‹ Jérusalem: son histoire, sa description, ses établissements religieuxChapitre 58 sur 179 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

DEPUIS L'INVASION MUSULMANE JUSQU'A LA FIN DE L'OCCUPATION FRANQUE A JÉRUSALEM

Écrivain distingué, théologien profond, Sophronius se montra le zélé champion de l'intégrité de la foi qu’attaquait l'erreur, de plus en plus répandue, des Monothélites, qui, en ne reconnaissant en Jésus-Christ qu’une seule volonté, reproduisaient, sous une autre forme, l’hérésie, déjà plusieurs fois condamnée, d’Eutychès, qui n'admettait dans la personne du Christ qu’une seule nature. Il était en même temps le plus ferme appui de Jérusalem, dont il armait les tours et réparait les murailles, dans la prévision que cette ville allait bientôt être attaquée par les Arabes. Ceux-ci, en effet, ne se contentaient plus, comme auparavant, de piller la Palestine en la sillonnant de leurs bandes vagabondes, qui, après l’avoirravagée, se hâtaient de fuir avec leur butin; mais ils se disposaient à l’envahir en véritables conquérants. Vainqueurs en deux batailles des armées d’'Héraclius, ils vinrent, en 636, mettre le siège devant les murs de Jérusalem et campèrent au nord de la ville, au milieu des ruines de la basilique et du monastère de Saint-Étienne.

Sophronius, quoique abandonné à lui-même et ne pouvant plus compter sur le secours d’Héraclius, ne perdit pas néanmoins courage. Pendant quatre mois, les habitants, soutenus par son énergie, résistèrent à

tous les assauts de l'ennemi; il fallut toutéfois capituler à la fin. Mais le patriarche, avanf de se rendre, exigea la présence d’Omar lui-même. Le Kkhalife arriva donc de Médine, monté sur son chameau et dans le grossier accoutrement d’un simple bédouin. C’est dans ce modeste appareil qu’il franchit le seuil de Jérusalem, qui allait devenir sa conquête, et Sophronius, à sa vue, ne put s’empècher de répéter en pleurant les paroles du prophète Daniel : « l’abomination de la désola- « tion est dans le lieu saint. » Omar, cependant, l’histoire doit le reconnaître à son honneur, se montra grand et magnanime et donna, dans cette circonstance solennelle, un exemple que les chrétiens auraient dû imiter plus tard, quand ils reprirent Jérusalem sur les musulmans. Il assura, en effet, aux chrétiens de la ville, la liberté civile et religieuse, au prix d’un tribut annuel; les églises, les croix, les monastères furent respectés. Le khalife s’abstint même d'entrer dans aucun ancien édifice consacré au culte chrétien et se borna à prier sur les marches dela basilique du Saint-Sépulcre. Parvenu, sous la conduite de Sophronius, sur les ruines du Temple de Salomon, ilcommença à déblayer cet endroit de ses propres mains, en emportant dans son manteau les ordures qui le souillaient. Les musulmans qui l’accompagnaientimitèrent son exemple, et c’est là qu'Omar fit jeter les fondations de la mosquée qui, reconstruite et embellie plus tard, porte encore son nom.

La peste suivit bientôt la prise dela ville; on appela la peste d'Emmaüs, du nom de la bourgade où elle avait, dit-on, pris naissance. Le patriarche Sophronius ne put survivre à la chute de Jérusalem et mourut de douleur. Après lui, le siège patriarcal demeura vacant pendant une soixantaine d'années. La conquête de la Palestine fut achevée, en 638, par les Arabes, Constantin, fils aîné d'Héraclius, ayant abandonné lâchement Césarée, où il avait encore une armée de quarante mille hommes.

La domination musulmane, d’abord modérée, confor-

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