SAINT SIMÉON, ÉVÊQUE DE JÉRUSALEM
Pemplacement des divers endroits où s'étaient accomplis les principaux mystères de la mission du Sauveur. Saint Siméon, le successeur de saint Jacques le Mineur, avait été le contemporain du Messie, qu’il avait même précédé de plusieurs années. Il est donc impossible qu’en revenant à Jérusalem, après le départ de Titus, il n'ait pas facilement retrouvé la trace et conservé fidèlement la mémoire de tous les lieux où le Christ avait laissé l'empreinte ineffaçable de son passage, où il avait enseigné et souffert, où 1l était mort pour le salut du monde, enfin, où il avait été enseveli. Ce qu’il connaissait parfaitement, 1l dut le transmettre à ses successeurs qui, tousétant juifs, jusqu’à Adrien, ne pouvaient manquer d’être au courant des traditions relatives au Messie, traditions encore toutes fraîches et recueillies religieusement de bouche en bouche. Il est inadmissible, en effet, de prétendre que ces traditions primitives s’oblitérèrent tellement dans l'esprit des premiers chrétiens et des Juifs qu'elles s’altérèrent profondément; car cette succession d’évèques indigènes ayant été non interrompue dès le commencement ne laissait aucun vide dans la chaîne continue des témoignages, etil est impossible de s’imaginer que ces témoignages aient pu se tromper sur des points qui touchaient de si près aux origines mêmes du christianisme et aux actes les plus importants de la vie de son divin fondateur. |
L’évèque saint Siméon, dont nous venons de parler, subit le martyre sous le principat de Trajan, à âge de cent vingt ans. Dénoncé aux Romains par les hérétiques, comme appartenant à la race de David, il fut torturé cruellement, et enfin mis en croix. Cléophas, son père, avait été le propre frère de Joseph, l’époux de la Sainte Vierge; il était par conséquent de la race de David, comme Joseph lui-même.
Arrivons maintenant à Adrien. Cet empereur, voyant l'esprit d’'insubordination et d'indépendance qui, dans
plusieurs contrées de son vaste empire, agitaitles Juifs. conçut, à peine monté sur le trône, le projet de leur enlever tout espoir d’une restauration politique, en rebâtissant Jérusalem, qui était toujours l’objet de leurs regrets et le but de leurs pensées. Il voulait, en effet, la repeupler de Grecs et de Romains, et en faire une ville purement païenne. Pour conjurer cette calamité nouvelle, qui semblait devoir mettre le sceau à leurs malheurs présents, les Juifs se concertèrent de toutes parts, afin de tenter en Palestine un dernier effort. Sous la conduite d’un homme audacieux, appelé Bar- Coziba, qui se faisait passer pour le Messie, ils s’emparèrent de Jérusalem et de beaucoup d’autres places fortes. Ce Bar-Coziba (fils du mensonge) prit le nom de Bar-Cocheba (fils de l'étoile), et prétendit être l'étoile saluée prophétiquement par le prophète Balaam, comme Pemblème du futur Rédempteur du peuple d'Israël. (Nombres, ch. xxiv, v. 17.) Le célèbre docteur Akiba accrédita cette prétention. Dès lors, l'insurrection s’étendit Ge proche en proche et devint bientôt très redoutable. Le général romain Titus Annius Rufus, qui commandait en Judée, fut vaincu en plusieurs rencontres. Adrien, qui avait d’abord méprisé cette révolte, comprit qu’il fallait compter avec elle, et il envoya en Palestine Julius Severus, qui venait de se distinguer dans la Grande-Bretagne. Celui-ci, sans engager d’action générale, commença par enlever successivement aux insurgés chacune de leurs places fortes. Jérusalem tomba bientôt en son pouvoir. Les Juifs alors se retirèrent dans Béther, où ils furent assiégés par les Romains, qui ne parvinrent à emporter de vive force cette ville qu'au bout de trois ans et demi d'efforts incroyables, l'an 136 de lère chrétienne. S'il faut en eroire les rabbins, elle renfermait une population énorme et comptait plusieurs centaines de synagogues et d'écoles. Maîtres de la place, les Romains y firent un eflroyable massacre de ses défenseurs qui furent,
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dit-on, égorgés par centaines de mille. Le sang coulait à flots dans les rues et ruissela, affirment les Talmudistes, jusqu’à la mer en torrent impétueux. Il est inutile de faire remarquer que tous ces détails, relatifs tant à l'étendue de Béther qu’au chiffre prodigieux des malheureux habitants qui y furent tués, sont empreints de la plus grande exagération; aussi, faut-il bien se garder de les prendre à la lettre.
J'ai montré, depuis longtemps, dans ma Description de la Judée (tome IT, p. 387 et suiv.), que cette ville de Béther répond à la localité actuelle de Bettir, située à dix kilomètres environ, à l’ouest-sud-ouest de Jérusalem, sur une montagne escarpée. On n’y parvient qu’en suivant un étroit sentier pratiqué en quelques endroits dans le roc vif. Ce village est lui-même dominé par une sorte de péninsule rocheuse, très facile à fortlier et à défendre, et qui garde encore les traces des anciennes murailles qui lentouraient. Or, quel est le nom qui s'attache encore maintenant à l’emplacement de cette antique acropole? celui de Khirbet-Bettir (ruines de Bettur), ou de Kirbet-el-Yéhoud (ruines des Juifs). N'y a-t-1l pas là une association d'idées et de souvenirs bien frappante? Cette forteresse de Bettür, nom qui rappelle de si près la Béther ou Béthar des Talmudistes, est en même temps, comme son autre dénominalion lindique, le tombeau, en quelque sorte, de la nationalité juive ; car c’est là que la ruine de ce peuple fut consommée. Peut-on douter dès lors que ce plateau, escarpé de toutes parts, que la nature et l’art avaient rendu imprenable et auquel la tradition a maintenu les deux désignations dont j'ai parlé, ne soit bien elfectivement l’ asile où Bar-Cochéba s'était réfugié comme dans un poste inexpugnable, afin d’y défendre le plus longtemps possible, contre la puissance romaine, les derniers restes de la nation juive? Un passage de saint Jérôme (Commentaire sur Zacharie, ch. xr, v. 4) nous apprend que, après la prise de Béther, les malheureux
prisonniers qui n'étaient point tombés sous le fer du vainqueur furent vendus par milliers à l’endroit où Abraham avait jadis fixé sa tente. près d’Hébron, et où se tenait chaque année un marché très fréquenté. Ceux qui n’y trouvèrent pas d'acheteurs furent de là transportés en Égypte.
Ce Père de l’Église, dans son Commentaire sur le prophète Jérémie oo de rapporte le même fait.
Cette vente des prisonniers juifs au marché du Térébinthe, non loin d'Hébron, prouve, à ce qu’il me semble, que Béther était située dans les montagnes de la Judée, et non point sur lesbords de la Méditerranée, comme le veut une tradition rabbinique; autrement, ce transport de tant de milliers de captifs au marché du Térébinthe serait invraisemblable, attendu qu'ils auraient pu être vendus immédiatement dans l’une des villes du littoral. Il est, au contraire, très facile à admettre, si l’on place à Bettir, éloignée seulement de six heures de marche d’Hébron, la ville de Béther. D'ailleurs, un passage très formel d'Eusèbe (Histoire ecclésiastique, 1. IV, ch. vi place Béther à une faible distance de Jérusalem.
Mais, me dira-t-on, comment accorder avec l'opinion de ceux qui reconnaissent Béther dans Bettir l’assertion des Talmudistes qui prétendent que cette ville renfermait plusieurs centaines de synagogues et d'écoles et une population innombrable? Jamais, en effet, Betur, en y comprenant le village actuel, le plateau AA UR du Khirbet el-Yéhcud et le plateau inférieur qui s’étend vers l’Oued-Bettir, n’a pucontenir même ladixième partie d’une semblable multitude. En outre, les Talmudistes affirment que Béther était à quatre milles de la Méditerranée, et Bettir en est au moins à trente-cinq milles.
A cette objection, je réponds que lexagération des Talmudistes relativement au chiffre de la population de Béther, à celui de ses synagogues et de ses écoles et à la quantité énorme d'habitants qui périrent dans ce siège,
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est si outrée et si palpable, qu’elle ne peut avoir la valeur d’un document historique. Dion Cassius, à la vérité (. XIX, ch. xx), évalue à cinq cent quatre-vingtmille le nombre des Juifs qui furent tués par les Romains dans cette guerre ; mais c'est là le chiffre total de toutes les victimes de cette insurrection, partout où des combats furent livrés et où des villes furent emportées d'assaut. Quant à la distance de quatre milles, qui séparait Béther de la mer, elle est loin d’être donnée par tous les Talmudistes ; car, selonle Talmud de Jérusalem, Béther était située à quarante milles de la Méditerranée. Il paraît résulter également d’un passage de la Michna (T° partie, ch. 1v, $ 10) qu’elle était dans le voisinage de Thécoa. On voit par là que les indications du Talmud, en ce qui concerne la position de Béther, sont très divergentes, puisqu'elles vartent de quatre à quarante milles pour l'intervalle qui s’étendait entre cette ville et la mer.
En résumé, la grande ressemblance des noms, la position extrèmement forte du Klhuirbet-Bettir, le témoignagne d’Eusèbe affirmant que Béther était très rapprochée de Jérusalem, la vente des malheureux captifs au marché du Térébinthe, près d'Hébron, tout semble prouver qu'il faut chercher cette ville dans les emplacements du village de Bettir, du Khirbet-Bettir et du plateau inférieur que ces dernières ruines dominent. Là, très probablement, s’est accomplie la terrible catastrophe qui a écrasé pour jamais la nationalité judaïque dont les débris, profondément vivaces, quoique dispersés, sont depuis longtemps épars à travers le monde. Cette catastrophe est elle-même aussi attestée par le nom de Khirbet-el-Yéhoud, que porte pareillement le Khirbet-Bettir.
Je me suis un peu appesanti sur la question de l’emplacement de Béther, parce qu'ilest important de savoir où s’est consommée la ruine du peuple juif. Je reviens maintenant à l’histoire proprement dite de sa capitale.
Adrien, vainqueur, rasa Jérusalem et fit détruire les
monuments que Titus avait épargnés. Il ordonnade faire passer la charrue sur l’emplacement du Temple. Une nouvelle cité toute païenne s’éleva sur les cendres de l’ancienne et un temple en l'honneur de Jupiter Capitolin remplaça celui de Jéhovah. Parmi les monuments les plus remarquables de la nouvelle ville, il faut mentionner un théâtre, deux marchés et plusieurs autres édifices publics. On y comptait sept quartiers différents.
Une partie du mont Sion cessa d’être comprise dans l'enceinte de ses murs et un sanctuaire consacré à la déesse Astarté fut érigé sur le Saint Sépulcre. Adrien donna à cette cité, qu’il avait créée, le nom de Ælia Capitolina, combinant ainsi avec son propre nom de famille Ælius celui de Jupiter Capitolin, devenu le patron de la ville nouvelle. Il fut défendu aux Juifs, sous peine de mort, d'y pénétrer et même de s’en approcher jusqu'à une certaine distance. Afin de les détourner davantage de chercher à franchir l'enceinte qui leur était. interdite, un pourceau de marbre, image que les Juifs ont particulièrement en horreur, fut placé sur l’une des principales portes d'entrée. Les chrétiens issus de Juifs furent pareillement exelus de la ville, et la permission de l'habiter fut accordée seulement aux chrétiens nés de (rentils. Aussi, à partir de ce moment, les divers évèques qui montèrent sur le siège de Jérusalem furent-1ils tous issus de Gentils : l’évêque Marc ouvrit cette nouvelle série. Tout ce qui fut concédé aux Juifs, ce fut l'unique faveur de pouvoir pénétrer une seule fois par an dans leur ville sainte, et cela à prix d'argent, pour y pleurer leurs malheurs et y gémir sur les souvenirs de leur passé. À l’époque de saint Jérôme, cet élat de choses durait encore, comme nous l’atteste un passage de ce Père de l'Église dans son Commentaire sur le prophète Sophonias (ch. ».
Jérusalem, devenue simple colonie romaine, futéclipsée par Césarée, qui monta au rang de véritable capitale