VESPASIEN
mencent à émigrer au delà du Jourdain, en se retirant à Pella, suivantun avis qu’ils avaient reçu ; ils pouvaient prévoir, en outre, eux-mêmes dès ce moment les terribles calamités qui allaient fondre sur la cité coupable, conformément aux prédictions du Christ qui avait annoncé l’effroyable châtiment que devait amener son injuste condamnation.
Vespasien, qui s'était déjà illustré par de glorieux faits d'armes dans la Germanie et dans la grande Bretagne, se trouvait en ce moment en Achaïe, auprès de l'empereur. Il se prépare alors à se diriger vers la Syrie en traversant toute l'Asie Mineure. Son fils, Titus, est chargé de gagner l'Égypte, pour en tirer la cinquième et la dixième légion.
Vers la fin de l'hiver de l’an 67, une armée formidable était prète à envahir la Palestine et à venger la défaite de Cestius Gallus. L’historien Josèphe organise la défense dans la Galilée. Pendant quarante jours, 1l lutte avec le plus grand courage, derrière les murs de la forteresse de Jotapata, contre toutes les forces de Vespasien et de Titus réunies, et joint à des prodiges de va leur des prodiges d'habileté. Enfin, cette forteresse succombe sous les efforts des Romains et Josèphe, tombé entre les mains du vainqueur, annonce à Vespasien son avènement prochain à l’empire.
Avant de marcher sur Jérusalem, Vespasien réduit peu à peu sous le joug toute la Galilée, pour ne laisser derrière lui aucun ennemi à vaincre. C’est ainsi qu’il s'empare, tour à tour, de Tibériade, qui se rend sans coup férir, de Tarichée, qui ose lui résister et dont les habitants sont tués ou vendus comme esclaves, de (Gamala, qui renouvelle durant un mois entier l’héroïque exemple de Jotapata, etde la ville forte de Gischala, dont le principal défenseur, Jean, dit de Gischala, réussit à s'échapper et à gagner Jérusalem.
Dans cette dernière ville, l'anarchie était à son comble. Au lieu de se concerter ensemble pour mieux
résister à l'ennemi commun, les habitants étaient divisés en plusieurs partis qui se déchiraient entre eux et se faisaient une guerre acharnée. L'arrivée de Jean de Gischala augmenta encore le désordre. Le sang coulait à flots dans les rues, au milieu de ces luttes fratricides qui préparaient ainsi le triomphe des Romains et Vanéantissement de la cité criminelle. Il semble qu’un aveuglement fatal la poussait à travailler elle-même à sa propre ruine. Le parti le plus audacieux et le plus fort était celui des zélateurs, qui voulaient, à tout prix, la guerre contre les Romains et une guerre inexorable.
Au printemps de l’an 68, Vespasien conquiert la Pérée, s'empare de Gadara etsoumetsuccessivement toutes les villes de cette contrée. Pénétrant ensuite en Judée, il établit à Emmaüs un camp retranché, pour se rendre maître de la route de Joppé à Jérusalem. Au moment où il se dispose à marcher sur cette dernière ville, ül apprend à Césarée la mort de Néron et l’avènement de Galba, bientôt remplacé par Othon, puis par Vitellius, que proclament les légions germaniques et qui est ensuite massacré.
IL est lui-même, à son tour, acclamé empereur, en juillet 69, par l’armée de Syrie. Les soins de son ambition le forcent alors à renoncer pour le moment à la conquête de Jérusalem et à se rendre immédiatement à Rome, afin de mettre la main sur le pouvoir suprème. Il laisse à son fils Titus la mission de PORTES Ja guerre en Judée.
Trois factions principales se disputaient alors la malheureuse capitale et s’y livraient continuellement entre elles à des combats meurtriers. Éléazar, chef des zélateurs, s’élait retranché dans Pahadiite intérieure du Temple, comme dans un asile inexpugnable ; Jean de Gischala était maître des portiques et des parvis extérieurs du Temple; Simon, fils de Gioras, avec ses bandes, régnait en despote absolu dans la haute ville et dans la plus grande partie de la cité basse. Pendant
que ces trois factions, qui ensuite fusionnèrent en deux seulement, n'écoutant que leur haines réciproques, remplissaient la ville detroubles et de massacres, Titus s’avançait de Césarée vers Jérusalem avec les légions romaines, les troupes d’Hérode Agrippa IT et d’autres corps auxiliaires.
Au commencement du printemps de l’an 70, il établit son Camp à Gabath-Saül, à trente stades de la ville sainte. De là, avec six cents cavaliers, 1l fait une reconnaissance hardie de la partie septentrionale de la place qu'il va assiéger. Au moment où, par une marche oblique, il prête Le flanc aux coups de Pennemi, en se dirigeant témérairement vers la tour Pséphina, d’innombrables adversaires s’élancent par la porte qui s'ouvre entre les tours des Femmes et qui est aujourd'hui remplacée par la porte de Damas. Ils se précipitent sur sa petite troupe, la rompent et l’enveloppent lui-même. Ce n’est que par des prodiges de courage qu'il peut se tirer de ce grave péril et rejoindre son camp sans blessure, bien qu'une quantité considérable de traits aient été dirigés contre lui. La fortune, ouplutôt la Providence, qui lui réservait la conquête de Jérusalem, l'avait protégé visiblement dans cette critique circonstance ; car il n’avait pas mème revêtu sa cuirasse et s'était avancé, non en guerrier, mais en simple éclaireur.
La nuit suivante, la cinquième légion arrive au camp, venant d'Émmaüs, et opère sa jonction avec le gros de l’armée dont la douzième et la quinzième légion font partie.
Le 1% mars, Titus quitte son campement de Gabath- Saül, pour aller s'établir sur le Scopus, colline voisine de Jérusalem, dont elle n’est éloignée que de sept stades ou d'environ 1300 mètres. En même temps, la dixième légion reçoit l’ordre d'occuper le plateau du mont des Oliviers ; mais dès qu’elle commence à pratiquer ses retranchements sur cette montagne, d'où elle devait
couper toute communication des habitants de la ville avec les contrées transjordanes, elle est assaillie par des flots d’ennemis qui la mettent en pleine déroute. Averti de ce désastre, Titus accourt aussitôt, avant qu'il ne soit irréparable; il rallieles fuyards et repousse les Juifs victorieux. Ceux-ci reviennent une seconde fois à la charge ; mais ils sont de nouveau refoulés par Titus qui, en payant continuellement de sa personne et par des efforts répétés, finit par sauver la dixième légion. Débarrassée enfin des assaillants qui avaient un instant espéré l’anéantir, elle s'établit solidement sur le plateau des Oliviers.
Pendant les quatre journées des 3, 4, 5 et 6 mars, 1h tus fait nettoyér, du côté du nord, les approches de la ville ; car, de tous les autres côtés, elle était entourée de ravins qui la rendaient inexpugnable. Le lendemain 7,1l transporte son camp du Scopus au nordde la place, en face de la tour Pséphina (aujourd’hui Kasr Djaloud). Une autre partie de l’armée romaine s’installe à l’ouest nord-ouest, devant la tour Hippicus.
Du 8 au 16 mars, les abords de la ville sont dévastés, le terrain aplani, les arbres coupés, les jardins détruits, et l’on prépare tous les matériaux qui doivent servir à élever les aggeres ou terrasses destinées à recevoir les tours d'approche et les machines de siège. Les aggeres une fois achevés, les tours d'approche sont amenées devant les murs que les béliers commencent à battre.
Le 31 mars, la première enceinte, celle qui était due à Hérode Agrippa [®, est forcée, et Titus se rend maître de la ville neuve ou de Bézétha. Aussitôt, il transporte son camp au dedans de l'enceinte qu'il vient de conquerir, sur le lieu que l’on appelait camp des Assyriens. Ce camp, en effet, n'avait été que plus tard enclavé dans la ville, lors de la construction de la troisième enceinte. |
L'attaque contre le second mur commence immédiatement. En cinq jours, les Romains y pratiquent une
brèche; mais 1l leur faut encore quatre journées de combats continuels et acharnés pour se rendre maïitres de cettenouvelle positio n et en chasserles ennemis.
Avant d'entreprendre d’une manièresérieusela double attaque de la haute ville et de la tour Antonia, dont la possession devait lui ouvrir l’accès du Temple, Titus donne quelques jours de repos à ses troupes et passe en revue ses quatre légions sur le plateau septentrional qui s'étend devant la ville. Les légionnaires revêtent leur costume d’apparat et défilent ainsi sous les regards des habitants qui les contemplent du haut du parapet des remparts et des terrasses de leurs maisons. Ceux-ci sont frappés de la bonne contenance de leurs adversaires sous les armes, de leur aspect mâle et imposant, et de leur parfaite discipline. Néanmoins, ils ne sont nullement inclinés à se soumettre. Titus donne alors l’ordre à ses quatre légions de se partager en deux corps et de préparer deux batteries doubles, l’une vis-à-vis la tour Antonia, l’autre devant le monument du grand-prêtre Jean.
À chacun de ces point d’attaques, deux aggeres doivent être construits et chacun d’eux est assigné à l’une des quatre légions. La première paire de terrasses est élevée par la cinquième et la douzième légion, au travers et dans la piscine Strouthion (les deux piscines souterraines du couvent des dames de Sion); la dixième légion construit son agger près de la piscine Amygdalon (le Birket-Hammam-el-Batrak); la quatrième enfin établit le sien non loin du monument du grand-prètre Jean. Dix-sept jours sont employés à ces divers travaux. Quand ils sont terminés, l'attaque commence avec beaucoup d'ardeur sur les deux points. Jean de Gischala, d’un côté, Simon, de l’autre, rivalisent d’efforts, d’habileté et d’audace pour neutraliser et contreminer les Lentatives des Romains, dont ils parviennent à repousser les attaques.
Titus commande alors à ses troupes d’environner la
ville entière d’un mur de circonvallation, afin d’empèécher toute communication entre les habitants et le dehors et de les réduire ainsi par la famine, Jérusalem regorgeant alors de population, à cause de la fête de Pâques, qui y avait attiré des multitudes immenses. Ce mur, qui avait trente-neuf stades de développement et comptait treize redoutes, est exécuté par l’armée romaine avec une rapidité incroyable; car il est achevé en trois jours. La ligne d'investissement, comme nous le savons par Josèphe, partait du camp des Assyriens, c’est-à-dire du quartier Bézétha, où se dressaitlatente de Titus, pour descendre vers la partie la plus basse de la ville neuve jusqu'à la porte connue aujourd'hui sous le nom de Bab-Sitt:-Mariam. Là, elle traversait la vallée du Cédron pour gagner la montagne des Oliviers ; s’infléchissant alors au Midi, elle entourait la montagne jusqu’à la roche appelée Péristéréon (le Colombier), aujourd’hui probablement Kobour-el-Anbia, puis la colline voisine qui domine la vallée où se trouve la piscine de Siloé. De là, tournant à l'Occident, elle descendait dans la vallée de la Source (Bir-Ayoub); ensuite, en remontant près du tombeau du grand-prêtre Ananus, elle contournait la montagne sur laquelle Pompée avait jadis établi son camp. Après être revenue vers le Nord, elle s’avançait jusqu'à un certain hameau nommé la Maison des pois chiches et enveloppait le monument d'Hérode. Enfin, se dirigeant vers l'Orient, elle rejoignait les retranchements du camp.
Le tombeau d’Ananus, dont il est ici question, est généralement identifié avec celui qui aujourd'hui porte le nom de saint Onufre, et qui appartient aux Grecs. Quant au monument d'Hérode, dont il ne reste que de faibles vestiges, il avoisine le Birket.Mamillah,
Ce mur une fois terminé, et la ville ainsi enfermée dans un cerele infranchissable, la famine y fait bientôt d'efflroyables ravages et des monceaux de cadavres s'accumulent dans les maisons, dans les rues et dans
les places publiques. En même temps, Titus, qui a vainement cherché à amener à composition les habitants par des propositions de paix que les chefs ont toujours rejetées, pousse le siège plus activement que jamais. Modifiant son plan, au lieu d'attaquer la ville à la fois par l’angle nord-ouest et par la tour Antonia, 1l concentre d’abord tous ses efforts contre cette dernière tour. Quatre nouvelles terrasses, plus considérables que les précédentes, sont préparées au moyen de pièces de bois qu'il faut aller chercher à cnze milles de là, tous lesenvironsde Jérusalem ayant été complètement dénudés d'arbres. Le 29 mai, enfin, la tour Antonia tombe au pouvoir des Romains. Ceux-ci consacrent plusieurs jours à renverser cette citadelle pour ouvrir à travers ses ruines un passage plus facile aux machines de guerre, et alors ils commencent l'attaque de l’enceinte du Temple. Mais auparavant, Titus, qui veut conserver cet admirable monument et qui craint que la mêlée qui va s'engager n’aboutisse à sa destruction, députe Josèphe auprès de Jean de Gischala pour l’engager à ne plus profaner les parvis sacrés par des combats multipliés et par l’effusion de tant de sang humain, mais à en sortir et à luilivrer bataille avec toutes ses forces en dehors de cette enceinte. Cette négociaton étant repoussée avec dédain par Jean, la lutte recommence avec un acharnement nouveau. Le mur de la partie nord du Temple est emporté par les Romains; les portiques occidentaux et septentrionaux sont livrés aux flammes. En même temps, la famine sévit de plus enplus dansla ville. Les malheureux habitants en sont réduits, pour apaiser leur faim, à recourir aux aliments les plus immondes. Une femme même, du nom de Marie, égorge son propre fils pour le faire cuire etle manger. À la nouvelle de cet acte horrible, Titus est profondément ému et proteste devant le ciel que c’étaient les Juifs qui avaient préféré ces calamités à la paix qu'il leur avait plusieurs fois offerte.
di
Enfin, le 10 du mois d’Ab, qui répond à notre moisde juillet, un soldat romain, se faisant soulever par l’un de ses camarades et, malgré les ordres formels de Titus, jette un tison enflammé dans l’une des nombreuses chambres qui entouraient le sanctuaire. Il y avait juste six siècles et demi, jour pour jour, que les Babyloniens avaient mis le feu au Temple de Salomon. Informé de ce fait, Titus accourt avec ses principaux officiers, et, désirant sauver à tout prix, comme l’un des plus beaux ornements de sa victoire, cet édifice réputé l’une des merveilles du monde, il commande à ses soldats’ d’éteindre le feu ; mais ceux-ci, n’écoutant pour la première fois ni ses ordres, ni ses menaces, ni même ses prières, et poussés par une sorte de force aveugle et irrésistible, s’excitent, au contraire, mutuellement à à propager l'incendie et à détruire de fond en comble un monument qui était l’orgueil des Juifs, et comme l’emblème de leur nationalité. Titus, qui essaie d’y pénétrer pour l’arracher à la fureur de ses troupes et à la destruction qui le menace, est obligé d'en sortir précipitamment, dans la crainte d’être enveloppé lui-même par un cercle de flammes, il abandonne donc ce Temple, dont il a pu admirer les splendeurs, à sa triste destinée, c’est-àdire, à une ruine complète. À la vue de PEntondie qui consume leur sanctuaire, les Juifs poussent des cris de rage et des gémissements lamentables, etse précipitent de toutes parts pour éteindre les flammes et repousser les Romains ; mais ils sont cernés de tous côtés et frappés parle fer ou dévorés par le feu, etdes milliers d’entre eux tombent expirants sur l'autel où tant de victimes avaient été offertes à Jéhovah, et où ils sont immolés, à leur tour, comme des hécatombes humaines.
Le lendemain, les Romains plantent leurs enseignes devant la porte orientale du Hiéron, sacrifient à leurs dieux et proclament Titus 2mperator.
Une fois l’enceinte du Temple emportée avec ses parvis et en partie détruite et ses défenseurs refoulés
ou anéantis, il reste encore aux vainqueurs à s'emparer de plusieurs quartiers de la basse ville, du faubourg d'Ophel et de toute la ville haute à laquelle le palais d'Hérode, avec les trois fameuses tours Hippicus, Mariamne et Phasaël servaient de forteresse et qu'entourait un puissant mur d'enceinte. C’est alors que Jean de Gischala et Simon, fils de Gioras, demandent une entrevue à Titus. Placés eux-mêmes à lextrémité oceidentale du pont qui rejoignait le Moriah à la ville, tandis que Titus en occupe l’extrémité orientale, ils ne peuvent obtenir du général romain les conditions qu'ils veulent dicter eux-mèmes, et Titus leur déclare que le
temps de la miséricorde est passé et que, puisqu'ils ne veulent pas traiter avec lui en vaincus et subir ses volontés, 1ls n’ont plus qu’à en appeler aux armes. Il donne aussitôt l’ordre àses troupes de livrer au pillage et à l'incendie la ville basse et le faubourg d’Ophel, puis les quatre légions réunies se préparent, pendant dix-huit jours, à attaquer la ville haute en commençant par le palais d'Hérode et par les trois célèbres tours dont nous avons parlé plus haut. Bientôt, les machines y pratiquent des brèches, etles Romains pénètrent dans la ville haute en conquérants irrités. Tout est mis à feu et à sang, et d'innombrables cadavres jonchent le sol de l’infortunée cité. Pendant toute l'étendue du Siège, qui dura près de sept mois et qui fut l’un des plus sanglants et des plus horribles dont l’histoire fasse mention, onze cent mille Juifs, au dire de Josèphe, y succombèrent, moissonnés par le glaive, par la maladie et surtout par la famine, et les prisonniers atteignirent le chiffre de quatre-vingt-dix- sept mille individus. Beaucoup d’entre eux furent envoyés en Égypte pour travailler aux mines :d’autres furentvenduscommeesclaves. Il y a, sans doute, une grande exagération dans les évaluations de Josèphe; car Tacite ne fixe qu’à six cent mille le nombre des Juifs assiégés dans la ville; mais toujours est-il qu'à cause des fètes de Pàques la popu-
lation qui y était renfermée, ou plutôt entassée, devait être énorme. Par une permission toute spéciale de Ia Providence, les Romains vinrent, en effet, précisément à ce moment-là pour attaquer la cité déïcide qui, trentesept ans auparavant, avait crucifié son Libérateur pendant l’époque de Pâques, afin d’embrasser comme dans un même filet la plus grande partie de la nation coupable.
Jean de Gischala se rendit. et Simon, fils de Gioras, se cacha pendant quelque temps dans un égout, d’où il ne sortit que lorsqu'il eut épuisé les provisions qu'il avait amassées. Tous deux furent réservés, avec sept cents prisonniers d'élite, pour orner à Rome le triomphe du vainqueur ; Simon fut ensuite décapité et Jean condamné à un cachot perpétuel.
Quant à la capitale des Juifs, elle fut rasée de fond en comble, à l’exception des tours Hippicus, Phasaël et Mariamne, qui devaient servir de monuments attestant aux races futures la force et la puissance des obstacles que les Romains avaient rencontrés et brisés. En mème temps, ces tours, avec une partie des murs attenants à l'Occident, devaient abriter la légion chargée de garder ces ruines. Ce fut à la dixième légion, sous le commandement de Rufus, que cette tàche incomba.
Telle fut la fin de cette ville célèbre entre toutes, qui rêvait pour elle-même des destinées immortelles, mais qui, pour avoir méconnu, outragé et mis Ignominieusement à mort son propre rte s'attira 16 terrible châtiment que nous venons de raconter brièvement. Tout contribua à précipiter la catastrophe de cette cité que ses remparts, ses tours formidables et sa position elle même semblaient rendre inexpugnable ; mais la discorde régnail parmi ses défenseurs, et Papproche de l'ennemi commun n'avait pas réussi à réunir dans un accord patriotique les différents partis qui se disputaient la possession de ses trois enceintes et de son Temple.
Tant il est vrai que toutes.les calamités devaient conspirer ensemble à l'entière destruction de cette ville. Titus lui-même, instrument qu'il était de la vengeance divine, n’attribua pas à son génie militaire personnel, n1 à la valeur de ses légions, la chute de cette place. En effet, quand il put considérer de près la force des obstacles contre lesquels il avait eu à lutter, il reconnut tout le premier qu’une puissance surnaturelle avait travaillé de concert avec lui pour lui faciliter une conquête que n1 lui, ni ses soldats, n’auraient jamais pu accomplir à eux seuls, tant étaient formidables les différentes enceintes qu’il fallait renverser, tant aussi fut héroïque le courage des défenseurs de la ville.
Mais les prédictions du Christ devaient se réaliser. et ce n'était point en vain qu'il avait annoncé le sort funeste réservé à la cité qui, pour prix de-sa Rédemption, devait le elouer sur un infâme gibet.