‹ Jérusalem: son histoire, sa description, ses établissements religieuxChapitre 62 sur 179 · PRISE DE JERUSALEM PAR LES CROISÉS · texte numérisé non relu

PRISE DE JERUSALEM PAR LES CROISÉS

prème effort. La tour de Godefroy de Bouillon laisse tomber son pont-levis sur la muraille, et Létholde de Tournay, suivi de son frère Engelbert, puis de Godefroy lui-mème, s’élance le premier sur les remparts et y plante l étendard de la croix. Tancrède et les deux Robert se précipitent bientôt à leur tour dans la place. Raymond, de son côté, y pénètre avec ses troupes. Un massacre épouvantable remplit aussitôt toute la ville de torrents de sang. Les croisés, irrités des outrages qu'ils ont vu prodiguer naguère par les musulmans au signe

- auguste de leur religion, se montrent impitoyables. A

la mosquée d’Omar, surtout, une véritable boucherie est faite de tous ceux quis’y sont réfugiés. Après ce premier carnage, les croisés, se rappelant qu'ils sont pèlerins, se rendent, sous la conduite de leur chef, nupieds et sans armes, à la basilique du Saint-Sépulcre. Là, ces hommes de fer, au cœur en apparence plus dur que leurs cuirasses, donnent toutes les marques de la dévotion la plus tendre et la plus expansive. Malheureusement, la nouvelle de l'approche d’une armée égyptienne enlève tout sentiment de pitié aux chets. de l’armée chrétienne, et il est décidé en conseil que tous les musulmans qui demeurent encore dans la ville seront mis à mort. Huit jours durant, les croisés procèdent froidement à cette extermination barbare des musulmans qui avaient échappé à leurs premiers coups. Quant aux Juifs, ils sont renfermés dans leurs synagogues et brûlés vifs. L'histoire impartiale ne peut que blâämer hautement de pareilles cruautés. Tous les écrivains du temps ont observé que les Francs entrèrent dans Jérusalem le vendredi, 15 juillet 1099, à trois heures de l'après-midi, au jour précisément ét à l'heure où le Christ était mort en croix pour le salut du monde. Les chrétiens, une fois vainqueurs, auraient dû davantage songer au pardon divin accordé alors par le Messie à ses bourreaux du haut de instrument de sa pas- SION.

Après la prise de la ville, les suffrages des principaux chefs de l’armée se réunirent sur Godefroy pour l’élire roi; mais ce guerrier, aussi humble qu’intrépide, ne consentit à accepter d'autre titre que celui de défenseur et de baron du Saint-Sépulere, « ne voulant pas, disait-il, porter une couronne d’or, là où le Fils de Dieu avait été couronné d’épines. » Le choix du nouveau patriarche fut moins heureux ; il tomba sur Arnould de Rohes, chapelain du duc de Normandie, que sa conduite légère aurait dù écarter de si saintes fonctions. Godefroy inaugura aussitôt son avènement au pouvoir en attachant à l’église du Saint-Sépulcre vingt prêtres chargés de la desservir.

Cependant, une armée considérable, conduite par Afdhal, vizir du khalife d'Égypte, s’avançait de plusen | plus, pour essayer d’arracher aux Francs leur nouvelle conquête. Au lieu d'attendre l'ennemi, Godefroy crut qu'il valait mieux marcher hardiment à sa rencontre, et, le 14 août, il remporta sur les Égyptiens une brillante victoire dans les plaines et sous les murs d’Asca-. lon. Il aurait même réussi ensuite à s'emparer immédiatement de cette place, sans la jalouse ambition du comte Raymondde Toulouse, qui voulait se Papproprier et qui, déçu ensuite dans ses espérances, conseilla aux habitants de résister à Godefroy. Celui-ci, se voyant trahi par l’un de ses frères d'armes, dut se retirer, en obtenant seulement des habitants un faible tribut. Quel-" ques temps après, ayantéchoué dans le siège d’Arsouf, le même Raymond engagea également les habitants de cette ville à ne point ouvrir leurs portes à Godefroy, lorsqu'il viendrait les attaquer. Cette double trahison fut sur le point d'amener une guerre fratricide entre les croisés, au momentmême où ils auraient dû être le plus unis, pour afflermir leur domination à peine naissante ; mais l'intervention du comte de Flandre, du due de Normandie et de Tancrède, prépara les voies à unes réconciliation entre Godefroy et Raymond.

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