‹ Jérusalem: son histoire, sa description, ses établissements religieuxChapitre 48 sur 179 · SAINT PAUL · texte numérisé non relu

SAINT PAUL

l'un des nombreux sicaires qui commencent à envahir et à terroriser la ville. Celle-ci se remplit d’imposteurs qui cherchent à tromper le peuple pour s'élever au pouvoir ; partout règnent la confusion et l’anarchie.

Au mois de mai de l’an 57, saint Paul se rend à Jérusalem pour la fête de la Pentecôte. Comme il passait à Césarée, le prophète Agabus, le même qui avait pré- dit la famine arrivée sous l’empire de Claude, vient le voir dans la maison du diacre Philippe, où il était descendu, et prenant la ceinture de Paul, ils’en licles pieds et les mains, en s’écriant : « Voici ce que dit le Saint- Esprit : « L’homme à qui est cette ceinture sera lié de « cette sorte par les Juifs dans Jérusalem et ils lelivre- « ront entre les mains des Gentils. » En entendant ces paroles, tous ceux qui étaient présents conjurent l’apôtre de ne point aller à Jérusalem. Mais Paul répond : « Que faites-vous, de pleurer ainsi et de chercher à m'attendrir le cœur ? Je vous déclare que je suis tout prêt à souffrir à Jérusalem, non seulement la prison, mais la mort mème pour le nom du Seigneur Jésus. »

Cinq jours après son arrivée dans la ville sainte Paul est surpris dans le Temple par ses ennemis qui s'emparent de sa personne et soulèvent le peuple contre lui. Le tribun Lysias l’arrache à la fureur de la multitude et le fait conduire par des soldats à Césarée. Paul y reste captif deux années entières, pendant Lesquelles il a de nombreux entretiens avec le gouverneur Félix.

En l’an 59, Porcius Festus succède à Félix, comme procurateur de la Judée, et donne plusieurs audiences à Paul, notamment celle où le roi Agrippa IL et sa sœur Bérénice conférent avec l’apôtre. Il ordonne enfin que Paul, conformément à sa demande, soit conduit à Rome pour être entendu et jugé par l’empereur lui-mème, au tribunal duquel il en a appelé.

Cet Hérode Agrippa IL, fils d'Hérode Agrippa L‘, avait été reconnu par les Romains roi de la Batanée, avec la

surveillance du Temple de Jérusalem etle droit de nommer le grand-prètre.

L'an 62, Festus, procurateur de la Judée, étant mort, Albinus estenvoyé pour le remplacer. Avant son arrivée, le grand-prètre Ananus, fils du grand-prêtre Ananus ou Anne, fait mettre à mortl’apôtre saint Jacques le Mineur, évèque de Jérusalem. Frère de saint Simon et de saint Jude, Jacques le Mineur était le contemporain etcousin du Sauveur, ce qui le fit appeler, dans le Nouveau Testament, frère de Jésus, selon la coutume des Juifs. On a de lui un discours au concile de Jérusalem et une épitre canonique adressée aux tribus dispersées. Il était surnommé le Juste, à cause de sa grande vertu. Notre- Seigneur lui était apparu en particulier, après sa résurrection, et lui avait recommandé l'Église de Jérusalem, avant de remonter au ciel. C’est pourquoi saint Pierre l'en établit évêque. Il prit une part très active au concile de Jérusalem, car il avait un très grand zèle pour l’unité de la foi. (Actes des apôtres, ch. xv.) Comme il convertit beaucoup de Juifs, ces conversions excitèrent contre lui la haine des Pharisiens et des Docteurs de la loi. On l’obligea de monter sur le pinacle du Temple pour détromper, de là, comme d’une chaire élevée, les Juifs et les Gentils venus pour la fête de Pâques. Jacques, au contraire, au lieu de renier le Christ, annonça hautement qu’il était assis à la droite de Dieu, et qu'il devait paraître un jour au milieu des nuées pour juger tous les hommes. Les Scribes et les Pharisiens, furieux de rage en entendant ces paroles, montèrent sur le pinacle du Temple et en précipitèrent le saint. Il ne fut pas tué sur le coup, mais il eut encore la force de se mettre à genoux et de dire : « Pardonnezleur, Seigneur, car ils ne savent ce qu'ils font. » Comme il respirait encore, on laccabla d’une grèle de pierres et un foulon l’acheva avec l'énorme levier de bois dont il se servait pour apprêèter les draps.

Le meurtre de Jacques le Mineur souleva contre Ana-

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nus l'indignation des Juifs religieux de Jérusalem; il fut déposé et remplacé par Jésus, fils de Damnéus.

Cette même année, à la fête des Tabernacles, un simple paysan, nommé Jésus, fils d’Ananus, commença à proférer sans interruption des malédictions terribles contre la ville et contre le Temple. (Antiquités judaïiques, 1. VI, ch. v, $ 3.)

Il se mit tout à coup à crier : « Voix de l’Orient, « voix de l'Occident, voix des quatre vents, voix contre « Jérusalem et contre le Temple, voix contre les nou- « veaux époux et les nouvelles épouses, voix contre le « peuple entier. » Il répétait cela jour et nuit, en parcourant toutes les rues de Jérusalem. Souvent arrêté et accablé de coups, 1l ne se plaignit jamais de ceux qui le frappaient et n’en continuait pas moins de pousser les mêmes cris. Les magistrats juifs le conduisirent au gouverneur romain, qui ordonna de le déchirer de verges jusqu'aux 0$; il ne laissa échapper aucune larme, aucune prière; mais à chaque coup qu’il recevait, il faisait entendre, sur un ton lugubre et gémissant, ces mots prophétiques : « Malheur à Jérusalem! » Albinus finit par le relâcher, pensant qu'il était fou. Ces mêmes cris et ces mêmes malédictions, 1l les répéta sans cesse pendant sept ans et cinq mois, sans que sa voix se fatiguât jamais. À l’époque du siège, enfin, il cessa de crier, en voyant l’accomplissement de ses prédictions. Un jour seulement, pendant qu’il se promenait sur les remparts, en criant : « Malheur à la ville! Malheur au Temple ! Malheur au peuple! » il ajouta : «Malheur à moi-même! » et aussitôt il tomba mortellement frappé d’une pierre lancée par une balliste.

Vers l’an 64, les travaux du Hiéron étant terminés et les dix-huit mille ouvriers qui y travaillaient étant sans ouvrage, le peuple, pour occuper leurs bras oisifs demanda au roi Agrippa Il, qui était chargé de l’administration supérieure du Temple, derestaurer le portique oriental. Ce prince trouva que, si la destruction de cet

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ouvrage était chose facile, la reconstitution en était des plus difficiles et des plus coûteuses, et 1l se refusa à entreprendre un pareil travail, mais 1l employa les ouvriers à paver la ville avec de belles pierres blanches.

L'an 65, le 8 avril, veille de la Pâque, des prodiges effrayants eurent lieu dans le Temple. Plus tard, le 21 mai, on vit dans l'air, ditJosèphe(Guerre des Juifs, 1. VI, ch. v), des multitudes de chariots et de gens armés qui s’agitaient tumultueusement, et, le jour de la Pentecôte (20 mai), des prêtres, étant entrés de nuit dans le Temple pour y remplir leurs fonctions, entendirent d'abord un grand fracas, puis des voix immenses, comme celles d'une multitude innombrable, répétant ces mots : « Sortons d'ici. »

L'an 66, Cestius Gallus, gouverneur de la Syrie, se rend à Jérusalem pour la fête de Pâques. Là, 1l entend de tous côtés de la part des habitants de vives réclamatons contre l'administration de Gessius Florus, qui avait succédé à Albinus dans le gouvernement de la Judée ; mais il ne répond à leurs plaintes que par de vaines paroles. Bientôt, Florus met le comble à son impopularité, en faisant massacrer dans les rues de Jérusalem plus de trois mille Juifs, dont plusieurs étaient chevaliers romains.

Les Juifs s’insurgent alors ouvertement contre Pautorité romaine; ils s'emparent, à Jérusalem, de la tour Antonia dont ils égorgent la garnison romaine. Cestius Gallus s’avance aussitôt avec toutes Les forces qu’il peut réunir contre les révoltés; mais il est vaincu à Gabaon et subit un échec plus désastreux encore sous les murs mêmes de Jérusalem, dont un instant 1l avait été sur le point de se rendre maître. |

Chargé par l’empereur Néron de cette nouvelle guerre, Vespasien se dispose à aller comprimer le mouvement insurrectionnel qui menaçait d'envahir toute la Palestine. C'est à cette époque queles chrétiens de la Ville Sainte, sous la conduite de leur évêque Siméon, com-

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