‹ Jérusalem: son histoire, sa description, ses établissements religieuxChapitre 61 sur 179 · SIÈGE DE JÉRUSALEM PAR LES PREMIERS CROISÈS · texte numérisé non relu

SIÈGE DE JÉRUSALEM PAR LES PREMIERS CROISÈS

niqueurs même réduisent ce chiffre à quarante mille. Le siège commença aussitôt. Godefroy, Robert de Normandie et Robert de Flandre s'étaient postés devant la porte actuelle de Damas, dite alors porte de Saint- Étienne. Tanerède devait attaquer la partie nord-ouest de la place; il avait dressé ses tentes devant la tour dont les ruines portent maintenant le nom de Kasr-el- Djaloud, que les Latins appelèrent la Tour de Tancrède; c’est l’ancienne tour Pséphina, de la troisième enceinte. . Raymond, comte de Toulouse, établit d’abord son camp en face de la porte actuelle de Jaffa, mais il transporta ensuite une partie de ses troupes sur la partie méridionale du mont Sion, à côté des ruines du Cénacle.

. À l’instigation d’un ermite, qui habitait sur le mont des Oliviers, les croisés, couverts seulement de leurs boucliers et trop confiants dans leur courage, tentèrent presque aussitôt un assaut général de la ville. Faute de machines de guerre et d’un nombre suffisant d’échelles, 1ls furent repoussés avec perte et comprirent qu’il fallait entreprendre un siège régulier.

Tous les alentours de la place étant dénudés d'arbres, ils durent aller fort loin pour chercher du bois propre à la construction de leurs machines. En même temps, comme on était au plus fort de l'été et que le vent du midi avait embrasé l’atmosphère, ils eurent à endurer des chaleurs excessives et les tortures de la soif, qui épuisèrent leurs forces. On en voyait, dit Albert d'Aix, qui, dans leur désespoir, se précipitaient vers les murs de Jérusalem, y appliquaient leurs lèvres brülantes et desséchées et s’écriaienten gémissant : « O Jérusalem, reçois nos derniers soupirs ! Que tes murailles tombent sur nous et que la sainte poussière qui l’environne recouvre nos ossements ! »

Sur ces entrefaites, on apprit qu’une flotte génoise venait d'aborder à Jaffa. Elle avait, ilest vrai, été attaquée et brûlée par l’ennemi; mais les matelots avaient eu Île temps de returer de leurs navires incendiés les

provisions et les munitions qu'ils apportatent. Escortés par un détachement de l’armée assiégeante, qui était allé au devant d'eux, ils fournirent aux Francs un secours précieux. Habiles, en effet, comme charpeutiers, ils furent d’une extrême utilité pour la construction des machines de siège. Grâce à eux, trois énormes tours roulantes, chacune de trois étages, furent bientôt dressées. Du sommet de chacune d’elles, un pont-levis pouvait s’abattre sur les remparts et permettre ainsi de pénétrer dans la place.

D’après les conseils du même solitaire du mont des Oliviers, une procession solennelle, précédée d’un jeüne de trois jours, fut faite par les croisés autour de l’enceinte de Jérusalem. Tandis que cette procession se déployait sous les murs de la ville, les Sarrasins, du haut de leurs créneaux, insultaient par leurs railleries aux pieuses démonstrations de la foi des Latins et souillaient « publiquement par d’horribles profanations des croix qu'ils avaient plantées sur leurs remparts. Le lendemain, les croisés, exaspérés par ce spectacle, se préparèrent à uns assaut général, et Godefroy de Bouillon, ayantremarqué que l’angle oriental du côté nord de la ville était le plus facile à escalader, y transporta sa tente et sa tour roulante. Le jeudi, 14 juillet, l'attaque commença sur toute la ligne dès la pointe du jour. Après douze heures d’une lutte acharnée, les chrétiens furent obligés de renoncer à l'espérance de s'emparer de la villem ce jour-là. Le lendemain, l’attaque et la défense furent plus vives encoreque la veille. Déjà la victoire semblait incliner du côté des musulmans et les guerriers de lOccident allaient fléchir, lorsqu'au rapport de Guillaume de Tyr un chevalier agitant un bouclier resplendissant apparut tout à coup sur le sommet de la montagne des Oliviers. « C’est saint Georges en personne, s’écrièrent à la fois Godefroy et Raymond, qui vient se mettre à notre tête. » L’enthousiasme des Latins n’a plus alors de bornes et ils s’excitent mutuellement à tenter un su-

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