SAINT JÉROME
« monastères sur l’Église, lisons-nous dans la thèse de « M. Couret (page 88), fut considérable. Il en partait sans cesse une correspondance active et féconde avec l'Italie, l'Espagne et l’Afrique, et surtout des « réfutations véhémentes de toutes les hérésies. Pen- « dant que, du Sinaï, saint Nil combattait les Ariens et les derniers restes du paganisme, saint Jérôme luttait, pied à pied, contre Jovinien, Vigilance, Origène, et plus tard contre Pélage, et les accablait de la force irrésistible de sa logique et de l’éblouissante richesse -de ses textes. Malheureusement, après quelques années, s’engagea entre saint Jérôme et Rufin, à propos d'Origène, cette querelle où toute l'Église fut mêlée et qui troubla si longtemps la vie « et les travaux de ce père de l’Église. L’évêque de « Jérusalem prit part pour Rufin. »
En 411, une nouvelle lutte de doctrine divisa encore saint Jérôme et l’évêque de Jérusalem. Pélage avait passé d'Afrique en Palestine; une vive polémique éclata aussitôt entre ses partisans et saint Jérôme, Un concile se réunit à Diospolis, l’ancienne Lydda. Les Pélagiens. y furent condamnés: mais Pélage, grâce à ses artifices et au crédit de l’évêque de Jérusalem, fut déclaré exempt de l’hérésie qui porte son nom. Cet évêque se trouvait encore à Diospolis, lorsqu'il apprit qu’on venait de découvrir, près d Éleuthéropolis, le corps de Zacharie, fils de Joad, assassiné autrefois par ordre du roi Joas, et presque en même temps ceux de saint Étienne, de Nicodème et du rabbin Gamaliel, converti par saint Paul, son ancien disciple. IL se rendit i Immédiatement à Éleuthéropolis, constata la précieuse découverte et rapporta dans l’église du Cénacle, sur le mont Sion, le corps de saint nel (Lucien, Epistola ad omnem Ecclesiam, de revelatione corporis Slephani, S 8.)
Le court épiscopat de Prayle, successeur de Jean, fut signalé par l’arrivée en Palestine de Mélanie la Jeune,
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petite-fille de la précédente, par la mort de sainte Eustochie, qui avait succédé à sa mère Paula dans le gouvernement des monastères de Bethléhem, et par un violent tremblement de terre qui secoua Jérusalem en 419. L'année suivante, saint Jérôme lui-même, après une existence si tourmentée et si laborieuse, et des combats multiphiés pour la défense de la foi, finit par s’éteindre doucement à Bethléhem, épuisé de fatigue et de vieillesse. Il y fut enseveli, non loin de la grotte de la Nativité, près de sainte Paula et de sainte Eustochie, et les. pèlerins de l'Occident, principalement, se sont inclinés depuis, de siècle en siècle, devant son tombeau et sont venus saluer sa mémoire.
Prayle mourut vers 421 et eut pour successeur Juvénal. Celui-ci s’efforça constamment d’accaparer pour son siège épiscopal tous les droits qui appartenaient auparavant au métropolitain de Césarée, et il réussit dans ses projets. Il aspirait même à subordonner à Jérusalem toutes les églises de l'Asie.
Sur ces entrefaites, arriva en grande pompe, dans la Ville Sainte, l’impératrice Eudoxie, femme de lempereur Théodose IT. Elle apportait avec elle d’abondantes aumônes et une croix d’or enrichie de pierreries pour la chapelle du Calvaire. Après quelques mois de séjour dans l’un des quatre couvents fondés par Mélanie, elle: reprit la route de Constantinople, l’an 439, pour en revenir huit ans après, mais disgraciée et comme en exil. Malheureusement, elle se laissa séduire, à Jérusalem, par les théories d’un moine nommé Théodose, qui lui fit embrasser les doctrines d’Eutychès, hérétique qui ne reconnaissait en Jésus-Christ qu'une seule nature, la nature divine. Ce moine, grâce à son appui, s’efforça de supplanter violemment Juvénal sur le siège de Jérusalem. Juvénal fut contraint de se soustraire par la fuite à la persécution à laquelle il fut en butte, et même à la mort qui lui était réservée; mais ensuite, protégé par l'empereur Mareien, 1l rentra triomphalement à Jéru-
salem, et Eudoxie, pour expier sa longue erreur et les troubles sanglants qu’elle avait encouragés, bâtit dans la ville des églises, des hôpitaux, des monastères et répara les murs de la cité. Enfin, à quelque distance, au nord de la porte actuelle de Damas, elle construisit une superbe basilique sur le lieu où saint Étienne avait été lapidé. Une chapelle y renfermait les reliques du premier des martyrs.
À quelques pas de cet oratoire, l’impératrice se fit préparer pour elle-même un tombeau où elle fut déposée, après sa mort, par l’évêque Anastase, successeur de Juvénal. Dix ans plus tard, sa petite-fille, appelée comme elle Eudoxie, et poursuivie parle malheur, vint s’agenouiller à Jérusalem, sur la tombe de sa grand’ mère. Succombant bientôt à la maladie et à la douleur, elle fut ensevelie à côté de son aïeule par l'évêque Martyrius.
A la basilique de Saint-Étienne, un grand monastère était attenant; il avait été doté, par l’impératrice Eudoxie, de revenus considérables et eut pour premier abbé Gabriel de Cappadoce, que l’Église vénéra ensuite comme un saint et qui fut enterré TNA dans cette basilique. Les nombreux miracles qui s’accomplirent, après sa mort, sur son sépulcre, le rendirent très célèbre.
L'an 518, un synode fut convoqué à Jérusalem par Jean, alors patriarche de cette ville, pour y condamner de nouveau les erreurs sans cesse combattues, et non encore définitivement vaincues, de Nestorius et d'Eutychès et, comme la basilique de Saint-Étienne était plus vaste que celle du Saint-Sépulcre, elle fut choisie pour le lieu de la réunion. Dix mille personnes, dit-on, trouvèrent place dans son immense enceinte.
Les monuments élevés par Justinien en Palestine sont très nombreux. À Jérusalem notamment, il donna l’ordre de bâtir une basilique en l’honneur de la Sainte Vierge, à l’extrémité du mont Moriah. Pour la construire
ainsi que les portiques qui lentouraient et les deux magnifiques hospices qui l’accompagnaient, l’un réservé aux pèlerins étrangers, l’autre destiné. aux malades et aux pauvres de la ville, l'architecte, comme Île raconte Procope, fut contraint d'agrandir par une immense terrasse factice une partie de la plate-forme du mont Moriah. C’estalors, sans doute, que furent remaniés les prodigieux souterrains, connus sous le nom d’Æcuries de Salomon. (Procope, De ædificiis J'ustiniani, 1. V, Chr)
De lan 610 à l’an 628, les Perses ravagèrent la Palestine. L'an 615, ils s’emparèrent même de Jérusalem, qu'ils mirent à-feu et à sang. Rien ne fut épargné par leurs hordes dévastatrices. L'église du mont Sion, la basilique de l’Ascension et celle de Sainte-Marie, nouvellement bâtie par Justinien, furent renversées, ainsi que la basilique de Saint-Étienne, qui s’écroula sur les tombes violées des deux Eudoxie et du saint patron en l'honneur duquel elle avait été fondée. Il en fut de même de la basilique du Saint-Sépulere, qui fut complètementincendiée, et la Vraie Croix fut enlevée comme un trophée précieux par les vainqueurs idolâtres. Le patriarche Zacharie et les principaux habitants de la ville furent entraînés captifs jusqu’au fond de la Perse. Quant au menu peuple, ilfut vendu aux Juifs, qui massacrèrent cruellement, par vengeance, la plupart des captifs qu'ils avaient achetés.
Ceux des habitants qui survécurent à une pareille catastrophe ‘étaient tous consternés; seul, un simple moine, appelé Modestus, abbé du couvent de Saint- Théodose, près de Bethléhem, ne perdit point courage et résolut, après le départ des Perses, de relever la ville anéantie. Il ramena les fugitifs, ensevelit les victimes dont les corps étaient épars sur le sol, et sollicita des aumônes par tout l'Orient. Grâce aux secours qu'il reçut, il nourrit la multitude des affamés qui se pressaient autour de lui et osa entreprendre de rebâtir les