‹ Jérusalem: son histoire, sa description, ses établissements religieuxChapitre 23 sur 179 · OZIAS. — JOATHAM- — ACHAZ. — ÉZÉCHIAS · texte numérisé non relu

OZIAS. — JOATHAM- — ACHAZ. — ÉZÉCHIAS

L'endroit désigné 1c1 par Josèphe est peut-être la colline du Mauvais-Conseil, qui domine le Bir-Ayoub.

D’après le même historien, Ozias, à causé de son infirmité, fut enterré seul dans son jardin et non dans le champ où reposaient les dépouilles des rois précédents.

Joatham (de 758 à 741 avant J.-C.), qui déjà avait été régent du royaume, depuis que son père avait été atteint de la lèpre, lui succéda après sa mort et régna seize ans à Jérusalem. |

Ce fut lui, disent les Paralipomènes (1. IT, ch. xxvi, v. 3), qui bâtit la haute partie de la maison du Seisneur, et qui entreprit beaucoup de constructions sur le mur d'Ophel.

D’après Josèphe (Anliquilés judaïques, 1. IX, chap. x1, $ 2), 1l éleva des portiques et des propylées dans le temple, rebâtit Les parties des murs qui tombaient en ruines et y ajouta de puissantes tours.

Il vainquit les Ammonites et, à l’âge de 41 ans. après seize années de règne, 1l s’endormit avec ses pères et fut enseveli dans la Cité de David, laissant le trône à son fils Achaz.

Achaz (de 741 à 726 avant J.-C.), loin de reproduire les vertus et la piété de son père, s’abandonna, au contraire, à l’idolâtrie, en marchant dans les voies des rois d'Israël. Il consacra même son fils en le faisant passer par le feu dans la vallée de Ben-Hinnom.

On connaît le culte barbare pratiqué par les anciens Chananéens en l'honneur du dieu Moloch. Les rabbins nous apprennent que dans la vallée de Ben-Hinnom, située au sud-ouest de Jérusalem, se trouvait une statue en bronze du dieu Moloch. On la chauffait par Le bas ; elle avait les mains inclinées vers la terre et, quand elle était brülante, on y plaçait l’enfant qu’on voulait immoler et qui tombait en roulant dans un gouffre plein de feu. Pour étouffer les cris de l’innocente victime que l’on consumait ainsi, et pour que ses parents ne les

entendissent pas, des prètres battaient du tambour. Les écrivains profanes nous ont transmis des détails analogues sur le culte que l’on rendait, à Carthage, ville d'origine chananéenne ou phénicienne, au dieu Saturne. Quelquefois, à Jérusalem, on se contentait d’honorer le cruel Moloch en faisant passer les enfants entre deux feux; c’est ce que veut dire d'ordinaire Pexpression biblique de faire passer par le feu. C’était alors une simple cérémonie de lustration, et c’est ce que fit, sans doute, le roi Achaz pour son fils.

Ce prince immolait aussi des victimes et offrait .de l’encens sur les Hauts-Lieux. Pour le punir de son impiété, Dieu envoya contre lui Rasin, roi de Syrie, et Phacée, roi d'Israël, qui vinrent mettre le siège devant Jérusalem.

Rasin enleva Élath aux Juifs et la donna aux Iduméens. Dans une pareille extrémité, pressé à la fois par les Syriens et par les Israélites, Achaz députa des ambassadeurs à Téglathphalasar. Ces ambassadeurs devaient remettre de riches présents au roi des Assyriens, pour l’engager à venir tirer leur maître des mains des Syriens et des Israélites réunis. Isaïe avait vainement cherché à détourner Achaz d’une si funeste allance.

À la nouvelle de lappr oche de Téglathphalasar, les deux rois ligués sont obligés de lâcher leur proie pour défendre leurs propres États. Le roi d’Assyrie s’avance droit sur Damas, prend cette importante cité, et tue Rasin. Achaz se dirige vers cette même ville au devant de son libérateur, pour faire acte de vasselage, et ayant vu l'autel qui se trouvait dans le principal temple de cette capitale, il en envoie au pontife Urie un modèle exact. Urie, d’après ses ‘ordres, en bâtit à Jérusalem un tout semblable qui remplaça bientôt, lors du retour d'Achaz, l'autel de bronze établi, par Salomon, devant le vestibule du temple.

Bien que ce prince cherchât à assouvir par toutes

sortes de dons d’or et d'argent la cupidité de son redoutable allié, celui-ci n'en continua pas moins à ravager toute la Judée, sans épargner nullement son protégé. Achaz, dans son aveuglement, immolait des victimes aux dieux de Damas qu'il regardait comme les auteurs de ses malheurs, et, au lieu de s’incliner humblement devant Jéhovah, il fit fermer son temple et ordonna de dresser des autels aux fausses divinités dans toutes les places de Jérusalem. Suivant les Paralipomènes (1. IF, chap. xxvir, v. 27), il fut enseveli, après sa- mort, dans la ville de Jérusalem, mais non dansles tombeaux de ses aïeux.

Ézéchias (de 726 à 697 avant J.-C.) commença à régner à l’âge de 25 ans. Loin d’imiter son père, il fit, au contraire, ce qui était bon et agréable au Seigneur et reproduisit les vertus de son aïeul David. Il détruisit les Hauts-Lieux, brisa les idoles, abattit les bois profanes et fit mettre en pièces le serpent d’airain que Moïse avait fabriqué, parce que les enfants d'Israël avaient brûlé de l’encens en son honneur.

Les Paralipomenes (1. If, ch. xix) nous apprennent que, dès le premier mois de la première année de son . règne, Ezéchias fit ouvrir les grandes portes de la maison du Seigneur et les rétablit. Après avoir consacré plusieurs jours à purifier le temple, il publia la Pâque et convia à cette solennité non seulement ses propres sujets, mais encore toutes les tribus d’Israel. La quatrième année du règne de ce vertueux roi, qui fit revivre à Jérusalem le culte du Très-Haut dans toute sa pompe ancienne, Osée, roi d’Israel, ayant refusé le tribut à Salmanasar, roi d’Assyrie, ce souverain marcha contre sa capitale et s’en empara après un siège de trois ans. Le pays, conquis et subjugué, fut dépeuplé de ses anciens habitants, transplantés violemment dans diverses contrées de l’Assyrie et de la Médie, et colonisé par des étrangers.

Pendant que Salmanasar essayait, mais vainement.

de se rendre maître de Tyr, Ézéchias remporta différents succès sur les Philistins.

L'an 14 de son règne, selon le récit du IV° livre des Rois (ch. xvm), Sennachérib, roi des Assyriens, auquel Ézéchias s'était dispensé de payer le tribut accoutumé, vint attaquer, tour à tour, toutes les villes fortes de la Judée. Pendant qu’il assiégeait Lachis, Ézéchias, craignant pour-sa couronne el pour sa capitale, lui envoya dés ambassadeurs, afin de faire acte de soumission. Sennachérib exigea trois cents talents d'argent et trente talents d’or. Ézéchias s’empressa de lui donner tout l'argent qui se trouvait dans la maison du Seigneur et dans les trésors du roi. Il détacha même des battants des portes du temple les lames d’or dont il les avait luimême revêtus et les envoya au roi des Assyriens. Celui-ci, sans se laisser fléchir par ces dons, députa vers Jérusalem une ambassade menaçante, appuyée par de nombreux gens de guerre. Parvenus près des murs de la place, ces ambassadeurs s’arrêtèrent non loin de Paqueduc de l’Étang supérieur, qui est sur le chemin du champ du Foulon. Éliacin, fils de Helcias, grand-maître dela maison du roi, Sobna, secrétaire, et Joahé, fils d'Asaph,.chancelier, allèrent à leur rencontre. Alors Rabsacès, le grand échanson du roi assyrien, prenant la parole, s’exprima ainsi : € Voici ce que dit Le grand roi, le roi des Assyriens : Quelle est cette confiance où vous êtes ? Sur quoi vous appuyez-vous ? Est-ce que vous espérez du soutien de l'Égypte? C’est un roseau brisé. » Et comme Éliacin, fils de Helcias, Sobna, et Joahé le supplaient de parler en syriaque et non en hébreu, devant le peuple qui écoutait de dessus les murailles, Rabsacès ajouta: « Est-ce pour parler à votre maître et à vous que mon seigneur m'a envoyé ici? N'est-ce pas plutôt pour parler à ces hommes qui sont sur les remparts? » Rabsacès, se tenant donc debout, cria à haute voix en langue judaïque : Écoutez les paroles du grand roi, du roi des Assyriens. Voici ce que dit le roi :

qu'Ézéchias ne vous ae pas, caril ne pourra point vous délivrer de ma main.

Ézéchias, en apprenant TES menaces et les paroles hautaines de Rabsacès, déchira ses vêtements, se couvrit d’un sac et entra dans le temple du Seigneur. En mème temps, ses serviteurs allèrent trouver de sa part Isaïe. Ce prophète les rassura.

Rabsacès retourna vers le roi des Assyriens et le trouva qui assiégeait Lobna, car il s’était retiré de devant Lachis.

Cependant Sennachérib, à la nouvelle que le roi d'Éthiopie Tharacha s'était mis en marche pour venir le combattre, s’avança vers Jérusalem, afin de s’en emparer préalablement, et établit son camp sous les murs de la ville. Isaïe rassura de nouveau les messagers d’'Ezéchias ét leur annonça que Jérusalem serait sauvée. Dans la nuit même, en effet, l'ange du Seigneur vint au milieu du camp des Assyriens et y tua 185.000 hommes. Sennachérib, au point du jour, aperçut tous ces cadavres et il s'enfuit aussitôt pour aller se renfermer dans Ninive, où 1l fut tué par deux de ses fils.

Dans Josèphe (Antiquilés judäiques. I. X, ch. w, S 5), la destruction de l’armée de Sennachérib est attribuée à la peste. D’après la Bible, comme nous venons de le voir, cette armée fut détruite par un ange du Seigneur, Ce qui revient au même. Il ya toujours dans le fait d’une armée entière et si considérable, anéantie en une seule nuit. l'intervention évidente de la Providence qui s’est servie, soit d’un ange, soit de la peste, pour manifester sa puissance en faveur d’un peuple qu’elle voulait sauver.

Sur cette mêmeexpédition de Sennachérib, le livre Il des Paralipomènes (chap. xxx1I1) nous donne les détails suivants : Ézéchias apprenant que Sennachérib s’avançait et prévoyant que le principal effort de la guerre allait tomber sur Jérusalem, ordonna de boucher les sources qui étaient hors de la ville et rebâtit les rem-

parts qui avaient été ruinés. Il construisit denouvelles tours avec une seconde enceinte au dehors, rétablit la forteresse de Mello dans la Cité de David et commanda de fabriquer toutes sortes d’armes et de boucliers.

La maladie d’Ézéchias, rapportée ensuite dans le IV° livre des Rois (ch. xx), précéda, en réalité, l’extermination des Assyriens par l’ange du Seigneur sous les murs de Jérusalem.

En ce temps-là, dit l'historien sacré, Ézéchias fut malade à la mort, etle prophète Isaïe, fils d’'Amos, vint le trouver et lui dit : « Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Mettez ordre à votre maison, car vous ne vivrez pas davantage et vous allez mourir. » Alors Ézéchias, tournant le visage vers la muraille, pria avec larmes le Seigneur et, avant qu'Isaïe eût passé la moitié du vestibule du palais, inspiré tout à coup par le Seigneur, ce prophète revint vers Ezéchias et lui parla en ces termes : « Voici ce que dit le Très-Haut, le Dieu de David, votre père : J’ai entendu votre prière et j'ai vu vos larmes. Vous allez être guéri et, dans trois jours, vous irez dans le temple du Seigneur; car j’ajouterai encore quinze années à celles de votre vie ; de plus, je vous délivrerai, vous et cette ville, de l’armée des Assyriens. » |

Ce dernier passage prouve que la maladie et la guérison d'Ezéchias ont précédé l'invasion et l’extermination de l’armée assyrienne.

Alors Isaïe se fit apporter une masse de figues, la plaça sur lulcère du roi et le guérit. Et comme signe de la bonté du Seigneur à l'égard d’Ézéchias, l'ombre retourna de dix degrés en arrière surle cadran d’'Achaz.

Quelque temps après, Mérodach-Baladan, roi des Babyloniens, envoya des lettres et des présents à Ézéchias, parce qu'il avait su qu'il avait été malade, et qu'il était guéri. Kzéchias eut une très grande joie de l’arrivée de ces messagers et il leur montra avec complaisance son or et son argent. Le prophète Isaïe alla

alors trouver Ézéchias et lui dit : « Écoutez la parole du Seigneur : Il viendra un temps où tout ce qui est dans votre palais et tout ce que vos pères ont amassé jusqu’à ce jour sera transporté à Babylone, sans qu’il en demeure rien. Vos enfants eux-mêmes seront pris pour être eunuques dans le palais du vainqueur. »

A propos des travaux exécutés par Ézéchias, nous Hisons dans lelivre de l’Æcclésiastique (ch. xivnr, v.19) que ce prince fortifia sa capitale, qu’il amena de l’eau dans son enceinte, qu'avec le fer il creusa un rocher, et qu'il construisit un réservoir pour contenir cette eau :

« Ezechias munivit civitatem suam et induxit in medium ipsius aquam, et fodit ferro rupem et ædificavit ad aquam puteum. »

Dans Isaïe, il est question (ch. xx, v. 11) d’un étang situé eutre deux murs et destiné à recevoir les eaux de la vieille piscine.

« Et lacum fecistis ad aquam piscinæ veteris. »

Cet étang paraît être le Hammam-el-Batrak actuel, et la vieille piscine le Birket-Mamillah.

Quant au verset précédent, il peut s'appliquer, soit à l’aqueduc souterrain pratiqué entre la source, dite de la Vierge, et la fontaine de Siloë, soit à l’aqueduc qui relie le Hammam-el-Batrak au Birket-Mamillah, et qui primitivement, dansune certaine partie deson cours, a pu être creusé dans le roc.

Dans les Paralipomènes, nouslisons également (1. IT, CRIR RIVE 0)

« Ipse est Ezechias qui obturavit superiorem fontem aquarum Gihon et avertit eas subter ad occidentem urbis David. »

« Cest ce même Ézéchias qui boucha la source supérieure de Gihon, et qui, par un conduit souterrain, la détourna vers la partie occidentale de la ville de David.»

Il s’agit ici de la source, actuellement obstruée ou tarie, qui alimentait le Birket-Mamillah ou le réservoir de Gihon supérieur, et qui, par un canal souterrain,

communiquait avec la piscine Neuve, située entre deux murs et appelée communément piscine d'Ézéchias; c'est le Birket Hammam-el-Batrak (bassin des bains du patriarche).

Ézéchias, après sa mort, fut enterré avec une pompe extraordinaire et enseveli dans un endroit plus élevé que lestombeaux des rois ses prédécesseurs.

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