle correspond, en effet, avec d’autres tours également construites par eux, sur d’autres points de la Palestine. À côté de cette tour, ils ont fondé un couvent destiné à leurs pèlerins et une belle habitation voisine réservée à leur archimandrite: Sur l'emplacement d’une chapelle renversée et dont il ne subsiste plus que des fragments de colonnes et les débris d’un pavage en ftätbre maculé de taches de sang, ils ont construit un nouvel oratoire de forme octogonale et surmonté d’une coupole sur pendentifs dont le tambour est percé de 24 fenêtres. Au-dessus, brille une belle croix dorée qui étincelle aux rayons du soleil, sous la voûte d’un ciel azuré. On croit que les taches de sang encore visibles sur l’ancien dallage proviennent du massacre fait jadis, en ce lieu, par les musulmans d’un certain nombre de chrétiens qui s'étaient réfugiés dans cette chapelle.
Dans l’une des salles de la maison de l'archimandrite, on admire les restes d’une magnifique mosaïque polychrôme où sont artistement représentés des grappes de raisin, un Cédrat, plusieurs poissons, un canard et au centre un agneau à tête rayonnante, figurant probablement l’Agneau Divin. Cette mosaïque est encadrée d’une bande qui contient une inscription arménienne dont voici la traduction, telle qu’elle m'a été donnée par un docte Arménien de Jérusalem, que j'ai consulté à ce sujet :
« Get endroit est la place où repose la bienheureuse « Chouchanga, mère d’Ardavan, le 18 hory (février).» L'indication de année manque.
Cette bienheureuse Chouchanga (Suzanne) passe pour être la mère d’un prince Arménien nommé Ardavan ou Artaban. Mais à quelle époque vivait-il? la chose est inconnue. Toujours est-il que les caractères de l'inscription arménienne susdite ont paru fort anciens à l’Arménien qui à eu la complaisance de me la montrer et
de me la traduire ; ils remontent suivant lui au v° ou vie siècle de notre ère. Quoi qu’il en soit, à l’une des extrémités de cette salle, où l’on a réuni, comme dans une sorte de petit musée, des fragments de sculptures, des débris d'inscriptions grecques et des caisses à ossements trouvées en cet endroit, on pénètre, en soulevant une trappe et par un escalier de plusieurs marches, dans un caveau sépulcral renfermant un certain nombre de cuves funéraires, toutes violées, et dont les couvercles étaient enlevés. L'une de ces cuves était sans doute affectée à la sépulture de Chouchanga, mère d’Ardavan.
Au dehors, à une faible distance de là, vers l’Orient, un second hypogée contient 18 auges sépulcrales, en partie violées et en parties intactes. Les dalles qui servent à celles-ci de couvercles sont marquées d’une croix un peu allongée et affectant une forme plutôt latine que grecque. Sur deux de ces couvercles des caractères arméniens indiquent des noms de femmes ; il est donc probable que cette nécropole était celle d’un couventdereligieuses arméniennes. Comme, néanmoins, on a exhumé sur ce même emplacement et dans les terrains avoisinants des débris d'inscriptions grecques, on est autorisé à supposer que ce couvent arménien avait luimême succédé à un couvent grec.
Près de ce même caveau en est un autre précédé d’un vestibule qu'orne une belle mosaïque accompagnée de l'inscription arménienne suivante : « Sous les auspices « de saint Isaïe et des Bienheureux Pères, moi, Vaghan, « j'ai fait ce cimetière pour l’expiation de mes péchés. » Ce dernier hypogée est divisé par de petits murs de refend en divers compartiments carrés, pouvant contenir chacun plusieurs cadavres.
Les Grecs non unis de Jérusalem, au nombre de 4.000, chiffre que donne le frère Liévin dans la dernière édition de son Guide de Terre Sainte, sont soumis à la juridiction d’un patriarche qui a sous sa dépendance dix évèques et un nombre considérable de moines, répar-